Ce n’est pas du brutal

Entre la sortie des Brutes en Blancs et cet article, je me suis laissé deux bonnes semaines de lecture et de réflexion. Ceux qui me connaissent dans la vie et qui me lisent seront peut-être déçus, car il ne trouveront pas grand chose de nouveau par rapport à ce que j’ai pu déjà leur en dire.

Ce livre n’était pas, fondamentalement, une mauvaise idée.

Avec ma consœur Reinemère nous nous étions un jour tâtés à commettre un ouvrage du type Guide de Survie en Territoire Obstétrical… Le temps a passé et la motivation avec. Si je reprends mes archives jusqu’à ce jour à divers endroits, je me dis que le soin est loin d’être le milieu doux et serein qu’il devrait être pour les patients.
Parce que ce livre, malgré tout, est écrit à l’attention des patients d’abord, et des soignants ensuite ; il est riche en exemple pour que son propos soit bien compris, et son titre est provocateur par soucis commercial. Pour toucher un maximum de gens, il faut bien commencer par le vendre, non ?

Mais que valent ces Brutes en Blanc ?

Si ses intentions sont bonnes, je regrette que ce soit un essai si mal écrit et mal construit.

La première partie, qui parle de ce qu’est le soin, est très théoriques et didactique.  La deuxième partie donne des exemples de maltraitance dans plusieurs domaines, de la cancérologie à la gynécologie, et surabonde de détails et de récits.

La troisième partie, la Fabrique des Brutes en Blancs essaye d’expliquer les fondements historiques de cette maltraitance sans vraiment y parvenir ; Winckler y enchaîne des raccourcis sur l’histoire de la médecine, sélectionnés pour servir son propos. Il nie en plus l’existence d’une construction personnelle au cours des études, en parlant de la forte présence des laboratoires dans les facultés et les CHU. Cela me semble relativement hypocrite quand Winckler lui-même dit qu’il est sorti de ce piège via des rôles-modèles et des rencontre qui l’on aidé à se construire. Ce manque de nuance n’aide pas l’essai à tenir, et cela m’a gêné.

On retrouve tout au long du livre une sorte de rhétorique que je pourrais résumer avec une patate.

Je trouve que les patates en salade sont un problème.
Via une plateforme (mon blog), j’ai reçu le récit de Mme X, cuisinière, qui me raconte le dictat de la salade de pomme de terre. Je vous livre son récit.
D’ailleurs, dans Libération, Charles Albert, écrivait un article dénonçant les patates froides en 2012.
On peut sans doute en conclure que les patates froides sont un problème en France.

Ce n’est pas aussi inintéressant que ça. Les récits sont de bonnes illustrations de pratiques qui me sont racontées par mes patientes au cabinet. Mais, où sont les sources ? Je suis soignants, je ne suis pas médecins… Quand Winckler déclare « Avec les traitements disponibles aujourd’hui, la survie est identique, même si on soigne les cancers du sein au stade de tumeur palpable par la femme. », j’aimerais savoir d’où ça vient. Je ne suis pas un expert, mais ce livre s’adresse à des patients, pas à des experts.
L’absence de réelle bibliographie est un vrai problème pour un essai qui dit aux patients d’aller chercher la littérature pour s’informer eux-mêmes. Winckler, souvent, sélectionne des sources qui sont des essais critiques, ou des articles de presse ; de temps en temps la revue Prescrire, mais rarement la littérature scientifique.

Il se dégage de tout ça une image trouble de l’auteur, un être irréel qui est toujours au meilleur niveau, qui ne fait pas vraiment d’erreur, ou alors qui s’en rend compte très vite et cherche à les réparer. C’est le problème avec les passages autobiographiques : qui est le Winckler de l’essai ? Est-ce l’auteur qui arrange sa réalité ou un personnage éponyme ? Les Brutes en Blancs, comme il le dit lui-même, c’est surtout sa façon de mettre en avant ses positions et ses opinions. Cela aurait pu être plus.

Le livre reste, à mon sens, une lecture intéressante pour les patients et leurs familles. La dernière partie, le «Que faire face à la maltraitance ?» regorge de bon conseils pour aborder ces problématiques ; il y rappelle surtout que les soignants sont des êtres humains qui peuvent être maltraitants sans le savoir, mais qui ont souvent à cœur de progresser. La bonne solution reste souvent le dialogue.

On peut dire que, malgré sa forme, le livre pousse les gens à poser des questions sur les soins qu’ils reçoivent, sur la façon dont le système fonctionne ; s’il peut servir au moins à cela, son existence a un intérêt.

4 réflexions au sujet de « Ce n’est pas du brutal »

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