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Comment j’ai quitté l’hôpital

Je me souviens qu’au moment où le soleil est entré par les velux du plafond, je me suis senti un peu mieux. Un peu triste aussi. Très las. J’avais une pile de dossier immense à finir et un dernier staff à assurer. La cadre m’a invité à prendre un café dans son bureau et on a échangé des banalités. J’ai finis mes dossiers, j’ai dit au revoir à tout le monde, et j’ai quitté ma garde.

Une petite larme a coulé sur ma joue. C’était plus ou moins ma dernière garde.

C’était il y a un an et trois mois.

J’ai pris un peu de temps pour moi, parce que j’avais besoin de souffler. Je crois que je n’avais pas pris de pause depuis vraiment longtemps : j’enchaînais les gardes, et quand j’étais libre je cherchais de nouvelles chaînes.

J’ai pris une semaine. J’avais un salaire qui tombait à la fin du mois et un peu d’argent de côté. Le chômage courait depuis le début de l’année, au cas où. C’est la réalité des sages-femmes jeunes diplômées. J’ai regardé les annonces.

Comme si j’entrais dans un magasin de chaînes professionnelles :
« Bonjour monsieur le vendeur, j’voudrais un autre contrat. De préférence pas trop violent, je sors d’une série noire.
− Ah ça tombe bien, on en a un beau en ce moment à VilleQuelquePartEnFrance, vous avez une voiture ?
− Non, j’ai pas le permis.
− Ah, c’est regrettable. Sinon j’ai toujours cette possibilité à HôpitalBourrin. C’est un mois renouvelable pour un remplacement non mentionné sur le contrat. C’est pas très légal, mais vous aurez votre dose pour trois ou quatre mois.
− Je… Je ne sais pas. Je peux repasser ?
− Revenez la semaine prochaine, j’aurais peut-être du nouveau… Mais ne traînez pas trop, j’ai des dizaines d’acquéreurs possibles. Les affaires marchent pas mal en ce moment. »

La perspective d’envoyer un CV pour qu’il se noie parmi une trentaine d’autres sur un bureau ne me faisaient pas rêver. Alors j’ai réfléchi une semaine de plus. Je me suis dis que, quitte à ne rien faire il valait mieux se former, alors j’ai fais ma première formation professionnelle continue et…

Ça m’a fait du bien. Tellement de bien. J’ai pu discuter avec d’autres sages-femmes en dehors d’un cadre professionnel, sans les interruptions liées à des sonnettes ou à un rythme de travail. Et j’ai fait ce truc cliché que font les sages-femmes dans les documentaires de télé-réalité quand elles ont un doute : j’ai appelé une de mes mentors.

Je pense que 10lunes et Etlacigogne sont les fées sur le berceau de mon cabinet. C’est le moment où j’ai commencé à y croire. Et ensuite j’ai appelé les sages-femmes de mon coin pour savoir quoi faire.

 

Il y a un an, j’ai été sur le site de l’URSSAF.

C’était un dimanche matin sur l’ordinateur de ma chérie, dans le froid de son salon avec la paille de la chaise qui me piquait les fesses. Je me disais que si je ne le faisais pas, j’hésiterais.

Je cherchais des informations : où aller, quels documents fournir. J’ai plissé les yeux devant le formulaire en ligne, j’ai hésité sur trois ou quatre items et, quelques recherches google plus tard, j’étais le patron de ma propre entreprise. Jimmy Taksenhit, sage-femme. En gros. J’ai ensuite déclaré les choses sur le site du conseil de l’Ordre.

Dix minutes plus tard, quand je me suis glissé sous les draps tout chaud, je suis resté à écouter la respiration de ma compagne qui dormait à mes côtés. Je ne pensais pas que se mettre en libéral était si facile. J’ai regardé le plafond avec angoisse et excitation.

Mes ennuis ne faisaient que commencer.

 

Mes joies aussi. J’ai attendu un an avant de commencer à écrire sur ce sujet parce que je ne voulais pas brusquer les choses, prendre du recul…
Aussi, le blog a soufflé ses cinq bougies la nuit du nouvel an. Quand je repense à ce temps là, cela me semble loin. 

Ce n’est pas du brutal

Entre la sortie des Brutes en Blancs et cet article, je me suis laissé deux bonnes semaines de lecture et de réflexion. Ceux qui me connaissent dans la vie et qui me lisent seront peut-être déçus, car il ne trouveront pas grand chose de nouveau par rapport à ce que j’ai pu déjà leur en dire.

Ce livre n’était pas, fondamentalement, une mauvaise idée.

Avec ma consœur Reinemère nous nous étions un jour tâtés à commettre un ouvrage du type Guide de Survie en Territoire Obstétrical… Le temps a passé et la motivation avec. Si je reprends mes archives jusqu’à ce jour à divers endroits, je me dis que le soin est loin d’être le milieu doux et serein qu’il devrait être pour les patients.
Parce que ce livre, malgré tout, est écrit à l’attention des patients d’abord, et des soignants ensuite ; il est riche en exemple pour que son propos soit bien compris, et son titre est provocateur par soucis commercial. Pour toucher un maximum de gens, il faut bien commencer par le vendre, non ?

Mais que valent ces Brutes en Blanc ?

Si ses intentions sont bonnes, je regrette que ce soit un essai si mal écrit et mal construit.

La première partie, qui parle de ce qu’est le soin, est très théoriques et didactique.  La deuxième partie donne des exemples de maltraitance dans plusieurs domaines, de la cancérologie à la gynécologie, et surabonde de détails et de récits.

La troisième partie, la Fabrique des Brutes en Blancs essaye d’expliquer les fondements historiques de cette maltraitance sans vraiment y parvenir ; Winckler y enchaîne des raccourcis sur l’histoire de la médecine, sélectionnés pour servir son propos. Il nie en plus l’existence d’une construction personnelle au cours des études, en parlant de la forte présence des laboratoires dans les facultés et les CHU. Cela me semble relativement hypocrite quand Winckler lui-même dit qu’il est sorti de ce piège via des rôles-modèles et des rencontre qui l’on aidé à se construire. Ce manque de nuance n’aide pas l’essai à tenir, et cela m’a gêné.

On retrouve tout au long du livre une sorte de rhétorique que je pourrais résumer avec une patate.

Je trouve que les patates en salade sont un problème.
Via une plateforme (mon blog), j’ai reçu le récit de Mme X, cuisinière, qui me raconte le dictat de la salade de pomme de terre. Je vous livre son récit.
D’ailleurs, dans Libération, Charles Albert, écrivait un article dénonçant les patates froides en 2012.
On peut sans doute en conclure que les patates froides sont un problème en France.

Ce n’est pas aussi inintéressant que ça. Les récits sont de bonnes illustrations de pratiques qui me sont racontées par mes patientes au cabinet. Mais, où sont les sources ? Je suis soignants, je ne suis pas médecins… Quand Winckler déclare « Avec les traitements disponibles aujourd’hui, la survie est identique, même si on soigne les cancers du sein au stade de tumeur palpable par la femme. », j’aimerais savoir d’où ça vient. Je ne suis pas un expert, mais ce livre s’adresse à des patients, pas à des experts.
L’absence de réelle bibliographie est un vrai problème pour un essai qui dit aux patients d’aller chercher la littérature pour s’informer eux-mêmes. Winckler, souvent, sélectionne des sources qui sont des essais critiques, ou des articles de presse ; de temps en temps la revue Prescrire, mais rarement la littérature scientifique.

Il se dégage de tout ça une image trouble de l’auteur, un être irréel qui est toujours au meilleur niveau, qui ne fait pas vraiment d’erreur, ou alors qui s’en rend compte très vite et cherche à les réparer. C’est le problème avec les passages autobiographiques : qui est le Winckler de l’essai ? Est-ce l’auteur qui arrange sa réalité ou un personnage éponyme ? Les Brutes en Blancs, comme il le dit lui-même, c’est surtout sa façon de mettre en avant ses positions et ses opinions. Cela aurait pu être plus.

Le livre reste, à mon sens, une lecture intéressante pour les patients et leurs familles. La dernière partie, le «Que faire face à la maltraitance ?» regorge de bon conseils pour aborder ces problématiques ; il y rappelle surtout que les soignants sont des êtres humains qui peuvent être maltraitants sans le savoir, mais qui ont souvent à cœur de progresser. La bonne solution reste souvent le dialogue.

On peut dire que, malgré sa forme, le livre pousse les gens à poser des questions sur les soins qu’ils reçoivent, sur la façon dont le système fonctionne ; s’il peut servir au moins à cela, son existence a un intérêt.

Le syndrome d’Hémon

Si vous avez une bonne proportion de médicaux sur les réseaux sociaux, vous n’avez sans doute pas échappé à la tempête qu’a été le dernier livre de Martin Winckler. Son titre est provocateur, son annonce a fait couler des torrents d’encre numériques… Je l’ai donc lu, pour en faire une critique. Mais vous ne l’aurez pas aujourd’hui.

D’abord je vous dois des explications. Ces explications sont personnelles… Peut-être ?

Je pense que  Winckler ou Sachs est un nom que j’ai beaucoup entendu dans le cercle « des médecins blogueurs » où l’on m’a invité. Au cours de débat, il y avait une chose de sûre : il faisait figure de guide.

Peut-être que « guide » n’est pas le bon mot.

Je pense que La maladie de Sachs et, en ce qui me concerne, Le chœur des femmes, ont été des livres importants pour la plupart des étudiants au milieu de ce tunnel que sont les études médicales et la recherche de rôles modèles.

C’est quelque chose que Winckler évoque à peine dans son dernier livre, les rôles modèles.

J’entends par rôles modèles ces figures et ces professionnels qui nous ont appris à mettre en application la théorie qui nous a été enseignée. L’apprentissage du soin est, je pense, conditionné par ces modèles, ceux que l’on admire tant et à qui on voudrait ressembler. Il ne s’agit pas d’un mimétisme absolu non plus, mais…

Par exemple j’avais une formatrice sage-femme qui m’a guidé, qui alliait rigueur et sévérité, mais une forme de douceur et de compréhension merveilleuse pour les patientes et les étudiants. Il y a eu la seule sage-femme qui m’ait invalidé une garde, pas de façon violente, mais pour me donner le coup de pouce qui me manquait à la fin de cette avant-dernière année si dense. Il y a eu cette blogueuse qui m’a souvent remis à ma place quand mes tribulations associatives m’échauffait trop l’esprit, cette sage-femme qui m’a fait faire mes premières suite de couche, cette consœur qui est devenue une amie… Il y eut le Dr Karma, ce Winckler sous masque, et sa consultation de gynécologie qui envoyait valser les « règles » mais jamais au prix de la santé des femmes.

Le modèle de formation que Winckler décrit dans son livre semble étrangement incomplet, il oublie que sans ses romans la face de nos blogs aurait été bien différente,

 

La tempête ressemble pour moi à la réaction d’Hémon (dans Antigone, d’Anouilh)

Hémon : […] Nous ne sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme lorsque j’étais petit. Ah ! je t’en supplie, père, que je t’admire, que je t’admire encore ! Je suis trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t’admirer.

Créon : On est tout seul, Hémon. Le monde est nu. Et tu m’as admiré trop longtemps. Regarde-moi, c’est cela devenir un homme, voir le visage de son père en face, un jour.

Le problème ne vient pas du livre, comme quand ma consœur 10lunes avait chroniqué celui d’Odile Buisson. Le personnage était antipathique, la critique était donc plus aisée.

Non, le problème vient de Winckler, de sa position de père spirituel d’une certaine philosophie pratique de la relation de soin, le genre qui modifie ma façon de faire et ma façon d’être au quotidien. Et ce père spirituel qui nous a aidé à nous construire comme soignants nous a infligé une blessure d’orgueil.

Je ne peux nier le problème de la maltraitance dans le soin et les abus d’autorité que j’entends plus que régulièrement. Je les entendais déjà quand j’étais étudiant. Je pense que pour mes collègues blogueurs, se retrouver dans le même sac non discriminé que tous les autres médecins, faisant fi des déterminants sociaux, et de la construction toujours très personnelle de chaque soignant, cela fait mal. Peut-être trop mal. Peut-être que l’image idéale qui nous restait un peu de lui s’est brisée.

Il est difficile de rester neutre avec lui, hélas.

Fragments de haine

Ma première fois a eu lieu dans mon avant-dernière année d’étude.

J’étais allé plein de bonne volonté aux urgences parce que c’était la nuit, parce que j’étais l’étudiant sage-femme, et parce que c’était relativement calme. Dans cet ordre. J’ai tout de suite su que la consultation allait être conflictuelle et je pense que mes défenses se sont levées sans que je ne m’en rende compte. La patiente était seule dans le box et ne parlait pas un mot de français. Je me suis présenté, mais elle regardait derrière moi.

Derrière moi se trouvait un homme furieux et le ton n’est pas monté.

Il a commencé très haut.

Ils avaient beaucoup attendu − on était débordés, ils avaient peur − elle avait mal, il se sentait impuissant. Il ne voulait pas d’homme, et je ne sais pas ce qu’elle voulait… Mais je pense que c’était presque un prétexte.

Ce n’était pas ma première expérience de la violence en soin, mais cette nuit là elle m’explosa au visage de façon inédite parce que je devenais autonome et parce que toute l’équipe s’entêta à me soutenir.

Cela faisait presque un mois que j’étais en stage dans cette maternité que je connaissais très bien, au rythme d’un stage par an. Les deux semaines précédentes m’avaient déjà mis des coups dans le ventre avec des situations graves… L’équipe m’avait plus ou moins intégré parce que c’est comme ça que les êtres humains se protègent les uns les autres face aux situations extérieures. Affronter la mort ensemble rapproche les gens.

 

Je pense qu’il m’a fallu du temps pour vraiment comprendre à quel point cette situation avait été violente pour ce couple, et a été décuplé par le stress. Avec le temps j’ai évolué  vers un modèle de communication non-violente, et je repense souvent à cette histoire.

La violence, sous une forme ou une autre, fait hélas partie de nos relations humaines. Cela ne la rend pas pour autant acceptable.

 

J’ai quitté l’hôpital presque sur un coup de tête à la fin d’un remplacement.

C’était l’année dernière, et la salle de naissance, son côté merveilleux, me manque parfois. Les inconvénients qui allaient avec, non. Quand je repense à ce que je faisais il y a deux ans, je me demande qui était cette personne qui se levait à une heure anormale, acceptait des gardes supplémentaires sans broncher, et baissait la tête dans l’espoir de conserver son emploi précaire. C’était l’image professionnelle que je connaissais en majorité, les sages-femmes libérales me semblant appartenir à un autre monde.

Il ne s’agit que d’un choix de carrière différent.
Mais ce n’est pas le sujet ici. Bientôt, promis.

Mes remplacements se sont toujours fini d’une façon similaire.

Un jour, de préférence en fin de garde de nuit (l’option de celles qui veulent un interlocuteur KO) ou milieu de journée (le fameux « Tu passeras me voir si tu as deux minutes »), la cadre me demandait un entretien. Le dialogue a toujours été plus ou moins le même.

Sauf une fois où j’ai failli saisir la HALDE sans avoir vraiment de preuve de discrimination.

« Bonjour Jimmy, ça va ? Écoutes j’ai des retours positifs de tes collègues et de tes patientes, mais je ne vais pas pouvoir te renouveler. Pourquoi ? On n’a rien à te reprocher hein, tu travailles bien, tu t’es plutôt intégré, mais on m’a supprimé un CDD sur le semestre prochain, on n’a plus le budget suffisant. Je te ferai une lettre de recommandation si tu le souhaites, hein ! Bonne journée ! »

La première fois j’étais à moitié en larme. J’ai pris un instant dans le temps de me redonner une contenance dans le couloir avant de reprendre le travail. La deuxième fois j’ai traité ça avec fatalité.

Je sais que ce modèle n’a pas toujours été la norme. C’est ce qui attend aujourd’hui la plupart des jeunes diplômées à la sortie des études : un emploi précaire, une compétition avec celles qui sont arrivées en même temps, des sacrifices sur sa vie personnelle. Si on tient le choc, si on a de la chance, peut-être que l’on deviendra fonctionnaire stagiaire.

J’ai passé mes 3 premières années après le diplôme à être payé comme une sage-femme débutante.

La troisième fois j’ai demandé comment m’améliorer et si on ne pouvait pas me former parce qu’il n’y avait clairement pas assez de sages-femmes dans l’équipe pour faire tourner le planning. Je savais que me collègue allait prendre des gardes supplémentaires le temps d’éponger mes congés payés accumulés.

La cadre m’a rendu un sourire triste. « Avec quel budget ? »

Ma dernière fois m’a motivé à quitter l’hôpital. J’avais un bon profil : discipliné, humain, conscient des enjeux aussi bien médicaux que financiers. J’ai passé du temps à calculer avec la chef de pôle ce que je coûtais à l’hôpital, je me suis vendu avec des arguments financiers, comparant le coût/nombre de vacation par rapport à un CDD, j’ai même eu une réunion avec la cadre, la chef de pôle et le responsable des RH pour discuter d’une vacation de consultation.

Je pense qu’un jour j’ai eu le malheur de dire non. Mon ancienne maternité faisait partie du même groupement hospitalier territorial et les sages-femmes venaient de perdre une de leurs prime parce que l’administration avait réduit le budget.
On m’a demandé d’aider à briser la grève.
J’ai refusé, parce que ma déontologie me demande d’apporter soutien et assistance à mes collègues.

L’administration est violente avec les soignants, elle les pousse à bout et leur gestion les pousse parfois au suicide.

 

J’aurais pu m’arrêter là. Il y a un an ou deux, je l’aurais sans doute fait.

 

Les gens qui s’occupent de la gestion des hôpitaux, ceux que je pointe avec « l’administration » sont des fonctionnaires, et les fonctionnaires font ce qu’ils peuvent avec le mandat qu’ils ont. Est-ce qu’il parviennent à dormir la nuit ? Je ne sais pas. Je connais quelques hauts fonctionnaires qui n’y arrive pas, parce qu’ils ne sont finalement qu’un autre point de tension dans ce fragile édifice qu’est le système de soin français.

Les politiciens que nous avons élu à la majorité ont pensé le système de soin actuel et ont mis en place le Plan hôpital 2007 et la Loi organique relative aux lois de finances qui pose sans doute problème.

S’il y a des juristes dans mon lectorat, pardonnez mes imprécisions de non-juriste, les commentaires vous sont ouverts pour toute remarque et précision.

Pour les non-initiés, la Loi organique relative aux Lois de Finance est une loi qui fixe des règles, un esprit, aux lois de financement postérieures, et cette loi-ci a pour but d’avoir une gestion efficace de l’argent publique : efficience, transparence. En soi, ce n’était pas une mauvaise idée.

Cette loi a beaucoup influencé le Plan hôpital 2007 : c’est l’origine de la Tarification à l’acte. En gros, un hôpital se finance lui-même. C’est devenue un hybride étrange avec une entreprise qui raisonne avec le marché, les coûts, et qui cherche à équilibrer ses comptes.

J’ai vu l’impact de cette loi en parlant avec des équipes administratives qui s’étaient retrouvées mise sous tutelle car leur hôpital n’était pas assez rentable.

 

Si on remonte la chaîne de la violence, je pense que les situations qui m’ont poussé à écrire cet article au départ viennent d’un choix de société, d’un choix politique. Nous sommes tous responsables.

La santé peut-elle, doit-elle être rentable ? N’est-ce pas plutôt un investissement qui bénéficie à l’ensemble de la société ? Peut-être qu’il manque une vision globale dans la gestion des finances et qu’il est plus facile d’investir dans la construction de prisons sans augmenter le nombre de juges.

Je pense néanmoins que se chamailler n’arrangera rien. Si nous voulons vraiment améliorer les choses, ils faut travailler tous ensemble : les patients, les soignants, et ceux qui permettent leur rencontre.

 

J’ai l’impression que les événements récents voulaient que je parle de violence. J’écris cet article après avoir vu la pauvreté du débat sur Twitter (la viabilité d’un débat en 140 caractères, polarisé et sans nuance, reste à démontrer), mais j’avais commencé à jeter un plan la semaine dernière : les infirmières étaient en grève mercredi dernier à cause de la vague de suicide de cet été ; un médecin s’est fait agresser sur son lieu de travail aux urgences, fait qui a relancé le débat sur la violence dans les services de soin…

Sur Twitter, une « patiente éclairée » a expliqué qu’elle comprenait que les patients puissent être violents aux urgences : l’angoisse, la peur, le manque d’information et de personnel… Et cela a évidemment provoqué ce dimanche un débat totalement stérile.

Prévoir

« Pensez quand même à revoir votre pneumologue pour votre asthme !
− Je n’ai pas fait de crise depuis des années avec mon traitement de fond…
− Oh, vérifiez avec lui quand même pour voir s’il est compatible avec la grossesse. Ou même l’arrêter.
− D’accord, je vais prendre rendez-vous. Il me prend assez rapidement, ça fait longtemps qu’on se connaît. »

Elle soupire.

Elle remonte ses lunettes rondes sur l’arête de son nez, pousse se boucle rousse. Elle a la main sur le ventre et un sourire pensif. « Donc je n’ai plus qu’à arrêter ma pilule… Ça fait un peu peur…
− C’est un grand saut, en quelque sorte. Une première grossesse, c’est une aventure.
− Est-ce qu’on a tout prévu ? » Elle commence à chercher son portefeuille.
« Presque. Si vous le voulez bien on peut déjà faire deux sérologies : la rubéole et la toxoplasmose. Si vous êtes immunisée ou vaccinée on sera tranquille ! »

Elle s’arrête un moment et fronce les sourcils.
« Je crois que je suis déjà vaccinée contre la rubéole. Je crois…
− Il se pose toujours la question des rappels, dis-je. Est-ce que vous avez bien eu vos deux doses, est-ce que vous êtes encore immunisée…
− Vous me mettez le doute. C’est grave ? »

Je me renfonce dans mon fauteuil. Je n’aime pas faire peur aux gens. Pas pour rien, en tout cas.

La rubéole peut faire des dégâts, mais elle est rare. J’ai vu des centaines de femmes enceintes non immunisées et peut-être une ou deux suspicion de rubéole congénitale dans ma courte carrière. Mesurer la bonne information à délivrer est un dilemme.

En attendant, la rubéole est une vraie vacherie pendant la grossesse : cécité, surdité, malformation cérébrale… Une sorte de loterie. Je ne peux pas vraiment lui dire comme ça en tout cas.

« Ça peut l’être. C’est assez rare. Vous avez votre carnet de santé ?
− Je pense que mes parents l’ont perdu dans un déménagement, dit-elle avec un rire d’excuse.
− Disons qu’à une époque cette maladie a fait des dégâts. C’est surtout grave pendant la grossesse, parce que ça crée des malformations chez le fœtus. C’est pour ça qu’on vous embête avec. »

Son regard se ferme un peu. Je viens de salir un peu le projet idéal qu’elle avait déjà en tête.

« Vous savez, avec le vaccin, vous allez être protégée. On a juste à faire la sérologie et on sera fixé !
− C’est vrai. On peut faire ça.
− Par contre, ça veut dire qu’il va falloir continuer votre contraception un peu plus longtemps. On préfère éviter ce vaccin pendant la grossesse.
− Je comprends. Et la toxoplasmose ? Il y a un vaccin ?
− Ah non, ça c’est plus chiant : il faut faire attention à ce qu’on mange, bien laver les légumes, bien cuire la viande… On verra tout ça si vous n’êtes pas immunisée. »

Un silence s’installe.

« S’il y a d’autres vaccins à prévoir, ri-t-elle, avec la prise de sang je vais devenir une passoire…
− Et bien… Vous êtes à jour de votre vaccin contre la coqueluche ? »

 

Les sages-femmes peuvent en effet vacciner les femmes au cours de leur suivi gynécologique de prévention, pendant et aussi après une grossesse. Le vaccin reste la seule protection efficace contre la transmission de la rubéole à la femme enceinte, il n’existe actuellement pas de traitement contre ses effets pendant la grossesse.

Se faire vacciner reste la meilleure façon de se protéger et de protéger les autres.
N’hésitez pas à discuter vaccination avec vos patientes, qu’elles soient enceintes, en suivi gynécologique sous contraception ou qu’elles soient en post-partum. Vous pouvez vous procurer le disque calendrier des vaccinations pour votre usage  et leur donner des informations via les nombreuses ressources que développe
Santé Publique France dans le domaine de la vaccination.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Santé Publique France (ancien INPES) dans le cadre de l’information des professionnels de santé sur la vaccination.