Si vous demandez à quelqu’un ce qu’il pense des poses de stérilets, notamment sur internet, les avis sembleront osciller entre « ça va » et « cet acte de torture devrait se produire uniquement sous anesthésie générale ». Disons qu’en temps que praticien en gynécologie, la première question que je pose, à une personne qui vient pour poser ou changer son stérilet, est donc « est-ce que ça vous fait peur ? »
Globalement parce que la gestion de la douleur — en général, oui, c’est douloureux — est aussi une gestion du stress, et que si la personne concernée est déjà à moitié en train de faire un malaise vagal alors que je n’ai même pas commencé à déballer le kit de pose, le soin s’annonce peu encourageant.
En général, un anti-inflammatoire trente minutes avant la consultation aide.
C’est peut-être totalement placebo.
J’avoue que tout ce qui améliore la position de l’utérus et évite l’affreuse pince de pozzi (n’allez pas regarder sur internet si vous ne connaissez pas, parfois c’est mieux de rester ignorant), comme procéder à la pose pendant les règles ou l’ovulation, ou ne pas uriner quelques temps avant, aide souvent. Il y a des anesthésies locales décrites dans la littérature pour d’autres geste endo-utérins, mais ce qui est utilisé en dans les études n’est pas disponible en France.
Il y a un facteur chance aussi, hein.
Sinon, les exercices respiratoires, en approchant un état pré-hypnotique, ou une musique douce, aident à couper l’anticipation de la douleur. Ça fera toujours mal, mais ça sera moins pire si tout le monde est calme et serein1.
Bref, je suis arrivé ce lundi-là de mon déjeuner avec 10 minutes de retard. J’avais prévenu. J’ai appris avec les années de libéral qu’il vaut mieux avoir un soignant nourri, hydraté et caféiné pour que les consultations se déroulent sans trop de difficultés.
Ma première patiente avait peur de faire poser son DIU au cuivre. Toute les vidéos sur internet disent que c’est horrible, et si elle avait eu le malheur d’en parler en terrasse la veille, la nuit avait pu être dure.
Notez qu’à aucun moment je ne prétendrai que ces expériences subjectives soient fausses, exagérée ou que c’est uniquement la faute de praticien·ne·s négligent·e·s ou insensibles.
Elle en avait parlé à ses copines, justement. Et comme elles appréhendaient toutes les trois, mes trois consultations de l’après-midi m’attendaient en salle d’attente.
Trois copines2, trois DIU, trois poses.
Trois étudiantes, futures soignantes, et le plus étrange c’est que j’en suivais déjà deux.
« C’est possible qu’elles viennent avec moi ? demande la première.
— C’est elle la plus stressée, c’est elle qui commence, a dit la deuxième.
— On comprend si vous refusez », a conclut la troisième.
J’ai ri. « Je vous prends séparément pour l’entretien, et vous faites rentrer qui vous voulez pour la pose. Laissez-moi juste poser mon manteau et me laver les mains et on commence. »
Vous vous souvenez de mon deuxième paragraphe, plus haut ? Et ben j’ai mis le paquet sur la première pose. Une radio Lo-Fi (no AI / human made), blagues, explications détaillées. J’avais un public donc j’ai assuré le spectacle.
Et bien, ça n’empêche pas que j’avais une pression folle sur les épaules. J’ai serré fort les orteils, j’ai déroulé mon soin et… Ce DIU-là fut le plus facile à poser des trois.
J’ai poussé un soupir de soulagement discret. La première copine aussi. Les autres étaient assez joyeuses et rassurées. La deuxième pose a été presque aussi simple que la première.
La troisième a été plus complexe, et je pense plus douloureuse. La faute d’un col qui refusait de se laisser faire et qu’il m’a fallut apprivoiser.
La première lui caressait les cheveux, la deuxième lui tenait la main avec douceur.
Quand elles sont reparties, ensemble, je me suis dit que c’était beau la sororité.
Merci pour ce beau récit. Depuis quelques temps j’applique du gel de xylo urethral sur le col avant la pose, puis sur le spéculum, je trouve que ça aide beaucoup, rt si je dois poser une pozzi c’est bien moins gênant.
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C’est une bonne idée ! J’utilise ça aussi de temps en temps. Quand on fait une hysterometrie j’ai l’impression que ça aide.
La littérature parle de xylocaine 10% en nebullisation, mais… Ça revient cher la pose pour les patientes.
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