Je finis tellement en retard que les mots d’excuses, les fleurs et les sushis ne suffiront pas.
Je te proposerais bien un massage des pieds, mais tu détestes ça.
Ça fait 13 ans que je te connais.
T’as passé la journée seule avec les gosses, et demain tu recommences parce que c’est la grève des écoles.
En même temps ça se voyait sur mon agenda que j’allais courir.
Je veux pas chercher des excuses.
C’était censé être un simple contrôle de poids à domicile : sur le papier une histoire du tonnerre, un couple gentil, un allaitement qui fonctionne presque tout seul.
J’avais une heure quarante vingt pour les voir et faire l’aller-retour.
Qu’est-ce qui pouvait aller de travers ?
La semaine après la montée de lait ?
J’ai sauté sur une mine.
Comme toujours je suis le seul à pas l’avoir vu.
Excuse-moi.
Elle a ouvert la porte avec les larmes aux yeux, l’air de dire : enfin vous êtes là.
Je vous ai attendu toute la journée.
Nous avons passé une nuit en enfer.
Excuse-moi.
Elle m’a renvoyé aux pleurs de décharge de la grande, à nos moments irrationnels ;
aux tours de parc en poussette irréels ;
à la bronchiolite et aux nuits à se relayer en portage : à tenir à peine debout, aux paupières qui tombent devant l’écran du téléphone allumé au milieu de la salle à manger.
Excuse-moi.
Ça prend du temps, tu sais, de réparer les histoires des autres quand on arrive au bon moment.
De semer les cailloux au bon endroit pour détourner le cours du torrent — avant qu’il ne dévaste les germes de leur parentalité.
Ces feuilles tendres pointent à peine vers le ciel avec confiance, les laisser se faire submerger ça serait vache.
Excuse-moi.
Elle avait besoin de poser sa tête fatiguée sur l’épaule de sa sage-femme,
pour laisser quelques larmes couler.
Son mec avait besoin de trouver du rationnel dans leur petit gars.
D’entendre que c’est juste une mauvaise phase, que ça changera.
Qu’il n’y a pas d’autre réponse que celles qu’ils trouveront,
et que s’ils ont besoin de moi dans deux mois,
la semaine prochaine,
ou demain,
je serai là.
Excuse-moi.
Je sais que ta journée, à toi aussi, a été dure.
C’était moche de ma part.
Je suis tellement en retard, je pense qu’on va commander des pizzas.
Je sais qu’à ma place t’aurais fait pareil.
Je ne commente jamais mais face à la disparition de nombreux blogs, je voulais vous dire merci d’avoir repris la plume virtuelle. J’aime la façon dont vous écrivez et ce que que vous laissez percevoir.
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Je voulais vous remercier, alors que je ne commente pas, d’avoir repris la plume virtuelle/ Merci pour les histoires et pour ce que vous laissez percevoir, un soignant humain et impliqué.
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Merci pour ce commentaire, il compte pour moi 🙂
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