Opération #GottaCatchEmAll

Je suis sorti de la dernière journée du dernier stage de ma dernière année avec l’âme en peine. Je vous passe les détails, mais c’est vraiment ce qu’on appelle une sale journée. Une trèèès sale journée. Pour tout le monde. Donc, le coeur pas trop léger, je sors mon téléphone, je lance Twitter en me disant que quelqu’un aura bien une blague sur Jean-Luc Delarue… et je tombe sur un conseil d’allaitement de @10lunes à @LullaSF que je connais bien et à @bel_et_rebelle que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam avant ce soir.

En sortant de l’hôpital j’ai été doublé par un toxico qui sifflotait ça et ça m’a fait penser que c’est une des chansons les plus parodiée en école de sage-femme, et que je ne connaissais pas toutes les sages-femmes de Twitter et que…

 

Bref, d’où l’idée quoi !

Donc, je me suis dit qu’il fallait que j’ajoute tout ces gens à mon pokédex à ma TL sur Twitter. Donc j’ai balancé un truc.

Ce soir, opération « sages-femmes, gotta catch them all ! » sur Twitter.

Je ne savais pas trop pourquoi, mais il y a des gens qui ont réagit. Alors j’ai expliqué.

Le principe : trouver tout ce qu’il y a de sage-femme sur Twitter. Une fois qu’on a trouvé une consoeur qu’on n’avait pas encore, on l’ajoute, et on s’écrit : « J’ai attrapé un @trucmachin sauvage ! C’est une sf libéral qui fait du Taekwendo ! #GottaCatchEmAll »

Sur le moment c’était presque un délire. Ya des gens qui ont commencé à faire des articles sur les médecins qui sont sur Twitter et qui demandent des avis. Je trouve ça cool. Et si je veux un avis acupuncture ou un avis homéopathie, je fais quoi ?

En fait, ce #GottaCatchEmAll, c’est un peu une façon de découvrir plein de sages-femmes avec plein de pratiques différentes, de faire connaître des sages-femmes  sur Twitter et de faire un mini-coup de pub.

Et ça a enflé, comme un séisme, avec des répliques. Des sages-femmes se sont appropriée l’idée, se sont lancées dedans et on commencé à suivre plein de monde. Pendant deux heures et demi, ma barre d’interaction et ma barre d’activité n’ont pas arrêté de sonner. Ca se suivait, ça se répondait, ça se parlait, ça vivait.

 

J’ai eu l’impression, un instant, qu’une bonne communauté de sage-femme sur Twitter, c’était possible.

 

Pourquoi Twitter

J’ai eu la remarque de @Afrochatsf qui me demandait « Et pourquoi pas Facebook, il y a une grosse communauté ! »

Pas Facebook parce que… c’est de la merde. J’aime pas Facebook en fait, on ne peut pas avoir de dialogue sérieux. Je ne sais pas si beaucoup de monde a déjà jeté un oeil au groupe « SF en lutte », mais c’est des échanges de baffes où personne n’écoute personne pour essayer d’imposer son point de vu.

Twitter au contraire, c’est un peu la liberté. Déjà, personne ne viendra me dire « T’as 24 ans, t’es qu’un jeune con qui sait rien, moi je fais de la salle depuis 35 ans, gamin, alors ta gueule. » Twitter est dynamique, instantané et réactif : c’est vivant et ça laisse moins de marque qu’un post avec 285 commentaires qui s’insultent les uns les autres. Twitter c’est de plus en plus populaire.

Et surtout sur Twitter il y a les usagers. Beaucoup d’usagers. Et la révolution du monde de la naissance passera par les usagers !

 

Alors, chère consoeur, si tu passes par là, viens donc faire un tour sur Twitter pour nous dire bonjour. On te fera bon accueil, on te montrera quelques trucs et tu rencontreras plein de monde !

 

Sinon, j’avais aussi pensé à reddit, genre créer un /r/sagefemme, mais je crois que personne ne connait reddit dans ce bas monde francophone. Je m’en fiche, j’irai faire ma veille sur /r/midwifery !

5 ans dans le retro (3)

Imaginez un amphithéâtre gigantesque, rempli de la fine fleur des P1 (les 500 meilleurs, en gros), un énorme tableau Excel projeté sur l’écran avec des boutons, des macros et des numérus clausus. Il y a là des gens en pleurs, des rires, des gens qui ont l’air d’attendre une exécution capitale.

Bref c’est ce qu’on appelle l’amphi de garnison.

 

La croisée des chemins

Je suis arrivé là bas de bonne heure ce mardi matin. Pas trop tôt pour éviter les 100 premiers, mais suffisamment tôt pour soutenir mes potes. J’avais des amis et ma soeur pour me soutenir. Je me souviens que c’est la dernière fois que j’ai vu certains de mes amis de PCEM1, avec qui j’avais pourtant passé deux ans de galère. Certains parce qu’ils échouaient, certains parce qu’ils partaient en médecine. Une espèce de fuite en avant.

L’amphi de garnison, c’est un moment affreux. En bas, devant l’écran, il y a des gens.

Ils n’appellent pas des gens, ils appellent des numéros. Je ne suis qu’un classement, un numéro statistique dans une machine infernale. On met des humains par un point A, on entre un concours et des mauvais sentiments par un point B, on l’installe dans une salle ambiance et ça vous chie des statistiques. C’est tout, d’ailleurs. Des notes coefficientés. On ne se demande jamais quelles sont les vocations, les motivations, les envies profondes des candidats. Il n’y a pas d’oral, juste des cases à cocher et des ordinateurs pour noter des gens.

Je vois la dernière place de médecine partir 40 places avant moi. Certains potes sont passés. Ma meilleure amie de l’époque, avec qui j’ai passé deux années géniales, et qui n’y croyait pas, a pris une des cinq dernières places et est sortie en me lançant un regard brouillé de larme. Elle m’a jeté un dernier regard, un « courage », elle a pris son sac et est sortie de l’amphi. C’est la dernière fois que je l’ai vue physiquement.

Mon meilleur pote est resté jusqu’au bout. Ma copine de prépa, qui voulait sage-femme, est passée juste à côté de moi, en chemisier blanc. Elle m’a dit « A un de ces jours« . Cette fille était devant moi au concours. Cette fille était devant moi au DE. Ya des choses comme ça.

Les places de dentistes se sont épuisées 20 places avant mon tour. Je m’en foutais. Je ne serait jamais parti en odonto. J’ai senti la main de ma soeur sur mon épaule se serrer quand les dernières places pour kinés sont partie 5 places avant moi. Mon pote s’est retourné vers moi, comme pour s’excuser. Moi, j’ai souri quelque par. Il y avait cette place en sage-femme. Deux écoles, une de banlieue, une dans le centre. Il restait une place dans le centre, 8 au dehors.

La personne suivante a dit qu’elle ne voulait rien.

Celle d’après a dit qu’elle partait en banlieue.

La suivante également.

Celle d’après a renoncé.

La femme en bas a appelé mon numéro. « 455e… Sur la feuille d’orientation il n’y a que médecine donc… »

Je me suis levé. J’aurais bien aimer crier « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !« , mais j’ai crié « Je prends sage-femme à Paris ! » 

L’amphi m’a hué.

Je ne sais pas si vous vous êtes déjà fait huer par 400 personnes… Mais ça fait un choc. Je comprenais, je prenais la dernière place en sage-femme à Paris, donc les gens me huaient comme ils applaudissaient ceux qui avait pris sage-femme en libérant des places en médecine.

Je suis descendu, la femme a appuyé sur un bouton pour enlever la dernière place à Paris. Je m’en foutais. J’avais une certitude : entrer en école de sage-femme en Septembre. Ils m’ont donné un dossier, des papiers et m’ont dit d’aller voir la directrice… juste derrière. La directrice m’a serré la main, m’a dit qu’il y avait un autre homme dans ma promotion mais qu’elle ne savait pas si il serait là à la rentrée. On en reparlera plus tard, mais il s’avère que si. Elle m’a accueilli, a noté quelques informations et m’a libéré. J’étais un peu hébété.

Sur le côté il y avait une jolie fille, cheveux châtains qui m’a fait des grands signes de bras. Je me suis arrêté. Ca a été mon premier contact avec l’associatif sage-femme. Si vous aussi, vous vous retrouvez dans cette position, allez les voir, ces gens sont cools. En règle générale. Elle m’a donné un accueil plus sympa, plus franc et plus souriant que la directrice. Elle m’a donné des papiers sur l’association (un livret d’accueil sur l’école qui pointait comme point positif l’ambiance « entre fille » et d’autres petites choses) et elle m’a relargué dans l’océan. Je suis monté, j’ai pris mon sac, et j’ai fuis avec mes potes et ma soeur.

 

Après, j’ai eu trois semaines de répit, jusqu’à ce qu’un jour de glande, le téléphone ne sonne.