Emmener ses enfants sur l’aire de jeu, le dimanche matin, c’est un délire. Il fait froid, j’ai un bébé sur le torse dans une combinaison molletonnée, et j’ai bu trop peu de café. Ma fille pousse le portillon, et trente secondes plus tard une gamine de presque son âge, qu’elle n’a jamais vu, hurle avec ravissement « Mamie ! Ya une copine ! »
Quand je la récupère à la crèche, je crois que mon moment préféré, c’est de l’espionner dans sa section en train de faire sa vie de bébé. Je dis « de bébé », mais elle a 2 ans et demi, et c’est plus une petite fille à présent. Je la regarde jouer avec balle en plastique ou avec arrosoir, se tourner autour avec un autre enfant dans une interaction bizarre de leur âge. Celle où ils sont d’abord méfiants, puis ouvertement accueillants ou absolument territoriaux, d’une façon totalement arbitraire.
Je suis toujours fasciné de voir comment des enfants peuvent se retrouver si facilement à jouer avec de parfaits inconnus.
Le dimanche à neuf heures et demie sur l’aire de jeu, c’est en fait beaucoup de grands-parents avec leurs petits enfants, qui encouragent les bambins à faire du toboggan même s’il est mouillé. Est-ce que la jalousie envers les parents qui font potentiellement une grasse matinée, option crapulerie, me saisit ?
Oui. Bien sûr. On est humain. Je n’ai pas très chaud, malgré ma bouillotte personnelle. L’idée d’être resté sous la couette avec ma moitié…
À la place, je regarde ma fille jouer avec une plus grande qui l’a adoptée minute un ; l’occasion est là de stimuler son indépendance ; l’occasion est là, aussi, de profiter d’une partie du parc qui est, en semaine, envahie par les assistantes maternelles et les sorties de crèche/d’école, et qu’on ne peut pas utiliser parce que : soixante gamins hurlants, dont des grands. J’ai vaguement peur que ma fille en mange un ou deux. Elle peut se montrer pugnace pour une place sur un toboggan.
Elle sait ce qu’elle veut, ce samedi en début d’après-midi. Elle tire la main de son grand-père vers la balançoire. « Comment ça va ? » me demande ma mère.
J’ai un sourire triste. « Ça va pas.
— Comment est-ce qu’on peut vous aider ? » Je ne sais pas si c’est ma sœur qui leur a dit que cette deuxième parentalité nous épuisait, ou si c’est parce qu’on se parle moins ces derniers temps, mais il y a quelque chose de sincère. « On dîne chez ta sœur demain soir au fait.
— Vous allez voir, il est sympa leur appart. C’est vrai que vous n’y êtes jamais allés… »
Je lui fais un câlin, et ça me fait du bien de savoir qu’ils sont là. Encore. Mon père s’est retrouvé sur un cheval à ressort, à côté de ma fille, il bougonne quand je les prends en photo, ma chérie rigole. Quand la cavalcade est finie, elle fonce vers le toboggan en criant qu’elle veut l’aide de rompère, et lui la conseille de loin, l’encourage.
Elle se lève fièrement en haut de la pente, avant de glisser jusque dans ses bras.
Leurs sourires réchauffent le mois de décembre.