Un jour, je suis rentré de chez mon libraire habituel, j’ai posé Même pas mort de Jaworski sur ma pile de bouquins à lire. J’avais beaucoup aimé Gagner la Guerre, et ça lui semblait être une bonne suite pour mes lectures. Il y a quelques jours, j’ai relu les premières pages et je me rends compte que je ne l’ai sans doute jamais ouvert.
Ça devait donc être en 2013, le début de ma « panne de lecture ».
Il se passa 10 ans.
Oh. J’ai lu quantité de bandes dessinées, de manga, j’ai déjà très fortement entamé Pratchett avec une liseuse, et j’ai écouté quelques livres audio dans lesquels je ne trouve pas mon compte.
J’ai écrit quelques trucs, j’ai commencé à travailler.
J’ai même créé un cabinet en ville.
J’ai lu quelques essais. C’était d’ailleurs un de mes projets de reprise de la lecture en 2022. Lire des essais pour reprendre certaines bases théoriques en sociologie, en sexologie ou en études du genre.
Oui, je suis en train d’écrire un article sur la façon dont j’ai repris la lecture, mais je me rends compte que je consomme de l’écrit depuis tout ce temps et c’est délicieusement paradoxal, non ?
À l’été 2022, je me suis dit qu’il serait pas mal que ma fille me voit lire.
Elle adore lire. Avoir la lecture.
On lui a lu ses premières histoires avant ses 6 mois, et je ne sais toujours pas à quel point elle comprenait. Le langage n’a pas été sa priorité sur sa première année, occupée qu’elle était à essayer de grimper sur un tas de meubles, d’obstacles et à ramper par monts et par vaux.
Vous l’auriez vu : elle a compris à 4 mois qu’en se mettant sur le ventre, en redressant le torse, et en se laissant tomber, elle pouvait reculer de deux ou trois centimètres. Une vélocité risible, mais à son âge, avec son expérience, c’était un monde d’exploration qui s’ouvrait à elle. Il ne restait plus qu’à suivre la traînée de bave de bébé pour retrouver le meuble sous lequel elle s’était coincée.
En janvier 2023, au moment de mes bonnes résolutions, je me suis dit que je n’avais pas lu de littérature avec du vrai papier depuis longtemps − celle qui sent l’encre et le papier du livre de poche, la lignine, les aldéhydes et les composés odorants de leur lente décomposition.
Je suis entré dans une librairie de mon quartier pendant que la présentatrice d’un éditeur leur proposait le catalogue de la rentrée de septembre. Elle vantait un nouvel auteur et des livres « bien-être » pourris jusqu’à l’os de new age et d’occultisme mal digéré comme Attirer les anges avec le pouvoir des pierres (je viens de vérifier, mais j’ai bien inventé ce bouquin maudit, Google ne me renvoie heureusement rien de concret), entre une collection de recettes à la mode, et d’agendas pour adolescents.
« Bonjour, ai-je dit au libraire, après un passage au rayon enfants, j’ai besoin d’aide, je crois. »
J’ai repensé à l’exemplaire poche de Les Furtifs de Damasio qui traîne sur la bibliothèque du cabinet, et que j’avais acheté pour lire entre deux lapins. Et qui est sorti en 2021.
« J’ai lu pas mal à une époque, mais ça fait longtemps. Est-ce que vous avez de la fantasy ? » Il m’a montré le rayon fantasy relativement famélique de leur librairie généraliste − depuis ils se sont nettement amélioré, et il m’a dit « vous avez lu Jaworsky ? Je peux vous proposer du Tolkien, ou alors…
— Il me faudrait quelque chose de pas trop littéraire, si vous voyez ce que je veux dire.
— Hum… J’ai ça en rayon. Le mec en face, il s’y connait un peu, et il m’a dit que c’était bien ».
Ça, c’était l’Enfant de Poussière de Patrick K. Dewdney, le premier tome du cycle de Syffe. Le livre qui m’a remis à la lecture.
D’ailleurs Patrick, si tu passes par ce blog, j’attends vraiment le tome 4. Avec impatience et fébrilité. Ce cliffhanger à la fin du tome 3, c’est pas que c’est criminel, mais…
Je l’ai beaucoup conseillé depuis le mois de janvier, à des amis, à des patientes, mais je n’ai commencé à parler de mes lectures sur les réseaux sociaux qu’en février ou mars.
Il est temps de rattraper ce manque.
L’Enfant de Poussière, de Patrick K. Dewdney
Le cycle de Syffe, tome 1
Donc l’Enfant de Poussière, c’est l’histoire de Syffe, jeune orphelin d’un clan inconnu, sang mêlé, dans la principauté frontalière de Corne-Brune. Comme l’auteur est de gauche, et qu’il s’agit d’un monde médiéval fantastique qui essaye de décrire les rapports de force d’une société féodale dans sa froide vraisemblance, vous comprendrez aisément que Syffe, qui n’a même pas dix ans au début de premier tome, ne va pas vraiment passer une enfance de rêve, une adolescence idyllique et vivre une romance torride.
Il va trouver un homme mort, un de ses amis va disparaître ; sans le vouloir, il va mettre le doigt dans l’engrenage de l’univers, celui qui broie les innocents pour abreuver en vin et en or les plus puissants, ceux qui contemplent la bataille de leurs destriers pendant que les pauvres se plantent des choses dans le corps les uns des autres pour des enjeux qui ne les concernent de toute façon pas.
Mais il est entouré de mystères : son tatouage qu’aucun clanique ne sait déchiffrer, ses rêves étranges, la forêt de pierre avec ses insectes géants et ses dangers ancestraux… Dewdney sait distiller les détails intrigants au milieu des nombreuses péripéties que va traverser notre héros.
La langue est riche, pour quelque chose de « pas trop littéraire » je n’étais pas au bon endroit, mais j’ai été absorbé.
Happé.
Il y a quelque chose de fascinant, et pour quelqu’un qui disait dans un post Facebook récemment qu’il « ne [savait] pas trop ce [qu’il] fait », et bien, il le fait pourtant rudement bien.
Syffe est un personnage qui tente de trouver une place dans un monde où il n’en a aucune. L’ironie dramatique d’un Syffe narrateur plus âgé, les nombreuses surprises et retournements de situation (certains font presque figure de deus ex machina), les références variées et le récit parfois picaresque ; sur les plus de 2000 pages que j’ai lues cela m’a donné envie de voir la suite.
Et finalement avez-vous lu Les Furtifs ? Il n’est pas toujours évident à suivre d’un point de vue « maniement de la langue » mais c’est une belle aventure humaine et sociologie (c’est un avis très subjectif !) (:
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Et bien figurez vous que toujours pas 😅
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(:
Vous trouverez bien le moment opportun pour vous lancer ! Le livre attendra, c’est l’avantage. C’est relativement patient, un bouquin…
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