On est le 15 décembre, ce sera un revival.
Je me pose la question, avec deux enfants au quotidien, de leur faire à manger.
Je veux être un bon papa. Une personne qui remplit son sac.
Des légumes, plus ou moins dissimulés, des purées et des fritures, des soupes et des poêlées. Parfois ça se passe d’une façon totalement détournée : je réserve le plat à ma compagne et à moi, on dit qu’ils n’y ont pas droit. Ça donne envie d’aller piquer des choses dans notre assiette.
Parfois. Quand ça marche.
Disons qu’on aimerait déjà que la purée maison pomme de terre carotte finisse ailleurs que par terre, ou que la soupe de légume d’hiver ait droit à une deuxième cuillère.
Alors, quand je n’ai pas l’imagination, ou les ressources mentales, pour faire autre chose, je ressors la recette qu’ils appellent « les pâtes à la sauce de Papa ».
Par exemple : ce week-end ma compagne a fait deux gardes d’affilées en suite de couche1 et je n’ai pas eu la disponibilité nécessaire pour cuisiner un dîner élaboré : crudité, jambon ou protéine végétale, pâtes à la sauce de Papa. Ça prend dix minutes entre la pause parentale et la sortie du bain et il y a quelque chose de correct sur la table.
La recette est devenue une technique de survie en parentalité : à la maison, en vacance, en camping. Mes enfants la réclament au dîner.
Voici donc déjà la recette version « Étienne, il faut que le repas soit sur la table dans 10 minutes ».
Vous mettez l’eau à bouillir avec du gros sel dans une casserole couverte.
Les enfants, eux, mijotent dans un bain d’eau chaude. Si vous êtes fatiguées, ça reste criminel de confondre les deux.
On va prendre une pâte à cuisson rapide : ce seront des coquillettes. En général ça prend 5 minutes de cuisson, mais je raccourcis souvent à 4 minutes — ça va dépendre de votre marque. Pendant que l’eau chauffe, commencez à sortir les crudités.
Vous pouvez déjà. « Mamaaaan » crie ma fille dans son bain. Son frère arrive en courant. « A soupe ? » Il est nu avec sa sortie de bain « poisson » sur la tête, ce qui lui donne l’air d’un super héros qui patrouille dans l’appartement. Surprenant la première fois. Bref vous pouvez déjà sortir la crème liquide, le jus de citron le… « Ma-Man !
— T’as un autre parent !
— Laisse, j’y vais ! » Je colle un baiser sur la tête de mon fils, glisse une tête dans la salle de bain2 « Qu’est-ce qu’il y a ma poucinette ?
— J’ai dit Mamaaaan.
— J’ai des choses en train de cuire et ta mère n’est pas disponible actuellement. Que puis-je pour toi ?
— J’ai trop d’eau. » En effet, c’est une sirène dans une piscine intérieure, et je comprends mieux la tête de ma facture EDF. Je baisse le niveau d’eau, et je retourne en cuisine. « Merci Papa. »
Donc : jus de citron, crème liquide… Ah oui : concentré de tomate. J’en profite pour mettre dans un petit bol séparé les épices : une pincée de fleur de sel, une demi cuillère à café de paprika fumé, une demi cuillère à café d’ail en poudre, deux pincée d’oignon séchés et un quart de cuillère à café de cumin moulu. En gros. Vous rééquilibré en fonction de ce que vous avez.
« À soup’ » quémande mon super-héros-poisson : je lui verse sa soupe et le chrono sonne.
Alors là : attention : ça va aller vite.
J’égoutte les coquillettes mais je laisse les dernières baigner dans l’eau de cuisson.
Je passe le feu sur le plus faible possible — si tu as du vitrocéramique, éteins le et continue sur la plaque encore chaude.
Je remets les pâtes dans la casserole : zoum ça boue presque tout de suite.
Je mets une bonne giclée d’huile d’olive et à partir de ce moment-là je n’arrête plus jamais de remuer. En général mon fils se plante alors entre moi et la cuisinière et dit « a câlin ». C’est son truc à lui pour venir regarder ce qui se passe dans la casserole. On a bien essayé, comme sa sœur, de le mettre dans une tour d’observation, mais cela s’est révélé assez dangereux.
Je cherche à obtenir l’émulsion.
Je jette mes épices. Quand ça a l’air mélangé, je balance le concentré de tomate, je mélange bien. On va attendre que ça caramélise un peu, presque comme si on visait des pasta all’assassina et ensuite en met un coup de jus de citron. Je gratte, je mouille de crème liquide (mais pas trop) et dès que c’est homogène je retire du feu. Et je n’y touche plus jusqu’au moment de servir. Cuire plus longtemps, c’est s’exposer à un résultat desséché et décevant.
La grande sort du bain, j’ai le temps gérer la protéine et de faire la salade de crudité. Il est à présent 19h00, il va maintenant falloir trouver un moyen de convaincre tout ce petit monde de passer à table.
Mais bon.
On peut s’avouer que, parfois, sortir un plat de pâte en 10 minutes, c’est frustrant.
La cuisine c’est de l’amour, de la transmission, du temps. Tu as envie de faire la version étoffée ? On va essayer de te faire quelque chose dans ce genre.
Bon, tu mets l’eau à bouillir. On va prendre des pâtes qui aiment la sauce. Mes petites préférées c’est les fusili de chez Rummo, parce que le côté irrégulier de la pâte sèche, sa forme, sa texture fait que ça va adhérer.
Tu connais le secret hein ? On dit un litre d’eau, cent grammes de pâtes, dix grammes de sel. Oui, oui.
Avant de te lancer, tu as le temps, on va s’amuser. Il faut plein de petits bols ou de petites coupes.
Tu éminces très très finement une échalotte moyenne. En gros avec un couteau qui coupe3 tu coupes l’échalotte en deux, tu retires la peau et le petit bout de tête (mais tu gardes la racine pour le moment). On va couper sur la longueur plusieurs fois, puis sur l’épaisseur, et ensuite on émince. Tu vas en avoir beaucoup, on vise le millimètre d’épaisseur. Tu vas voir, tout ça va fondre.
Tu fais pareil avec deux anchois.
Tu mets tes graines de cumin, une demi-cuillères à café, dans ton pilon et tu — ben tu pilonnes. Un peu de fleur de sel, un peu de poivre, une demi cuillère à café de paprika fumé, et tu réduis ça en quelque chose de fin.
Pour l’ail, tu choisis ton grattoire ou ta Microplane et tu râpes une gousse d’ail. La taille dépendra complètement de ton admiration pour une certaine blogueuse belge. Je ne suis pas fermé à l’idée d’en mettre plis.
On va prendre une casserole moyenne pour avoir de la surface, et on fait chauffer de l’huile d’olive jusqu’à ce qu’elle sente bon. Tu peux mettre les échalottes. Laisse les chauffer doucement.
Tu es dans ta cuisine, les enfants sont calmes, on est dimanche midi, tu les vois dans la salle à manger en train de faire du dessin, ta chérie est en train de lire. Tu as le droit de t’interrompre pour faire une photo. C’est tellement beau quand les choses sont calmes.
J’espère que tu as mis un podcast, genre la fin du FloodCast, que la fenêtre peut rester ouverte et que c’est bientôt le mois d’août.
Ça fait deux minutes, tu as le droit de remuer. Doucement, avec une maryse. Ajoute l’anchois. Ça va sentir bon. Ta fille va venir te demander ce que tu prépares, dit lui « c’est les pâtes à la sauce de Papa ». Elle va te demander si c’est la sauce de d’habitude. Ment lui. Si elle sait que tu mets des petits poissons dedans elle n’y touchera pas.
Maintenant que tout cela a une belle odeur et une belle couleur, mets lui une bonne giclée de jus de citron, environ une cuillière à café, dans le fond et gratte si des choses attachent.
Tu as le droit de mettre le concentré de tomate, maintenant. Une bonne grosse cuillère à soupe. J’aime beaucoup la marque Mutti personnellement, mais tu prends celle que tu veux.
Mettons les pâtes, réduisons à feu doux sous la casserole moyenne, c’est parti pour 7 minutes de chrono en ce qui me concerne. Tu vas pouvoir ajouter l’ail et les épices aussi. Attention à ne pas me faire brûler tout ça. Et soit également vigilant à fait qu’il y a toujours de l’huile pour récupérer les goûts.
Touille tes pâtes. Ça devrait bouillonner fort. Tu peux prendre une demi-louche de l’eau de cuisson, deux minutes avant la fin. On vise celle qui contient de l’écume, et donc de l’amidon. Verse ça dans ta sauce, remue, gratte.
À partir de là c’est presque pareil qu’avant. Le chrono va sonner, ton fils ou ta fille vont réclamer un câlin. Il faudra choisir entre leur protestation ou la cascade parentale d’égoutter ses pâtes à une main. Garde de l’eau au fond.
Tu peux réunir tout dans la grande à présent, tout mélanger, crémer légèrement et laisser reposer. Normalement, quand tu agites ta casserole d’avant en arrière, les pâtes et la sauce s’entrechoc dans un son gluant à souhait. Un truc qui fait splotch splotch.
Les italiens disent que c’est le son de l’amour.
Sert, mets un peu de parmesan, et profite.
On est dimanche midi, les enfants sont calmes, il fait beau. L’été s’annonce radieux. Ne pense pas à la rentrée prochaine, heureusement que tu pars en vacances en Bretagne avant.
Profite.
- Oui, c’est un spoiler sur la suite de ces articles, mais elle a repris ce mois-ci le travail en mi-temps thérapeutique. Ma tante a raison de dire que les patientes comme elle récupèrent vite. ↩︎
- Pour le coup un autre privilège de Parisien. Si vous ne comprenez pas bien cette phrase, c’est que vous ne vivez pas dans 65 m² avec des enfants. ↩︎
- Ceci est le rappel qui te manquait qu’il faut que tu aiguises ton couteau. La pierre, l’eau, le couteau, dix minutes. De rien. ↩︎
Une réflexion sur “Les pâtes à la sauce de Papa (15)”