Chaussettes – 17

Je suis arrivé dans la chambre de garde, en m’asseyant sur le lit toujours fait, je me suis rendu compte que la nuit avait été longue.

Je suis resté un instant hebété. Ma collègue de suite de couche est passée en coup de vent avant de commencer son tour. On a juste échangé quelques courtoisies.

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J’ai commencé à me déshabiller avec lenteur, effeuillant les événements de la nuit et les jetant au sol. Ma tenue est humide de sang et de liquide amniotique, mes sabots ont besoin d’un coup d’eau et de javel ; le dimanche m’a épargné le staff, mais la chef de garde à préparé le café.

Je retire mes chaussettes mouillées avec soulagement et je douche mes pieds.

Rien ne vaudra jamais la sensation d’enfiler des chaussettes sèches et propres après une garde mouvementée.

Depuis ma troisième année, à cause des accidents qui émaillent l’apprentissage de ce métier, j’ai toujours pris des sous-vêtements de rechange pour aller en garde.

On ne sait jamais ce qui peut arriver en 12h.

Et s’il ne se passe rien d’humide, j’aurai toujours des chaussettes propres qui m’attendront après ma garde.

Une sieste – 16

« Je tombe de fatigue. En ce moment, c’est pas possible. Il y a les jumeaux qui dorment pas, la petite qui est rentrée à la maternelle, puis mon mari qui rentre tard. Je vais à la CAF, là, tout à l’heure, pour faire une demande de travailleur social, j’espère que ça va faire quelque chose hein ? »

J’essaye de répondre, mais c’est peine perdue. Elle repart.

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Quand j’ai ouvert la porte du cabinet, elle s’est précipité à l’intérieur. « Désolé je suis en retard, on a pas beaucoup de temps ».

C’est une rééducation. Vingt minutes, vingt cinq si on mord un peu.

« Je vous laisse vous installer, je dis, on va essayer de travailler un peu. »

Elle passe derrière le paravent, monte sur la table, se couvre d’une grande écharpe. « Je suis prête, me dit-elle, allons-y ».

Elle me dit ça, mais dès que je suis installé sur le tabouret, les mots sortent à nouveau. Presque les mêmes.

« On va essayer quelque chose », et je retire mon gant. Je pose ma main sur mon ventre. « Vous avez toujours du mal avec la respiration. »

La respiration abdominale devient lente, je l’entraîne dans un petit exercice de méditation dirigée. Peu à peu ses traits se détendent.

Si on mord vraiment, on dira 30 minutes.

Une petite sieste, une petite pause dans sa journée chargée.