Ecrire (1)

Ecrire permet de tromper l’insomnie et l’angoisse du temps qui passe.

Désolé, c’est un billet qui se cherche, aujourd’hui.

En ce moment je ne dors pas. C’est peut-être en rapport avec mon boulot, les horaires de nuits, ou l’angoisse de la nouvelle année, ou une espèce de trucs machin bidule primal accroché sur ma nuque qui me maintiens en état de veille. Il faudrait que je développe ça.

 

J’ai commencé à écrire il y a longtemps. Dès que j’ai su en fait. Au départ, l’écriture était un réel calvaire. J’appréhendais chaque dictée, chaque exercice de recopiage parce que c’était moi et ma plume haïe contre une stupide feuille de papier, contre de mon cerveau qui me jouait des tours et contre mon orthographe épouvantable. En fait, mon premier démon a été la lecture. A 9 ans je commençai à dévorer le Club des 5 puis Sherlock Holmes, puis, en furetant, je tombais sur Les Robots.

Ah, Asimov.

En fait je me souviens du libraire. Il m’avais tendu Fondation et Les Robots. J’étais rentré chez moi, j’avais ouvert le premier et je l’avais refermé au bout de deux pages. Une histoire tordue d’ordinateur qui essaye de préserver l’humanité sur une planète… et pourtant je l’ai relu avec délectation 6 ans plus tard. Les Robots, ça s’ouvrait sur quelques mots : les lois de la robotique.

J’ai adoré ce bouquin. Ce n’est qu’un recueil de nouvelle, mais les situations sont juste de la pure science-fiction : les limites de l’utilisation des robots selon les lois énoncés par Asimov. Je me suis fait emporter.

A mon arrivée au CM2 je mangeais donc des bouquins à la pelle et je lisais à toute vitesse, déjà. Mon orthographe s’améliorait un peu et ma grand-mère me donnait des cours de soutien.

En fait, j’ai commencé à écrire en 6e, au moment où ont commencé mes cours d’art plastique. C’est étrange de faire ce lien entre le dessin et l’écrit. Il y avait dans le trousseau demandé pour les cours un attirail extravagant (disons le : hors de prix), mêlant couleurs, pinceaux, pastelles, feutres, crayons… et une plume sergent major avec de l’encre de chine. Mes parents ont râlé sur la plume. Ce soir là ils passèrent le dîner à raconter leurs souffrances à l’école dues à l’usage obligatoire de la plume et de l’encrier. J’ai regardé cet étrange objet que je ne connaissais pas, et j’ai commencé à écrire. C’était moche, brouillon, tremblant, ma main me faisait un mal de chien. Et en fait c’est là qu’a commencé mon travail masochiste d’écriture. J’ai écrit jusqu’à ce que ça soit naturel, voir beau. Je prenais mon temps avec des pleines et des déliées. Je calligraphiai.

 

J’ai alors commencé à écrire pour de bon. L’ère des recopiages fastidieux et des dictées prenait fin (ou presque), mais celui des dissertations et des travaux d’imaginations commençait. Autant vous le dire, je n’ai jamais été bon en français pendant mon collège. J’étais trop fantaisiste, je n’arrivais pas à rester dans les lignes demandait. Je me souviens de deux ou trois travaux d’invention (les fameux « inventez la suite de l’histoire ») particulièrement étrange ou gore (en même temps, sur une histoire d’infanticide…) que j’ai créé, mais ne dépassèrent donc pas les 12/20. C’était frustrant, mais en même temps je m’en foutais. Je lisais beaucoup, mais pas de classiques (j’y suis venu un peu après, mais j’y ai mis du temps) mais par contre j’avais fini le rayon science fiction et fantaisie de mon CDI en quittant le collège. J’avais lu toutes les légendes, les bouquins de Tolkien, les classiques de space opera, d’uchronie ou de fantastique. J’avais eu la chance d’avoir une super documentaliste pour me guider dans mes lectures avec tact et discernement.

Une des oeuvres disparue (et non regrettée) qui fut ma principale écriture entre ma 3e et ma 1ère S fut mon journal intime. Je continuais ce travail d’introspection (que je suis en train de faire là, tout de suite, sous vos yeux, en espérant qu’à un moment Morphée me délivrera de ma nuit blanche (d’ailleurs, je viens de finir le Sandman de Neil Gaiman, tome 1 de l’intégrale, je vous le conseil) ou que je finisse cet article) que ma prof de français de 4e et de 3e nous avait enfoncé dans le crane à force de dissertation telle que : « Les autres sont-ils une gêne ? » ou « Quel serait mon voyage idéal ? » ; sachant que cette prof adorait connaître plein de détail sur nos vies et ne se privait de toute façon pas de nous faire partager moult détails sur la sienne.

Une seconde, je relis ma dernière phrase pour voir si c’est bitable. Bon. Vous pouvez la passer de toute façon s’il vous faut plus de trois lectures.

 

Donc j’écrivais consciencieusement chaque soir une page word et demi (l’équivalent d’un bon article de blog, quoi) sur ma vie. J’étais chiant. Enfin non. J’étais un de ces adolescents qui se pense spécial et qui offre dans un élan de générosité un don à la postérité au cas où des historiens voudraient décortiquer méticuleusement son adolescence pour voir ce qui l’a rendu si exceptionnel. Fort heureusement, j’ai acheté des aiguilles depuis et mes chevilles vont mieux – quoique ce sujet puisse encore porter à controverse.

Et puis un jour de novembre, alors que j’écoutais du doom metal en écrivant que la fille que j’aimais à l’époque ne voudrait jamais sortir avec moi (le côté piédestal peut-être, ou parce que j’avais pourri le coup de son copain en les virant de la chambre de ma soeur à la dernière fête), me retrouvait en position foetale au fond de ma chambre. Oui, j’assume d’utiliser les positions foetales, c’est cool.

Bref, ce jour là, je me suis dis que c’était peut-être vaguement malsain d’écrire ce journal (qui faisait maintenant presque 600 pages de néants prodigieusement mal écrit) et du coup je l’ai effacé. Et la minute d’après j’ai écrit ma première nouvelle. C’était pour un « concours » en ligne, sur un forum, ça parlait d’un mec qui réalisait que son ex le manipulait en lisant son journal et il se vengeait dans un bain de napalm. Ah, l’adolescence, ses pulsions de violence.

C’est un mois ou deux plus tard, en arrivant sur un certain forum, que j’ai commencé à écrire de la fiction pour de bon. Ma deuxième nouvelle parlait d’un mec poursuivi par sa fiancée morte en couche qui le poursuivait en robe de mariée dans un manoir fantasque au milieu du marais poitevin. Mes vagues influences d’alors étaient Lovecraft, Poe et Barbey d’Aurevilly.

J’ai ensuite enchaîné les concours, les occasions d’être lu, critiqué, corrigé. Et voilà. D’une façon générale j’ai fini par créer un univers un peu original sur lequel je travail depuis 6 à 7 ans et dans lequel se trouve, à des époques diverses, les différentes nouvelles que j’écris et évidement mon Gardien de Phare.

La deuxième partie de ce billet qui sortira demain matin (je vais dormir, là) parlera de la façon dont je suis venu au blog.

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