Genre !

J’ai de mauvais restes de mes débuts de blogueurs, quand j’ai tenté de voir tout ce qui se passait dans le monde de la sage-femmerie, dans l’espoir d’attirer des lecteurs en traitant l’actualité. Ce mauvais reste se trouve dans mon lecteur de flux rss et s’appelle de la veille informationnelle. Pour les néophytes, disons que Google Actu permet de créer des alertes spécifiques qui font tomber dans ma liste de lecture tous les articles qui paraissent sur un sujet, et le sujet principal c’est…

Sage-femme.

Non, sans dec’. T’as vraiment pas l’impression de nous prendre pour des crétins là ?

Silence ! J’ai mis un point d’exclamation dans le titre parce que je suis mollement en colère contre le monde, la société et l’AFP. Pourquoi l’AFP ? Parce que le mois d’Août étant un désert d’information, un petit gars (je l’imagine avec ses petits bras, ses lunettes rondes et des tâches de café sur le bureau, le crâne ravagé par un début de calvitie) s’est amusé à se dire « Hey ! J’ai trop une idée, si on faisait un article sur les sages-femmes ?! Genre, t’as vu, c’est un sage-femme, mais en plus c’est une homme quoi ! Genre ! »

Parce que, moi aussi, je suis « un des rares sages-femmes de France » et que, du coup, l’existence de mes testicules me place dans une minorité visible, j’ai décidé d’avoir mon mot à dire.

Je vous laisse lire l’article (qui n’a rien de passionnant), je vous fais confiance. On va plutôt parler un peu de fond, si vous le voulez bien.

J’aime beaucoup les articles sur les sages-femmes que je vois dans mes alertes, parce que leur nombre est relativement important (une bonne vingtaine par semaine, même au mois d’Août), et j’aime bien qu’on parle de ma profession. Elle devient connue, les gens apprenne à nous connaître, c’est plutôt positif.

Mais je hais cet article, parce qu’il piétine avec allégresse tout ce qu’un mec sage-femme essaye de construire dans son environnement professionnel. En vrac.

La relation avec les collègues. Oui, dude, tu peux parler shopping avec tes collègues et avec tes patientes. En fait, ça te fait un super sujet de conversation. Il convient d’ailleurs d’assumer de te faire les ongles quand le thème de la soirée est Et si on se faisait les ongles parce qu’il est 2h du mat’, que le tableau est blanc et qu’on est pas fatigués ? Pourquoi ? Parce que l’intégration c’est cool. Tu es une minorité visible, et les algériens de France te diront que tu as le devoir de t’intégrer, ou d’essayer. Oui, les commentaires et les compliments sur les tenues des collègues sont des bonnes idées. Non, ça ne signifie pas que tu es gay, juste que tu n’es pas safe avec ta sexualité.

La relation avec les collègues. Dire, « moi, je suis la sage-femme femme », c’est un cliché navrant. Pourquoi ? Parce que je vais prendre un exemple, ça va couler de source.

Vêtue comme sa collègue de l’uniforme réglementaire, un sémillant quadragénaire s’approche: « moi je suis le policier homme« , plaisante-t-il, assurant que « travailler avec une femme ne change rien, sauf qu’on ne parle pas foot ensemble ».

Oui, c’est cliché. Et oui, j’ai juste changé quelques mots. Et oui, vous aussi, ça vous énerve (normalement ?).

Le projet professionnel (!). J’aime juste souligner que ouais, la femme qui représente les enseignantes sages-femmes de France estime que maintenant, le choix de ces études correspond désormais (sic !) à UN VRAI PROJET PROFESSIONNEL. Car, oui, quand Willy Belhassen (qui est un des premiers hommes à avoir été diplômé en France, hein) a choisi de passer le concours de la DRASS en 1982, après avoir fait pression sur le gouvernement, pour obtenir l’application d’une directive européenne qui traînait depuis une quinzaine d’année ; et bien ça n’était pas un VRAI projet professionnel. Moi, j’avoue, je suis venu en sage-femme pour les filles, les études à la cool et les soirées étudiantes. Parce que ouais, les mecs qui envisagent sérieusement d’être sage-femme, c’est récent.

STOP ! Je ne veux pas aller plus loin. J’ai trop de chose à dire sur cet article, et je n’ai pas de temps pour ça. Je veux essayer d’aller dans le fond des choses ; taper sur des clichés ne m’amènera rien.

En fait, cet article m’énerve pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il s’agit d’un serpent de mer. J’ai presque l’impression que de temps en temps un pigiste a l’impression d’avoir l’idée du siècle en sortant « Et si on parlait des mecs sages-femmes ? C’est rare ça, donc c’est cool ! » La deuxième, c’est que je l’ai beaucoup vu passer. Une quinzaine de fois. Et comme le journalisme meurt à petit feu, les gens pompent l’AFP et ne tentent même pas de le dissimuler. Pitié ! Allez au moins trouver votre mec sage-femme, je vous en file plein, j’en ai dans mes contacts. La troisième est dernière, c’est que ce sujet me ramène quelques années en arrière sur le campus de Luminy à Marseille.

C’était un congrès de l’ANESF, nous étions heureux, il faisait chaud (Marseille au mois de Juin) et les gens étaient cools. Je m’étais inscrit à une formation qui avait l’air intéressante : sage-femme et genre. Devant une classe de TD trop petite, avec un bon tiers de mecs. Une sage-femme et un mec ont essayé de lancer un débat maladroit et pourtant passionnant. Le mec ? « Je suis très actif avec les féministes à Paris ! Vous vous souvenez la campagne « Osez le féminisme » avec les trucs sur le clitoris ? C’est nous ! » (ndl’a : Euh… C’était ton idée cette campagne ringarde qui a ridiculisé encore une fois les gens qui cause de détruire le patriarcat ? Wouah, je peux te serrer la main pour aller la laver ensuite ? Dis ?!)

Et donc, pendant un certains temps (deux heures) ces deux personnes nous ont dit que sage-femme, c’était genré et que c’était un truc de femme. Je caricature un peu, mais voilà. Et ensuite la sage-femme nous a expliqué que les femmes étaient mieux placées que les hommes pour gérer un travail sans péridurale (sic) (et d’ailleurs, ça correspond au texte de la réforme des études de… 1943*), et donc les mecs se sont affairés à la contre-dire sur un plan terre à terre, et ma main a rencontré mon visage avec toute la consternation que peut contenir un facepalm réussi.

Voilà. Cet article me rappel ce moment précis. Cette gesticulation d’un homme qui est « une sage-femme comme les autres » mais à qui on demandera « et les bougn… Euh les musulmanes ne vous refusent jamais ? », annulant ainsi tout ce que peux annoncer le titre de l’article.

Poser ce genre de question à un homme sage-femme, c’est avouer à demi-mot son allégeance au patriarcat, estimer qu’un homme doit rester à sa place d’homme, et par extension les femmes à leur place de femme. C’est d’un réac… 

Ceci est un message subliminal à toutes les personnes qui liront ces lignes (du coup, c’est plus liminal qu’autre chose) : ne posez plus ces questions. Jamais. 

En fait, le débat sur le genre de la sage-femme n’a jamais vraiment eu lieu. La pause a commencé au moment où les éléments intéressants émergeaient, et en réalité, je me demande si ce débat a lieu d’être un jour. Se poser la question, c’est déjà un problème, quelque part.

Qu’est-ce que ça change, au fond, d’être un homme ? C’est juste le fait d’être une minorité visible, de rompre l’idée reçue et de devoir s’adapter aux stratégies de défenses mise en place par les femmes. Le jour où on arrêtera de poser cette question, c’est le jour où la réflexion féministe n’aura plus lieu d’être. Ce jour n’est par près d’arriver, parce que ce sexisme ordinaire, on le subit au quotidien.

De la part des patientes, de leur mari, de la part des collègues, des sages-femmes qui m’ont formées, et de la société entière. Je ne suis pas un élément incongru, je suis juste un homme qui a choisi à un moment d’accompagner les femmes dans leur vie génitale. Est-ce qu’un gynécologue homme vous choque ? Non, parce que c’est un médecin. Ce qui vous choque, c’est d’avoir affaire à quelque chose qui vous semble incongru. Qu’un homme choisisse ce métier, qu’un homme choisisse cette relation de soin. Certaines femmes appelleront ça de la pudeur, mais sérieusement, trente secondes, montrer votre vulve à une autre femme ne vous demande pas d’effort particulier si vous êtes pudiques ? Personnellement, j’ai du mal à montrer mes parties génitales devant un inconnu en dehors des contextes du type sauna ou plage naturiste. Après, les hommes sont sans doute moins habitués à se faire examiner l’entre-jambe que les femmes… Mais c’est un débat sur la réification du corps féminin par la médecine que nous n’aurons pas ici.

Certains hommes réagiront mal, parce que l’idée qu’un autre homme s’approche de leur femme (tout court) leur est insupportable. Certaines sages-femmes trouveront ça bizarre, parce qu’elles n’admettent pas qu’un homme puisse être autre chose que l’image mentale qu’elles ont des hommes en général.

Un homme peut parler shopping. Ceux qui vous diront le contraire ne font que véhiculer une image stéréotypé du genre masculin. D’ailleurs, toutes les femmes ne parlent pas toute shopping, pas tout le temps, et cela ne représente pas l’unique sujet de discussion en garde.

Est-ce que cette question d’un homme qui exerce un métier de femme, finalement, puisqu’elle semble choquer au point de susciter bon nombres d’articles, ne cache pas une question plus profonde ? J’avance un point discutable (et je pense que cela déchaînera mes commentateurs), mais cette idée qu’un homme a une place incongrue dans un métier de femme, c’est peut-être aussi se dire qu’il y a des métiers d’homme, et des métiers de femmes. C’est une notion de genre dans les métiers qui m’interpelle. Les femmes sapeurs-pompiers ou gendarmes sont plutôt valorisées (et maintenant plutôt acceptées, alors que cette possibilité leur est offert par la même circulaire européenne entrée en application en 1982). Elles en chient à mort, c’est un fait, parce que leurs collègues les mettent beaucoup à l’épreuve. Le fait qu’on parle autant des hommes sages-femmes, n’est-ce pas parce que ces hommes font un métier plutôt attitré au « genre féminin » ? Et par là même d’amener l’idée que nous devrions faire un métier plus valorisant ?

Quelque part, ce qui m’emmerde, c’est cette impression de hiérarchie. Cette idée comme quoi j’exerce quelque chose « d’étrange » pour un homme. Parce que je pourrais faire mieux. Parce que je devrais peut-être faire mieux. Parce que sage-femme pourrait être un sous-métier, qui n’est pas approprié pour un mâle.

Et ça, ça m’énerve. Genre !

*Note : à voir en début de deuxième page ici (l’article date de 1996, il est intéressant, mais pas du tout d’actualité).

12 réflexions au sujet de « Genre ! »

  1. reinemère

    Boudiou! Quand je pense qu’il y a même eu des technocrates pour penser que le mot sage-femme ne vous conviendrait pas et essayer de vous fourguer cette daube de maïeuticien !C’est pas le genre qui fait le professionnel, c’est l’humanité. Merci,mon cher sage-femme, tu es un excellent camarade de combat.M’en vais relire le Régiment Monstrueux,tiens.

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  2. Anna

    T’auras beau faire et beau dire, mais l’accouchement a (presque) toujours été une affaire de femmes : matrones, mères, tantes, sœurs, c’était bien des femmes qui assistaient celles qui accouchaient, jusqu’à ce que, sous couvert de sécurité, cet évènement soit confisqué par les médecins (des hommes dans leur majorité) et qu’il se déroule à l’hôpital. La présence d’hommes auprès des parturientes n’a donc rien de « naturel » et est très récente. On voudrait nous faire croire que c’est un progrès et les femmes qui refusent cette présence masculine au moment de leur accouchement sont souvent considérées comme placées sous l’influence de cultures arriérées (et je pense aussi à Odile Buisson qui accusent les maisons de naissance de favoriser un « entre-soi féminin », perçu comme limite sectaire) mais ce point de vue est typiquement occidental et, dans le reste du monde, ce sont des femmes qui accouchent d’autres femmes, tandis que les hommes restent à la porte. Et quand on sait à quel point on expose son intimité à ce moment crucial (le nombre de TV qu’il faut en général subir quand on accouche à l’hôpital !), je comprends parfaitement pourquoi certaines souhaitent ménager leur pudeur et refusent qu’un homme sage-femme les assiste.

    Pour finir, une petite question : sur l’ensemble des étudiants sages-femmes hommes, combien ont choisi cette voie par dépit, parce que leur classement au concours ne pouvait leur permettre d’envisager médecine ?

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    1. Jimmy Taksenhit Auteur de l’article

      Je pense que l’on ne peut vraiment pas se contenter d’un « Tu auras beau ». Personnellement, je publie cet article pour trouver des pistes de réflexion et tenter de faire évoluer la situation.

      J’écris parce que je pense (et j’espère) que les choses peuvent changer, et d’ailleurs, les choses changent déjà. J’aimerais que les gens puissent choisir le genre de leur praticien, mais j’aimerais aussi que les patientes qui souhaitent être accompagnées, soutenues et accouchées par un homme le puisse sans problème. Cette idée te choque-t-elle ? Si oui, je te demande comment mes confrères libéraux trouvent encore du travail en accompagnement global.

      Pour finir sur ta petite question, je dirais ceci. Sur ma promo, 95% des gens étaient là parce qu’ils ont choisit sage-femme après avoir loupé médecine. 100% des hommes sont allés jusqu’au diplôme et exerce actuellement. En 1982 les premiers hommes sages-femmes n’ont pas passé le concours par dépit, mais la crise des vocations, elle, existait déjà.

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  3. Diane

    Bonsoir j’aimerais répondre à Anna, je ne sais pas si tu es sage-femme toi même, ce n’est pas mon cas mais il y a deux points sur lesquels j’aimerais te répondre :

    - d’une part l’argument historique me choque légèrement : de tout temps les femmes ce sont occupées de ça donc c’est naturel que ça soit comme ça. Euh…non.
    Déjà si on parle de naturel tout ce qu’on sait c’est que la femme accouche (donc oui a priori c’est une affaire de femme quant à l’acteur principal de l’accouchement) après dans la nature les femelles chez les mammifères pour la plupart mettent bas toutes seules (y a pas d’autres femelles dans le troupeau qui se ramènent pour la surveiller ou l’encourager non non) et c’est encore le cas dans certaines tribus en afrique, les femmes s’éloignent du village et se démerdent…
    Il me semble plutôt que l’accompagnement est là pour prévenir au maximum les complications que peuvent entrainer l’accouchement tant pour la mère que pour l’enfant (mortalité infantile toussa). Quand tu douille ta race ou pire que tu risques de mourir je pense que la pudeur s’envole face à la personne entre tes jambes qui te soutient ou peut te sauver la vie (c’est peut être que moi hein^^).

    Tout ça pour dire que ce qui est naturel c’est que la femme, dotée d’ovaire et d’un utérus en bon état de marche, donne la vie. Que des personnes qualifiées pour l’accompagner à ce moment de sa vie soient présentes n’a rien à voir : c’est une aide, un soutient, que la personne ait un vagin ou non n’entre pas dans un schéma naturel. C’est justement la volonté de l’Homme (humain) d’accompagner et d’éviter la mort de la mère et/ou de l’enfant à ce moment là, c’est donc typiquement culturel (tu l’as dit toi même pour mieux te contredire).
    Que ce soit en occident où hommes et femmes peuvent avoir ce rôle (même si je n’oublie pas que les vilainspasbeaux hommes médecins se sont accaparer ce domaine bouh! quelle horreur tous les progrès faits depuis sont vraiment horribles) ou ailleurs dans le monde où les hommes restent derrière la porte selon toi (vu qu’ils ont des couilles ils ont pas le droit d’assister à ce moment privilégier entre femmes pour assister à la naissance de leur enfant ou soutenir la femme qu’ils aiment dans un moment pareil, pauvre homme et pauvre femme surtout.. elle doit être ravie de vivre ça seule en face çà face avec une parfaite inconnue…ah non elle a un vagin au temps pour moi!)

    - d’autre part, d’un point de vue plus personnel, en tant que patiente ayant du me soumettre à des examens gynécologiques (par des gynécologues, sages-femmes, internes etc pour différentes raisons qui me regarde) j’ai une nette préférence pour le genre masculin. C’est bien entendu, je le répète, tout à fait personnel mais si je dis  »soumettre » c’est bien parce que les trois quarts des examens que j’ai passé étaient avec des femmes qui n’avaient aucun égard ni pour ma pudeur, ni pour mes inquiétudes (examens brutaux, sans prévenir ni même expliquer ce qu’elle faisaient) avec pour seul argument « qu’on est toutes faites pareil ».
    Je ne suis pas sensée être mal à l’aise si elles me traitent par moment comme un bout de viande? sans m’expliquer tel ou tel acte à tel endroit de mon intimité? juste par l’argument du  »on est entre filles »? mais moi c’est pas une femme que je cherche, mais un(e) professionnel(le) qui me donne un diagnostique!

    A l’inverse ( et oui c’est toujours mon expérience personnelle), tous les praticiens hommes qui m’ont examiné, du fait  »qu’on était pas fait pareil » peut être étaient sans comparaison bien plus respectueux de mon corps et de ma pudeur justement, (me disaient d’enlever d’abord le bas en gardant le haute, et éventuellement de remettre le bas et d’enlever le haut si palpation mammaire), ils m’expliquaient chaque geste, chaque acte, et surtout.. me DEMANDAIENT LA PERMISSION (BORDEL!!) avant chacun de ces actes.

    Bref, ce qu’on recherche avant tout c’est un ou une praticien(ne) qui soit à l’écoute et qui nous rassure, nous explique, nous dise les choses (ce qui n’est le cas d’aucune des femmes qui m’a examiné à ce niveau là à ce jour..hum) avant, pendant et après.

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  4. NiSorciereNiFee

    Merci beaucoup pour ton article! Il soulève , au delà de l’impact (plutôt positif je trouve) de la présence des hommes dans notre profession, que le genre pose problème et continuera sûrement, tant les « clichés », influences culturelles sont solides, mais aussi que « l’égalité des sexes » se doit de fonctionner dans les deux sens, pas qu’en faveur des femmes (je ne parle pas là bien sur de ce qui bénéficie à nos patientes!)
    Continue de nous faire réfléchir, on t’aime pour ça :-).

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  5. Lulla

    C’est vrai que c’est spécial tous ces débats levés, moi sage-femme homme ou femme ne me fait ni chaud ni froid.
    De chaque côté il y a des gentil(le)s, des doux(ces), des brutes, des con(ne)s…. C’est pas le sexe qui change quelque chose, mais plus un vécu personnel, une empathie qui varie d’un individu à l’autre, le lieu de travail qui influence aussi notre pratique et la façon d’aborder les patientes (hôpital, libéral, pmi…).
    Bref, moi j’aimerais avoir plus de collègues masculins, la mixité c’est un plus surtout dans la même profession.

    Des bisous d’encouragement pour la zenitude fasse à ces débats ;-)

    Lulla, SF, enceinte, suivie par une ET un sage-femme (et trop fière :-D oui oui !)

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  6. docteur Vincent

    Quand je suis en face d’un patient, j’estime qui faut « mettre mon sexe au vestiaire », cela n’a rien à voir avec le soin. alors sage-femme homme pourquoi pas? Il ne faut pas rentrer là-dedans mais prendre du recul, du recul…

    bon travail!

    PS: je n’ai jamais pu être sage-femme à l’époque car il fallait passer le concours en terminale et je m’en sentais incapable!

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  7. elly10

    Merci!!! D’arriver à mettre en mots et bien mieux ce que je ne saurai jamais faire ce qui m’énerve tant quand on parle des hommes sages-femmes.
    Et non tous les hommes sf ne sont pas gays ^^ même s’ils lisent la presse féminine et féministe, se font les ongles et racontent des potins en garde :-)

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  8. Ping : L’intimité de ta moitié | Carnets d'un Passeur

  9. LiloMiska

    Alors. J’arrive longtemps après la bataille mais je ne peux que réagir à cet article. (désolée pour le pavé ^^’)

    « Qu’est-ce que ça change, au fond, d’être un homme ? C’est juste le fait d’être une minorité visible, de rompre l’idée reçue et de devoir s’adapter aux stratégies de défenses mise en place par les femmes. Le jour où on arrêtera de poser cette question, c’est le jour où la réflexion féministe n’aura plus lieu d’être. Ce jour n’est par près d’arriver, parce que ce sexisme ordinaire, on le subit au quotidien. »

    Sexisme ordinaire ? Tu crois ? Je ne sais pas ce que tu connais du féminisme, où tu en es dans ta déconstruction. Mais l’un des principes féministes fondamentaux est de garder en tête que le sexisme est une oppression systémique des FEMMES. Pas des hommes. Le sexisme anti-homme n’existe pas en tant qu’oppression.
    Mais c’est ce que tu as l’air de suggérer sur la fin de ton texte. Le mépris des hommes sages-femmes est un mépris misogyne, parce qu’on attend d’un homme qu’il fasse « mieux » qu’une femme. Parce que les professions genrées « féminines » sont toujours dévalorisés. C’est tellement vrai avec la profession de sage-femme, si utile, si difficile, mais si méconnue, si méprisée !… (notamment par une bonne partie de ma promo de P2 médecine où j’entends des trucs à gerber que je t’épargnerai huhu…). Au final c’est comparable avec le mépris d’un esthéticien, d’un coiffeur, d’un secrétaire, d’un éducateur de jeunes enfants (travailleur en crèche), d’un auxilliaire de puériculture, d’un baby-sitter et j’en passe… Ces professions sont considérées comme dévalorisantes pour une homme, puisque les métiers de femmes sont considérés comme des sous-métiers !
    Tu as sûrement vécu des choses pas marrantes avec ta condition d’ESF puis de sage-femme « homme », je ne remets pas ça en question bien sûr. Mais il faut bien garder en tête que dans une société patriarcale, il y a des dominants (les hommes) et des dominées (les femmes). Le sexisme ne va que dans un sens, toujours le même.

    Enfin, pour la question du « genre » de la/le sage-femme… La force du métier de sage-femme est l’humanité, l’écoute, l’empathie, le souci des autres… Qui sont des qualités caractéristiques à l’éducation genrée féminine, en fait ! Ce sont des choses que la société apprend aux femmes et attend des femmes, c’est quelque chose qui ressort très souvent des études de psychologie sociale et des études de genre.
    Mais on parle de genre, socialement construit ! Il ne faut pas voir le genre comme quelque chose :
    - d’immuable et naturel, c’est à dire que ces qualités peuvent tout à fait exister/se développer chez un homme, indépendamment de son genre (et encore plus de son génome et de son sexe, donc je vois pas ce que viennent faire des testicules dans tout ça ^^). Ce que je veux dire c’est que ce qui fait d’une sage-femme (et d’un.e soignant.e en général) une bonne soignante sont des qualités acquises et non innées.
    - de binaire et cloisonné, c’est à dire que le genre n’est pas une liste de points retrouvés immanquablement chez tous les individus appartenant à ce genre. C’est quelque chose de très variable d’une personne à une autre et de difficile à définir. En fait je pense que des caractéristiques « féminines » (cad que la SOCIETE ATTEND d’une femme) peuvent très bien être socialement acquises chez un individu qui se GENRE malgré tout au masculin (ouais, c’est compliqué). En fait le genre peut être vu comme un spectre entre 2 individus stéréotypés (l’individu masculin et l’individu féminin) et chacun est libre de se placer sur ce spectre, et de se définir comme bon lui semble. C’est la théorie du genre, quoi.

    Tout ça pour dire que le métier de sage-femme se construit sur des qualités socialement « féminines », mais des qualités pouvant tout à fait se retrouver chez un homme. Donc non, une femme ne sera pas naturellement plus apte à pratiquer un suivi sans péri. C’est une vision bien sûre très essentialisante. Affirmer ça serait donc anti-féministe. Mais la mise en lumière des éducations genrées est aussi un enjeu féministe à ne pas oublier.

    En tout cas, moi je ne doute pas du fait que l’écoute, l’humanité et l’empathie sont des qualités acquises pour toi depuis longtemps :)

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    1. Jimmy Taksenhit Auteur de l’article

      Merci pour ce (long) commentaire qui complète assez ce que je dis plus haut. L’article date de 2013 (c’est genre il y a une éternité) et n’a presque pas pris une ride.

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  10. Es

    Bonjour,

    Je me permets de donner mon avis sur la question, car le sujet me parle beaucoup, et que je me suis posé des quesions sur ce sujet il y a près de onze mois, lorsqu’un vendredi soir tard, à 1h du matin, mon brancard, mon mari, notre toute petite et moi-même sommes arrivées à l’étage suite de couches de la maternité et qu’un « sémillant » jeune homme (enfin, entre 30 et 40, donc asse jeune mais sans déconner) manifestement en pleine forme (oui, parce que deux heures du mat…) m’a dit « bon jour, je suis la sage-femme ». Oui, LA sage-femme. J’ai cru qu’il avait dit « le et que j’avais mal entendu, mais non, puisqu’il a redit la même chose devant ma sœur le lendemain, et mes parents. .

    Ca m’a surprise, mais j’ai trouvé ça cool parce que j’ai toujours une préférence pour les ambiances mixtes, et que je me contrefiche absolument du sexe de la personne qui s’occupe de moi, qu’il s’agisse du coiffeur, de la gynéco, du conseiller à la banque, ou du sage-femme. Et que comme il a ajouté « on va vous trouver de quoi pique-niquer, et puis après, si vous voulez, on vous prendra votre fille pour la nuit pour que vous puissiez vous reposer un peu », forcément, j’ai tout de suite bien apprécié cet aimable monsieur qui me promettait quelques heures de vrai sommeil.

    Quand on fait un job, on est là pour nos compétences, par pour notre sexe (ou genre, enfin peu importe). D’ailleurs, personnellement, j’ai horreur d’apprendre que dans mon job, je suis considérée différemment parce que femme, ce qui heureusement arrive super rarement.
    Qu’il y ait des métiers plutôt d’hommes (genre déménageur), ça ne m’interpelle as plus que ça, parce qu’en général, les hommes sont plus costauds, et que comme c’est physiologique, même si de temps en temps une nana a plus de biceps que son voisin, il y a quand même des tendances qui font que les métiers qui nécessitent de gros bras sont en général mieux taillés pour les mecs.

    Que la naissance ait toujours été une affaire de femme, c’est un fait, mais si on se fonde sur l’argument « de touts temps », on peut dire que de tous temps (ou presque) l’esclavage était légal – ou le servage, ce qui ne vaut guère mieux – que la femme n’avait pas le droit de vote, que les femmes mouraient en couches assez souvent, qu’en l’absence de suivi médical tel qu’il se pratique aujourd’hui (j’inclus la rééduc du périnée), après un accouchement, le corps prenait cher et ne devait que très mal se remettre. Que pas une génération n’échappait à la guerre, etc. Donc le « de tous temps », très peu pour moi.

    Sinon, j’ai trouvé rigolo d’avoir un sage-femme dans l’équipe, notamment pour l’entretien contraception, c’est assez incongru de causer de ses intentions de contraception avec un mec, et j’aime l’humour de l’incongru (je veux dire, même le mien, de mec, qui change les couches des gosses et n’a pas rechigné à me m’aider à enfiler la culotte filet après le premier accouchement, il n’aime pas tellement tellement quand on aborde le sujet pare que ça le rebute, alors que c’est son affaire à lui aussi, après tout). Donc causer tranquillou de stérilet règles et compagnie avec monsieur la sage femme (pourquoi la, d’ailleurs ?), j’ai trouvé que ça avait un côté rigolo. Juste rigolo, un, pas nawak ; le monsieur était tout aussi compétent que ses consœurs, ni plus, ni moins, sur le sujet. J’ai juste trouvé qu’il était un peu moins regardant sur les normes et les protocoles, plus compréhensif, plus à regarder le cas particulier avant d’appliquer les règles générales, et parfois on dit que les mecs ont tendance à être plus comme ça que les filles, mais moi je suis une fille et je suis comme ça, donc c’est peut-être juste une question de caractère (pour mes deux gosses, on m’a enquiquinée parce qu’ils perdaient trop de poids. Les deux faisaient plus de 6 kgs à deux mois, et mon carnet de santé affirme que moi bébé,c’était quasi le même topo, alors je n’étais pas inquiète). Idem, le sage-femme m’a vue promener ma fille dans les bras dans les couloirs de l’hosto et s’est contenté de me sourire brièvement, alors que sa collègue du soir ma engueulée en me disant que ce n’était pas prudent. J’ai demandé au sage-femme le lendemain, et il m’a dit qu’effectivement, le protocole voulait qu’on ne déplace les bébés que dans leur aquarium, normalement (mais que bon, voilà).

    Enfin bref, moi, fille ou mec, peu m’importe, honnêtement (surtout, dans ce cas précis, quand on on voit le nombre de gynécos hommes). moi, ce qui m’importait, c’était d’avoir une dossier médical qui me permettait d’avoir un accouchement « sage-femme » plutôt qu’un accouchement « gynéco », et ça a été le cas, et ça s’est bien mieux passé.

    Je me suis tout de même posé une question par rapport au fait d’avoir un sage-femme homme dans l’équipe (je ne sais pas si tu as la réponse). J’explique : j’étais (pour ma 2e) dans une petite maternité. Il y avait donc une équipe médicale restreinte, pas beaucoup de sages femmes, quelques diverses auxiliaires / aides / que sais-je (je n’ai pas demandé leur pedigree aux gens qui s’occupaient de moi, je voulais pas laisser une impression de flicage, et je faisais confiance en l’institution pour faire intervenir des personnes qualifiées, donc partant de là…). Je crois qu’il n’y avait qu’1 sage-femme à la fois, qui de ce fait, s’occupait un peu de tout.
    Suite à un engorgement pas décelé par la seule sage-femme (le même qui m’a engueulée parce que je promenais ma fille dans les couloirs) qui n’était apparemment pas très au point et n’a pas voulu me croire, ma fille n’a plus réussi à téter parce que c’était tout bouché. Vraiment tout bouché. J’ai donc été gardée un jour de plus, avec consigne d’appeler pour chaque tétée, pour avoir de l’aide pour décongestionner tout ça et maintenir éveillée ma fille qui ne cherchait qu’à pioncer. Pour mon premier, je me souviens que c’étaient surtout les sages-femmes qui traitaient le sujet. Mais cette fois-ci, alors que le sage-femme était de service toute la journée, c’est trois ou quatre collègue différentes qui se sont succédées selon les tétées, mais jamais lui, bizarrement (alors qu’à la base, pour les questions d’allaitement, c’est le/la sage-femme qui aurait été mon interlocuteur privilégié). Je me suis demandée si ce n’était pas exprès, par crainte que les patientes se trouvent mal à l’aise de se faire palper la poitrine par un gars, fût-il sage-femme (je veux dire, un vagin par lequel vient de passer un bébé ressemble à tout sauf à un vagin dans un moment d’intimité normal, j’imagine, entre l’incroyable dilatation, l’éventuelle déchirure, le sang qui coule à flots, etc,mais une paire de seins, ça reste une paire de seins). Je n’ai pas trop trouvé d’autres pistes de réponse.

    Voilà voilà. La prochaine fois, si c’est u homme sage-femme qui assiste à mon accouchement, dans le pire moment, j’aurai le privilège de pouvoir l’insulter en lui disant »rhoo, toi, ça va, tu sais même pas de quoi tu parles, tu ne sais pas ce que c’est d’avoir mal comme ça, Ducon ! ». Mais il ne faudra pas qu’il le prenne personnellement. Ca signifiera juste qu’à mon grand dam, la dose de péridurale ne sera pas suffisante (et après, je m’excuserai platement. Mais il en aura vu d’autres, il ne sera plus à ça près).

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