Sanctuaire

Aujourd’hui est un grand jour ! L’an 0 d’une nouvelle ère.

On va faire un remake de l’histoire japonaise avec des lits. Vous allez voir, vous allez tout comprendre.

 

Une historiographie à coup de lattes

D’abord fut mon premier lit. Son règne impitoyable et odieux dura près de 18 mois. Il s’agissait d’un lit à barreaux blancs, simples, qui auraient pu davantage blanchir sous le choc, tant ma tête les a frappé tandis que je faisais mes premières dents. Très vite une demoiselle très mignonne (ma sœur) vint m’en chasser. Cet empereur impitoyable fut remplacé par un  autre.

Bizarrement je garde peu de souvenir de ce deuxième lit. Il régna près de 4 ans, pourtant. Je me couchais le matin, mais quelque chose me poussait à m’en séparer. Sa majesté le glissant, pourrait-on le nommer. A titre préventif mes parents mettaient une couche de coussin à ses pieds pour que ma chute durant la nuit ne soit pas trop brutale ; j’émergeais, reposé, au petit matin sur un tas de peluche et deux coussins marrons moelleux.

Et un jour, occupé en pleine guerre territoriale avec ma sœur (j’avais 5 ans, elle avait ses premières poupées et moi mon premier établis ; je vous assure que j’ai été élevé par une féministe) pour savoir si mes voitures devaient se trouver dans une caisse ou une offre, le glissant fut détrôné après un torrent de joie. On avait doit à ce que tous les enfants du monde veulent : un lit superposé.

Si vous n’êtes pas d’accord, un sondage effectué auprès de deux personnes (Troy et Abed), a révélé que « Bunk beds are awesome » Cela clos le débat.

Ainsi, je partageais pendant 6 années cet empereur avec ma sœur. D’entrée, notez qu’il s’agissait d’un empereur un brin machiste mais très ouvert d’esprit. J’étais en haut (parce que les barrières me retiendraient de tomber, cette fois) et ma sœur en dessous. Ma sœur montait régulièrement (en évitant de se cogner au plafond, qui à l’époque n’était pas encore en verre), et s’entrainait au saut en parachute. Je descendais faire des cabanes en dessous.

Mais les lits superposés marquent toujours une pause. Cette pause vient avec l’adolescence, quand, vraiment, il n’est plus tolérable de vivre avec une fille dans sa chambre. Le concept de chambre me semble intéressant, on va y revenir plus tard.

 

Ce sous-titre est purement décoratif, il est 1h30 du mat’, j’ai le droit.

Donc, disais-je, l’adolescence amène à changer de chambre. Le lit superposé avait fait son temps et parti couler des jours heureux chez la nourrice avec les autocollants Star Wars et Spiderman. Je devais trouver un bon lit. J’avais 12 ans et demi et j’étais un crétin passionné par Harry Potter, Tolkien et Pullman. Et entre deux relectures de Bilbo le Hobbit, je lisais ce qui trainait par là : Anne Rice, Asimov, K. Dick… Tout ce qui me passait entre les mains à l’époque en fait. La littérature devenait cool, mais pas celle qu’on vous oblige à lire en 6e parce que « c’est de notre niveau ».

Il me fallait un lit surélevé, un truc cool avec plein de tiroir et de rangement et… j’avoue que l’effet lit superposé me manquait. J’étais un crétin. C’était presque un bateau. Son règne dura 12 ans avec le même matelas (qui commençais à fatiguer à la fin) et il rencontra plein de trucs. Lits une place, adolescents, barres sur les côtés, matelas pourri à la fin. Est-ce que j’ai besoin de vous faire un dessin ou vous êtes capable de voir ce que ça donne à partir de 16-17 ans ? On est d’accord.

Aujourd’hui, donc, ce lit a filé pourrir un autre début d’adolescence (une fille de 11 ans, je crois, je lui souhaite bonne chance). Tu m’as rendu de grands services lit, et tu étais bien pratique, mais tu devenais beaucoup trop étroit. A 15h ce lit était en pièce détaché dans la camionnette du frère de ma nourrice et une heure plus tard mon nouveau lit était là, produit par mes deux mains et par mon esprit qui a réussi à lire la notice de construction. Une activité manuelle saine qui marquait la fin de l’ère du lit bateau.

 

Accueillez sa majesté le… wait a minute !

Cette histoire avait bien commencé. Le lit monté, le futon installé… Il manquait juste des tatamis. En gros le truc qui transforme un cadre en sommier. Parce que le futon, il faut bien le poser sur quelque chose non ?

La Redoute avait donc vendu un cadre pour futon, sans tatamis. Parce qu’ils sont comme ça, à La Redoute. Ca ne les gêne jamais de livrer un moteur avec quatre roues et un volant. Les châssis, c’est surfait.

Si on considère qu’une chambre, c’est une porte qui peut se fermer (pour éviter d’être surpris au mauvais moment dans une situation délicate parce que rien ne fait obstacle à l’arrivée d’un index plié sur un bout de bois) et un lit (parce que dans une chambre, il faut un lit, ne serait-ce que pour dormir), alors je suis actuellement sans chambre fixe depuis 17h et ce jusqu’à Samedi. Parce qu’un mec a fait un repose futon en kit et s’est dit qu’il serait marrant de ne pas mettre de tatamis.

Un futon sans tatami, c’est comme un jeu Infogrames.

Cette situation est une cause de souffrance importante. Ma chambre est toujours restée un point fixe dans l’univers.

Je pense qu’on a tous un sanctuaire (oh, tiens, voilà le sujet de l’article qui arrive après quoi… 900 mots ?) quelque part, un point de chute qui sera toujours là en cas de besoin. Quand je suis lâché dans Paris à 3h du matin, sortant d’un bar, j’ai toujours le recours d’appeler un taxi et de tomber sur mon lit. Même si je suis en Islande en train de monter ma tente sous un orage immonde, je sais que deux semaines plus tard j’ai mon chez moi qui m’attends. C’est à la fois un refuge et un lieu où on peut se retrouver seul.

On sait qu’il existe.

Pour moi cet endroit n’existe plus pour les 5 prochains jours. Et j’ai du mal avec ça.

Je tenais à ce que vous le sachiez.

Ce billet a été, à peine, inspiré par la présence de ma bien aimée qui m’accueille ce soir dans le sien, de Sanctuaire, en attendant que le mien soit en état. Samedi.

Eloge de l’autocensure

Il est 5h du matin, alors que je commence cet article insomniaque. Ce samedi matin a des allures de fin de vacances. Cela se sent à mes ongles qui ont repris leur liberté par rapport à leur coupe rase réglementaire. Rapport que là où je le met d’habitude, il vaut mieux qu’il n’y ait rien qui dépasse.

Tiens, une blague graveleuse. Ça faisait longtemps. Il est tard/tôt, c’est l’heure propice en salle de garde. Ne faites pas attention.

Parler pour ne rien dire

Il faut l’avouer, je n’ai rien écrit ici depuis maintenant 24 jours. Si on compare à mon précédent record d’un mois plein, c’est presque une amélioration. Je partage, en effet, mes élans scribouillards entre de la fiction de mauvaise qualité – je n’en recommande pas la lecture – et un mémoire qui n’avance pas. Sur le premier versant j’arrive presque à aligner 100 mots par jours, sur le deuxième j’ouvre un document word déjà un peu rempli (je glande pas non plus, hein) et je n’y tape presque rien. Une phrase par jour. A ce rythme démentiel, je serai diplômé dans 5 ou 6 ans.

Bref, je vous mens de manière éhonté depuis tout à l’heure. Si je n’écris rien, c’est parce que je me retiens d’écrire.

 

J’ai beaucoup de choses à dire, aucune légitimité (il y a des gens dont c’est le métier hein, moi je m’occupe des femmes) et un avis presque trop consensuel. Mes potes mélenchonistes me traitent de centriste et je n’ai pas adressé la parole à mes fréquentations centristes ou vichyssoises depuis presque 6 mois pour éviter d’encastrer les gens dans les murs.

Je ne vais pas ; je ne veux pas ; je ne dois pas parler de politique. Cela serait presque trop simple et trop partisan. S’il y a un domaine dans lequel je n’ai pas la moindre forme d’objectivité, c’est la politique.

 

La faute à ma mère, tout ça

En fait non, ce n’est pas une question d’objectivité. Je suis un adepte des débats sans fins qui s’arrêtent quand le ciel pâlit. Ce qu’il va faire d’ici une bonne heure, soit dit en passant. En fait ma mère m’a passé, outre une éducation déviante et féministe, le goût d’avoir raison.

Je n’y peux rien, j’aime ça. Nos joutes verbales sur un point de désaccord nous entraînent souvent à des pics de décibels ; c’est une fois le repas terminé et devant l’ordinateur, que le vainqueur avait le droit d’humilier son adversaire par un beau « Hey, tu vois, t’avais tort. Toc. » Car l’ordinateur et le smartphone ont remplacé il y a bien longtemps le dictionnaire et l’encyclopédie. Au moins, avec les bouquins, on avait l’excuse du « Nan, mais t’as vu la date de parution ? C’est totalement dépassé ! »

Genre Wikipedia est une source fiable.

Donc en politique, j’ai raison. C’est de droit de naissance en quelque sorte. Heureusement qu’il n’y a pas de vrai débat politique chez moi, ça deviendrait des bains de sang. Aussi, en dehors de mon cercle intime, je n’aime pas ça. Sauf si on me tend une perche, car j’ai la mauvaise manie de les saisir au vol.

 

Donc je ne parlerai pas de politique

Ce billet ne sert fondamentalement à rien. J’ai commencé en refusant de m’étaler et j’ai fini par parler de ma mère. J’enverrai le script à Woody Allen.

Pendant que je vous tiens, j’aimerai quand même vous placer un mot. Un tout petit mot sur le sujet. Voilà. Paraît qu’il y a des élections en ce moment. J’ai voté, je ne dirai pas pour qui. Et j’ai voté une deuxième fois en utilisant la procuration d’une gentille dame.

Je compte bien le refaire dimanche 6 mai. Il me semblerait utile de vous inciter à en faire autant.

Là dessus, je ne compte pas vous influencer. C’est votre choix libre de citoyen. Je voudrais juste souligner que…

D’un côté il y a un mec qui propose une société basée sur la haine et la méfiance, un mec qui plaide des choix de société qui ferait revenir les droits des femmes en arrière (on a parlé de contraception non remboursée pour les mineures) et dont le discours a un air déjà entendu ; vous savez votre grand oncle qui avait 15 ans en 1942 et qui radote sur un certain Maréchal en buvant son pinard pépère au bout de la table. Je crois qu’il se verrait bien rester dans son appartement. Après tout, quand les meubles sont posés… Et les enfants aiment le jardin.

Et en face il y a Hollande.

Je dis ça, l’air de rien. Personnellement, je sais pour qui je vote le 6, hein.

(Et si vous n’êtes pas d’accord, je serai heureux de dire qu’il est 5h30 du matin et que je vais dormir).