« Il est très bien » les rassure la secrétaire, au moment de la prise de rendez-vous. Le mot d’ordre que j’ai donné : il s’agit une invitation à parler d’abord. À moi, il paraît évident qu’on n’examine pas une femme jeune asymptomatique — sauf cas particulier. Les étudiantes entrent quand même dans mon bureau avec la boule au ventre.
Même si, parfois, elles m’assurent que ça va. Leur copine m’a déjà recommandé.
Elles ont entre 17 et 25 ans, ce qui n’est pas du tout la patientèle habituelle de mon cabinet parisien, et ça me change.
Ce chapitre a commencé en 2024, au début du printemps.
Mon deuxième, huit mois, avait fait une crise d’asthme.
Une de plus.
C’était moins pire que la bronchiolite de la première, mais fatigant aussi.
Nous étions en train de récupérer de l’administration de Ventoline. Lui, allongé entre nous, enfin apaisé. J’ai ouvert machinalement mon téléphone pour me calmer en attendant le sommeil. Et, chose particulièrement rare, j’ai ouvert Facebook.
Oui, j’ai encore cette application, comme un boxer de lessive au fond du tiroir à sous-vêtements. Je l’ouvre une fois tous les trois mois, quand je clique sans faire attention sur une notification.
J’expliquerais mon geste par l’heure tardive — ou matinale, selon où vous rangez 3 heures du matin — et le besoin de penser à autre chose après les cris1.
Il y avait une annonce sur « Emploi sage-femme » : le Service de Santé Étudiant de Nanterre recrutait une/un sage-femme pour des consultations une fois par semaine. Expérience en gynécologie requise, bien sûr.
J’ai réfléchi.
Pendant une heure.
En manque de sommeil.
Dans mon lit, en regardant ma chéri assoupie, mon fils au visage détendu. Mon syndrome de l’imposteur m’a dit que c’était mort d’avance : il y aurait beaucoup de candidatures pour un travail comme ça, tu n’as pas de DIU… Mais ça fait quand même 8 ans que je fais de la gynécologie en cabinet et que je me forme en parallèle. D’accord ce n’est pas un diplôme et ça ne vaut pas une VAE, mais… Au niveau du cabinet ça serait viable Étienne ? Pense à l’argent, avec déjà une journée de repos par semaine ? Je me suis endormi sur ce débat interne.
La question m’a travaillé le lendemain.
Devant mon café, levé trop tôt. Pendant mes consultations, pendant mes visites à domicile, devant mon plat du déjeuner. Nous en avons discuté autour du dîner et j’ai envoyé un CV et une lettre de motivation. Pour voir.
Deux semaines plus tard, je recevais un appel pour un entretien d’embauche.
Peut-être le premier en presque neuf ans ?
J’avais le trac. Je ne savais plus faire ce genre d’exercice.
Et je mettais les pieds pour la première fois à Nanterre.
Je crois qu’il était prévu qu’on discute une petite heure avec la directrice, et on s’est retrouvé à parler à bâtons rompus de plein de sujets différents jusqu’à après la fermeture. À la rentrée universitaire suivante j’intégrais son service.
Une fois par semaine, le vendredi, hors vacances universitaires, il y a un sage-femme à Nanterre.
Recréer cette activité a été un vrai travail. Au départ personne n’est au courant ; la médecin qui s’occupait de gynécologie et de santé sexuelle était partie en 2020.
J’ai dû m’intégrer dans un service qui existait déjà (mais qui était heureux de m’accueillir), à parler d’aménagements d’étude, de handicap ; pendant mon entretien la directrice m’avait signalé que, depuis le premier confinement, la part des soins psychiques avait pris une importance non négligeable dans les prises en charge demandées. Les premières patientes m’ont obligé à ressortir le Vidal pour faire le tri dans leurs traitements. Mes cours de pharmacologie à l’école dataient un peu — et n’était pas passionnant hélas ; à 8h30 il était fort possible que je ronflasse près du radiateur.
J’ai passé les premières semaines à prendre mes marques : entre les généralistes, les psychologues, les infirmières et les secrétaires. Avoir des enfants s’est avéré être un excellent départ de conversation pendant les pauses déjeuner. Tout le monde est capable de parler de problèmes parentaux, ça rapproche toujours.
Puis, les collègues ont rempli mon planning et les médecins m’ont adressé des patientes pour des avis. Les questions de règles douloureuses sont une préoccupation importante pour que les étudiantes puissent suivre leurs cours.
Après tout, en 2025, les sages-femmes deviennent des spécialistes comme les autres.
- Globalement la pédiatre nous avait vendu la Ventoline comme « c’est facile, vous prenez la chambre d’inhalation, vous mettez le masque comme pour une réa et vous faites 5 bouffée. » Elle avait omis le fait que l’enfant, réveillée par une quinte de toux au milieu de son sommeil, va d’abord paniquer, se débattre et tout envoyer balader. Qu’il y a un certain nombre de cris avant que des parents hagards se disent qu’il siffle quand même beaucoup. ↩︎
une belle expérience dans un autre contexte de soin.
Heureuse de lire que les examens ne sont plus systématiques, je n’ai pas un très bon souvenir du 1er TV et palpation mammaire à 20 ans au centre de médecine universitaire pour ma 1ère prescription de contraception.
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Les pratiques évoluent. Quand je compare à ce que j’ai vu quand j’ai commencé mes études et ce qui se fait maintenant…
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