Crise !
Il n’y a plus de pain pour le petit déjeuner de la grande.
Elle ne mange qu’une chose : une tranche de pain de mie complet pliée en deux comme un rectangle et garnie de Nutella sur les côtés. Jamais autre chose, avec un sens du détail maniaque. Certains matins il faut absolument que sa mère s’en occupe, ou ça sera le drame, les cris, les larmes.
J’ai envie de vous vendre l’histoire du Papa courageux qui se lève plus tôt et fait des pancakes pour sa fille.
Je gère la charge alimentaire de la famille, donc c’est complétement de ma faute, j’aurais dû en acheter, je vais donc arranger la situation.
Heureusement pour moi, j’ai fait une sorte d’hyperfixation crêpesque pendant un moment. Ça ne me fait pas peur, même si on n’a pas de lait. Qu’à cela ne tienne,
La recette des pancakes, au doigt mouillé :
en fait c’est presque des blinis parce qu’on réduit la quantité de sucre, mais ça tout le monde s’en fout, ça fait le job. Donc je mets ma poêle de 20 cm à chauffer. J’ai de la farine blanche, mettons 100 g et quelques, une pincée de sel et deux cuillères à soupe de sucre. On veux que ça gonfle : je mets un sachet de levure chimique, puis un œuf, deux cuillères à soupe de yahourt à la grec et je complète avec de l’eau jusqu’à obtenir une texture crémeuse.
Et je me fais couler un premier café pendant que la pâte lève.
Ma fille se réveille et file se blottir contre sa mère dans notre lit.
On est une heure avant le départ, je pense naïvement être large et je verse une louche de pâte à pancake-blinis dans la poêle chaude et graissée. C’est le moment de l’histoire où je dois vous avouer qu’il y a trop d’eau dans ma pâte parce que je n’avais pas vraiment bien suivie la recette improvisée que je vous ai donnée. Du coup mon pancake se tient mal, gonfle peu et brunit parce que la poêle est trop chaude. Ma fille, en le découvrant, est à deux doigts de le jeter par terre.
Sur le moment ça m’a énervé, hein. On travaille et voilà le resultat.
« Il est trop moche et il a un trou. Beurk ! » a-t-elle ajouté, sans la moindre espèce de pitié, avant de pleurer qu’elle veut un pancake pour le petit déjeuner. Ma chérie se penche alors vers elle pour lui demander, doucement, patiemment.
Elle décode la solution au milieu des geignements.
J’avoue que la pression est montée dans la cuisine, car le temps passe inexorablement. Il y a l’école, puis mon planning de consultations qui déborde à Nanterre. « Je ne mange pas ce qui est moche, insiste ma fille », les yeux emplis de larmes.
— Je crois qu’elle veut le faire avec toi », me glisse ma chérie.
Je finis mon premier café avec un soupir, je ravale la moutarde. Faisons un atelier cuisine au milieu de la routine du matin. De toute façon plus rien n’a de sens : les chat aboient, les bus volent dans le ciel, il neige en octobre… S’énerver davantage n’aidera pas la situation.
Je l’aide à ajouter de la farine, et la texture me semble meilleure. Je l’aide à poser une louche de pâte dans la poêle et elle le scrute intensément faire des petites bulles. Quand je le retourne, je dois me rendre à l’évidence : il est beau, il est blond, il gonfle tout seul avec la levure chimique. « J’aime celui-là » applaudit-elle. Elle file l’engloutir pendant que j’en fais un pour moi et que je lance les œufs aux plats pour ma moitiée.
« Tu veux du Nutella sur ton pancake ?
— Non ! Je mets du sirop d’érable !
— Depuis quand tu aimes ça, toi ? » demande sa mère. On ne sait pas.
Parce que les enfants sont pleins de surprise.
Une réflexion sur “Les Pancakes-Blinis (4)”