5 ans dans le retro (9)

C’était la fin d’une semaine de cours. Je n’ai pas encore parlé de la deuxième semaine et de ce qu’il s’y passa, je sais, mais je vous avais laissé avec un cliffhanger terrible. Il faut penser à son public. Et comme je suis sur mon téléphone, je dois faire un peu cours. Je vous ferai un flashbackc’est promis.

La ronde des sages-femmes

Ce fut ma première table ronde. J’en ai vu d’autres, beaucoup d’autres, et je ne sais pas si on peut parler de table ronde, mais c’était marqué comme ça sur l’emploi du temps. L’emploi du temps est un maître absolu en école de sage-femme, on apprend ça très vite. Donc à ma gauche, plus de vingt ans d’expérience au compteur, de nombreux types d’exercices représenté et une idée de ce qu’elles font là, les sages-femmes. À ma droite, les touristes. Sérieusement en m’asseyant à cette table ronde je me suis demandé ce que je faisais là. Elles ont donc commencé à nous parler des sages-femmes.

Les libérales d’abord. Elles étaient deux, rayonnantes avec des cheveux bouclés et une paire de lunette. Puis il y avait une rousse dynamique qui travaillait en PMI et qui nous a parlé de son travail. En retrait sur la droite il y avait… Je ne sais pas comment l’appeler. On va dire V, comme Vendeta, terreur toutes catégories confondues des étudiantes sages-femmes en salle de naissance à la mater école, sage-femme de salle pure et dure.

Avant d’aller plus loin, j’ai un aveu à vous faire. J’adore V. J’adore cette sage-femme et je lui doit énormément dans ma formation clinique. C’est une sage-femme, comme V dans le film, qui laisse son ombre dans de nombreuses conversations. Craintes et respectée. Ainsi V a lâché trois mots pour présenter sa partie. Et un silence pesant s’est installé.

La formatrice a donc essayé de meubler avec sa carte « Est-ce que vous avez des questions ? » en rappelant que c’était l’objectif de la table ronde. Si un jour vous modérez une table ronde, ne faites pas ça. Par un effet de réaction naturelle, un ange est passé au dessus de la salle. Il s’est arrêté prendre le café. La formatrice a posé une question aux libérales qui ont un peu orienté les choses. Il y a eu une question, puis une autre, puis ça a commencé à se délier. V gardait le silence avec les bras croisés sur la poitrine.

C’est au milieu de tout ça que le gars de ma promo a demandé si « les sages-femmes s’étaient déjà mobilisées pour les salaires » tout ça. Les sages-femmes se sont regardées, interdite, la formatrice nous a accordé un facepalm magistral. Il ne faut pas lui en vouloir, on ne savait pas pour la grève de 2001, on était victime de la désinformation à l’époque.

V a explosé. « Je vais pas laissé des bleus nous faire la morale là dessus. Ca se trouve, vous serez plus là l’année prochaine, alors je vois pas pourquoi je vous répondrais là dessus. » A postériori je comprends.

La table ronde s’est fini comme elle avait commencé. Après ce coups d’éclat, il y eut quelques questions supplémentaires mais on s’est vite arrêté. Il faut dire que trois semaines à bosser sur un exposé, cinq présentations orales et quatre cours magistraux avaient plutôt réussi à nous faire piger où on allait mettre les pieds.

Ce n’était pas au paradis, loin de là.

Je reviendrai sur l’histoire avec V plus tard (d’ici une petite trentaine d’épisode, donc pas d’impatience).

 

Maintenant que j’ai terminé ce cliffhanger je vais pouvoir vous raconter la fin de ma deuxième semaine, et pourquoi c’était aussi sympa.

Je m’excuse si mes parutions sont courtes et hachées, mais je soutiens mon mémoire après demain et j’ai envie de quitter cette école avant de passer aux choses vraiment sérieuses. Mais vous aurez un truc cool demain, promis.

5 ans dans le retro (8)

Revenir au lycée après deux ans de fac, ça n’est pas agréable. J’avais eu le baratin d’une prof de terminale qui rigolait en disant que les cancres avaient peur de quitter le lycée et de grandir.

Ah, mais la fac.

C’est grisant, la fac, surtout en médecine. Les Travaux Dirigés sont avec pleins de profs différents, si on rate celui du lundi, on peut y aller tous les autres jours de la semaine. Ne pas aller en Travaux Dirigés ou en cours pour aller bûcher à la Bibliothèque Universitaire, c’est possible. D’accord, il  y avait la pression du concours. Mais on pouvait très bien sécher le cours de biophysique qu’on connaissait déjà par coeur pour aller au cinéma en fin de journée.

L’école de sage-femme, c’est le contraire. Les deux semaines qui ont suivi ma rentrée, ça a été une claque, l’impression de revenir deux ans en arrière. Les cours étaient intéressant, mais à mourir d’ennui. L’hygiène, par exemple. L’hygiène, c’est une matière où on t’enseigne à désinfecter la peau. Mais au lieu de te faire ça en 45 minutes (je pense qu’on a fait le tour, facile), le cours dure quatre heures. Dans une classe de trente, vu tout de suite parce qu’on est un gars et que les gars, il n’y en a que deux, je me suis rendu compte que je retrouvais les vieux réflexes du lycée. Métro ou 20 minutes, un stylo, une feuille. C’est parti pour les sudoku au fond de la classe, les gribouillis. Je dois dire que le fait d’avoir un ordinateur portable, l’année suivante, a beaucoup amélioré les choses, mais à l’époque j’étais encore au stylo plume et à la prise de notes manuelle.

Donc déjà, le choc des horaires (8h30 – 17h), la classe de trente deux personnes et la présence obligatoire. Heureusement, on ne faisait pas l’appel le matin.

 

Et puis il y avait un truc en plus…

J’ai fait mon lycée dans un lycée parisien élitiste, une terminale scientifique qui ressemblait à un régiment de poilu avec trois filles. Se retrouver dans l’exacte inverse m’a, au départ, un peu fait un choc.
Déjà mes repères de discussion jeu de rôle / jeux vidéo / anime / sience fiction me semblaient compromis. Je vous accorde que c’était un très gros préjugé et le futur me donna tort.
La première grande discussion eut lieu le jour de la rentrée. On ne venait pas tous de la même fac à la base, donc la P1 était un bon sujet. Le problème connexe vint des frustrations. Il y avait déjà deux ou trois personnes qui disaient faire sage-femme pour retourner en médecine après. D’autres qui attendaient la fin de la première année et les stages pour voir. La discussion sur le concours, l’enfer et les profs nous a tenu presque une semaine. Après ça j’ai cru devenir fou avec les discussions sur les relations de couple. Elles étaient presque toute en couple. C’était terrible. Il faut dire que la plupart des couples n’ont pas duré.

Bizarrement, les discussions cinéma marchaient bien, littérature aussi. Ca, c’était mon rayon, donc je m’en suis sorti. J’ai appris peu à peu à trouver un groupe, une place, une attitude. Mais ça a pris du temps.

 

Surtout, c’est dans ces deux premières semaines que j’ai fait mon premier exposé en groupe en sage-femme. J’avais toujours détesté les travaux de groupe, là c’était le pompon. Un travail de groupe post-bac, ça revient toujours à cinq personnes dont deux bossent et dont trois ne foutent pas grand choses. Une des filles a demandé à sa famille ce qu’était une sage-femme (micro-trottoir). On est tombé sur le groupe « la sage-femme ». Pas compétences ou histoire. Juste « la sage-femme ». Il n’y avait pas de note, juste une présentation orale de 10 minutes.

En y repensant je crois que les formatrices voulaient qu’on prenne conscience du coin où on mettait les pieds, donc les deux premières semaines on a eu beaucoup de cours sur la profession de sage-femme.

Cette session s’est même terminée sur une table ronde un peu mouvementé, où la classe rencontra pour la première fois une sage-femme qui alimenta plus tard des centaines de discussions post-garde.