5 ans dans le rétro (1)

Je finis mon stage.

Actuellement, je fais des tournées à domicile avec une sage-femme pour aller voir des femmes enceintes et des accouchées. C’est le stage parfait pour le mois d’Août : pas de service pesant, peu d’administratif. Je suis tout le temps dehors. J’ai chaud et c’est affreux. Mais vous aussi et vous vous en foutez.

Me voilà donc, en voiture, avec une sage-femme qui a, quoi, 6 ans de diplôme de plus que moi. Ca fait trois semaines, alors on parle de tout. On commence à ce connaître pas mal, c’est comme si on était un duo de policier dans un série, genre Rookie Blue. Vous savez, la flic dans sa bagnole et le bleu avec qui elle fait sa tournée. On arrive chez les patientes, elle se présente, elle, la sage-femme. Elle me présente ensuite, moi l’étudiant sage-femme. « Il est sage-femme dans 2 semaines. »

On parle beaucoup. Je crois qu’à peu près tout y est passé : la religion, la politique, l’homosexualité, le paranormal, la musique, etc. Tous ces trucs où l’on peut s’écharper en soirée. Il convient de rester diplomatique dans ces situations, surtout quand la personne en face peu avoir des idée radicalement opposées.

Et est venue la discussion sur les études. Ah, mes études.

Mes études sont finies dans deux semaines. Voilà. C’est étrange. J’ai envie de donner un coup de rétroviseur. Un petit retour en arrière avant de sauter le pas final.

 

Il était jeune, frais, avec de si jolies oeillères.

Coïncidence très troublante, il y a un peu plus de 5 ans, je commençais mon premier blog sérieux. Il est encore trouvable si vous cherchez au bon endroit, mais il ne présente pas vraiment d’intérêt.

Pour moi, c’était un défouloir. La PCEM1 était écrasante, dure, et j’avais besoin de jeter mon quotidien anormal sur un bout de papier numérique pour le digérer. Il y a 5 ans jour pour jour, je commençais ma pré-rentrée dans une boite prépa que mes parents me payaient pour être au top niveau. Je redoublais, j’avais enchaîné un voyage à Amsterdam raté (avec deux potes qui ne pensaient qu’à fumer des joints alors que moi je préférais le musée Van Gogh, a l’époque je ne fumais rien) avec un job d’été très administratif (photocopie, trie, rangement). J’avais envie de me battre encore plus pour ne pas finir dans un bureau.

 

Ainsi j’ai commencé ma deuxième première année avec la rage de vaincre. Moi contre 2500 P1, une ambiance toujours aussi particulière (sans déconner, il faut vivre ça pour comprendre, même si ça a un peu disparu à Paris). Je crois que ça blinde un peu par rapport à la suite en fait, même si on s’y attend pas. On déguste tellement, on est tellement considéré comme de la merde par la fac que ça nous choque à peine plus à l’école. J’en garde plutôt de bons souvenirs en fait. Il y avait quelques chargés de TD cool, j’avais des potes, j’étais un crétin immature (j’avais 19 ans, quoi) et j’avais des oeillères.

Ben oui. Quand on est classé aussi bien à la fin du premier semestre, que tout le monde vous met dans la tête que la médecine, c’est la seule autoroute viable et que vous êtes fait uniquement pour ça, vous portez des oeillères. Dans mon genre ce n’était pas le modèle réduit. A ce stade, si quelqu’un était venu me dire que l’année suivante j’entrais en école de sage-femme, je pense que je me serais foutu de sa gueule.

 

J’ai pourtant rencontré beaucoup de filles qui voulaient être sages-femmes. La majorité n’a pas eu de place pour ça. C’est la dure loi des concours. Il y a 20 places pour 2500 personnes. Moi, je ne comprenais pas, à cette époque. Je ne voyais pas ce qui poussaient des gens là-dedans.

J’ai passé mes concours, j’ai compté mes points comme tout le monde. Normalement, c’était bon, je me disais. Détails intéressant, la fille qui était devant moi, le jour du concours, était aussi devant moi le jour des écrits du Diplôme d’Etat. On s’est fait cette réflexion il y a 2 mois.

Et un jour sont arrivés les résultats du concours. J’étais chez moi, je tournais en cage. Un pote m’a appelé pour m’annoncer le verdict. J’étais out. Pour médecine, je veux dire.

 

Je ne sais pas si vous connaissez ce moment où le monde s’effondre. C’était un peu comme les limbes dans Inception, un moment de ralenti où les murs semblent vouloir fuir, où le sol se dérobe et où l’univers semble changer de loi. Je ne sais plus où je suis. Je suis allé avec ce pote boire une bière bon marché au bord du canal St Martin. On a parlé de de ce qu’on ferait l’année suivante. Il m’a remonté le moral. On a essayé de compter le nombre de place mais ça tombait mal à chaque fois. Même avec les hypothèses farfelues du type « Imagine, il y a 48 Sénégalais qui arrivent à se classer et trois personnes qui renoncent avant toi… » J’avais du choix. Je venais d’ôter mes oeillères pour la première fois en 2 ans et tout d’un coup le monde me paraissait vraiment vaste.

J’avais une semaine pour trouver ce que j’allais faire de ma vie. Une semaine avant l’amphi de garnison. La semaine la plus étrange de ma vie.

Avez-vous déjà cherché un électricien au mois de juillet ?

Mémoire à 60%, trois semaines avant le rendu. Je crois que ça avance. Pour l’instant ça ressemble à rien d’intelligible pour vous : juste une centaine de pages imprimées paraphée de mots tremblants au crayon à papier (j’ai pas la main sûr quand j’annote du fond de mon lit).

Je suis en train de faire sauter un à un tous mes plombs. Il va me falloir quelqu’un pour réparer ça, à un moment. J’espère que c’est pris en charge par la sécurité sociale !

 

Depuis une bonne semaine je suis tout seul dans mon 100 m² parisien que m’ont laissé mes parents. J’essaye de ne pas vivre dans un capharnaüm innommable, histoire de pouvoir recevoir du monde de temps en temps. J’ai l’impression de ressembler à un toxico du social : pas de potes sur Paris, pas de sorties prévues avant samedi. Il suffit d’entendre une vibration ou une sonnerie pour me ruer sur mon téléphone ou mon ordinateur en mode « Quoi quoi quoi qui me parle ? Ah ah ! On me parle ! »

Le mec de ma soeur est venu chercher des cartes routières aujourd’hui. Il s’est posé, on a bu un café et mangé des pains au chocolat. Première vision de quelqu’un de vivant depuis 48h. Ca fait du bien. Je n’ose pas imaginer ce que ça donnera quand je serai tout seul avec un appart. Ca a duré 20 minutes en tout. J’ai vu ma nounou (qui fait aussi femme de ménage) et ça m’a donné du baume au coeur de parler. Juste parler. Aujourd’hui j’ai eu l’impression de faire une orgie de mots. Elle revient demain pour finir, j’ai hâte.

Mes parents m’ont juste appelé pour me demander si tout allait bien, si j’avais besoin de rien. Cette semaine m’a semblé durer deux mois. A part la grosse dèche de thune… ça va.

Je me demandais comment j’allais payer mon entrée à la BNF. Je suis sauvé par le miracle parental et technologique.

 

Mais sinon je vais bien. Je n’abuse pas de boissons, je ne fume pas sinon j’aurais fumé un budget ou deux en quelques jours. Je pense que ça pourrait être pire que ça.

Cet article est pourri. Je ne savais pas que je pouvais faire aussi pourri/plaintif. Mais ça fait parti des études de ne pas voir le bout du tunnel pendant quelques jours. C’était la pause mémoire, je retourne bosser. Les braves ne se couchent pas avant 2h du matin de toute façon.

 

Très bientôt un retour au programme habituel. Quand j’aurais fini et compilé, vous aurez droit à la publication de bouts d’entretiens intéressant mais qui rentrait pas dans mon Opus Magna.

Des bisous.