Le Syndrôme de la Couette

Ce matin j’ai ouvert les yeux et j’ai regardé le plafond blanc à la peinture écaillée qui tombe par plaque. J’ai bougé mes jambes courbaturées et mes bras courbaturés. Mon épaule courbaturée (toujours, damn you rock’n’roll) a exécuté un mouvement improbable pour récupérer mon portable et éteindre le réveil. J’aimerais vous faire un schéma, pour la peine, la description textuelle risque d’être à la fois longue, lourde et douloureuse pour nous tous. Je m’abstiendrai donc.

Un bâillement m’a échappé avec une classe naturelle, j’ai expliqué à Kafuka-san, ma bestiole hyperconnectée, qu’elle devait me donner 8 minutes de rab (au moins). J’ai réajusté mes couettes, j’ai soufflé un coup et je me suis rendormi. Le réveil suivant, j’ai dû l’éteindre sans y faire attention. Du coup je me suis réveillé avec une demi-heure de retard et je suis parti en courant.

Ce scénario, c’est ma vie depuis trois jours.

La Couette surnuméraire, malédiction de l’ESF

Il y a une semaine, j’ai fait l’erreur d’ajouter une couette dans mon lit. C’est une couette de mensuration normale, avec des couleurs totalement dépareillées par rapport à ma parure de lit. Elle est chaude et douce. J’ai décidé de faire l’ellipse sur la plupart des choses chaudes et douces qui partagent mes nuits, mais cette couette fera exception. Elle a pour point commun, avec toutes les entités de son type, de vous retenir au lit avec gentillesse sans vraiment se rendre compte des conséquences.

L’Etudiant Sage-Femme passe alors par plusieurs phases qu’on pourrait comparer avec le processus de deuil :
•    Le déni : l’ESF se dit « Non, c’est encore un de ces rêves stupides que je fais à cause du stress : je rêve qu’il est 9h et que je suis en retard alors qu’il est 5h30. Saleté de subconscient ! »
•    La colère : l’ESF s’en prend à ce qu’il peut en fonction de ses pensées du moment, entre « Putain de portable qui fait exprès de pas sonner ! » à « Ce foutu barman qui  m’a offert un verre hier soir, j’aurais pas du boire. » Parfois il s’agit d’une auto-flagellation, mais l’auteur se refuse à ces exercices en public.
•    La tristesse : l’ESF se rend compte qu’il a déjà fait ça en début de semaine et que c’est vraiment mauvais. Il sent un désespoir et une lassitude le gagner et se demande pourquoi les fabricants de téléphone mobile s’acharnent sur lui de cette façon. L’ancien portable était déjà défectueux !
•    Le marchandage : l’ESF se dit que ce n’est peut-être pas si grave, qu’il va louper le premier cours de la journée, mais qu’après tout ce n’est peut-être pas un cours si important, qu’il le récupérera chez une copine et qu’il validera quand même son partiel.
•    L’acceptation : l’ESF conclut avec la couette qu’il n’y a donc pas de problème puisque tous les cours de la matinée sont récupérables chez des copines, qu’il validera ses partiels quand même et qu’il peut donc mettre son réveil à midi pour être sûr de se réveiller pour le déjeuner.
Mon raisonnement me semble correct.

Et si ce n’était la couette…

Mais n’accablons pas une pauvre couette. Elle ne fait que grignoter mon âme et mes forces au fil des nuits. Je souffre d’asthénie (fatigue pour les nons-médicaux), d’anorexie (je n’arrive plus à manger une choucroute garnie, un cassoulet et forêt noire dans le même repas !) et d’amaigrissement (et cela n’a sans doute rien à voir avec le régime post-fêtes). Cette altération de l’état général doit être due à une maladie terrible. Après concertation avec des spécialistes (trois potes qui n’y connaissent pas grand-chose et mon père).
Ils sont formels.

C’est le mois de janvier.

Le mois de janvier, c’est la misère. Il fait moche, froid, les jours sont courts et les fêtes sont passées. Il ne reste qu’une longue gueule de bois et la perspective d’une longue chute jusqu’au mois d’avril avec toutes les sales périodes : le début d’année, mon anniversaire, les différentes dates traumatisantes… un long tunnel sombre jusqu’à fin mars donc. Si on ajoute le rendu de mémoire dans le tas, j’ai juste envie de rester dans mon lit. Je ne deviendrais pas un peu dépressif ?

Heureusement cela ira mieux d’ici quelques temps, quand je reprendrai les gardes en salle de naissance. Ça me changera les idées !
Mais en attendant… je retourne sous ma couette ?

Et maintenant…

Je n’ai rien écrit depuis une bonne semaine. La réalité c’est que j’ai essayé. Je me suis mis devant mon traitement de texte pour tenter d’assembler des bouts d’idées. Je ne me contenterai plus d’écrire des articles gratuitement. J’ai un lectorat à contenter, à (re)conquerir et à faire rire (dans une moindre mesure).
Mais rien. J’ai écrit des billets que je n’ai jamais pu accepter de publier. Trop creux, trop vide. Immontrables, même.
Etant dans le défaut le plus total, j’ai décidé de vous faire le palmarès des articles auxquels vous avez échappé cette semaine !

Le coup de gueule sur le système hospitalier

J’ai repris le boulot la semaine dernière pour deux dernières gardes en grossesse pathologique. J’ai des choses à reprocher à ce genre de service. Je conçois le bien-fondé de notre présence là-bas, mais j’ai parfois l’impression de servir de larbin-secrétaire. Je n’aime pas la pesanteur de ces services, je n’aime pas avoir des patientes mal stabilisées qu’on attend juste de renvoyer en bas si jamais ça dérape.
Ce service ressemble à un énorme hangar de transit, où les gens viennent, restent un peu et reparte toujours. Parfois parce que ça va mieux, parfois parce que ça déconne. Elles sont en suspension.
Alors oui, j’aurais pu faire un article sur le sujet. Sur cet hôpital inhumain et sans visage, sur le personnel parfois maltraitant et sur les médecins spécialistes qui ne savent parfois pas parler aux patientes. Mais je ne l’ai pas fait. Je l’aurais fait l’année dernière, hein. Ca serait facile. Tout le monde l’a lu/écrit. Mais non.
Je ne veux pas tomber dans la facilité.

Les théories d’exploitation

Ensuite j’ai vaguement tenté un truc basé sur un humour de répétition et une gradation partant  de « L’exploitation de la sage-femme par l’interne » pour finir avec « L’exploitation de l’étudiant sage-femme par l’étudiant sage-femme ». Un truc marrant où on parle des externes plus ou moins motivés, qui tantôt facilitent le boulot et tantôt l’alourdissent. Mais c’est presque gratuit. Trop gratuit. Déjà qu’ils sont pas vraiment bien traités dans le quotidien, je ne vais en rajouter une couche. Et puis ils allaient me chercher mon cappuccino le matin.
Arrivé aux deux tiers de l’article je me suis rendu compte que non seulement c’était lourd, mais qu’en plus c’était même pas drôle. Il me manquait un souffle pince-sans-rire. J’avais ça quand j’avais davantage d’inspiration. La seule chose peut-être intéressante tenait dans le rapport d’enseignement entre deux étudiants d’années différentes, cette notion de transmission d’expérience plus que de connaissance, et d’encadrement. Je n’ai pas creusé parce que je n’arrive pas encore à avoir une réflexion claire sur le sujet. Quand je serai pro et que j’aurai mes étudiants je vous en reparlerai.

L’épopée de la pâte feuilletée

Parce que dans la vie d’un homme il y a un moment où il faut se mettre face à un ennemi redoutable. Faire une galette des rois maisons.
Ouais, je sais, ça tranche totalement avec ce qu’il y avait au dessus.
Une pâte feuilleté c’est long et exigeant. Ne faites pas de jeu de mot graveleux ou ordurier sur la pâte feuilletée. Elle vous empoisonnera la vie si vous le faites. Craignez son courroux.
D’abord il y a l’étape difficile de l’assemblage entre le beurre manié (beurre + farine) et de la détrempe (farine, eau et sel). C’est une étape très difficile. Trop de vigueur dans le geste et la pâte et blessée. Elle répand une substance blanchâtre sur la table en marbre et le rouleau à pâtisserie. Blanche et grasse, un peu gluante… non, j’ai dis, pas de jeu de mot graveleux.
Cela fait, l’homme est seul face à la bête. Il la traite avec douceur (comme une princesse donc), parfois avec force (comme une princesse toujours) mais sans brutalité (sinon elle appelle SOS Œuf Battus, parce que ce service n’existe pas pour les pâtes). Entre deux séances éprouvantes, il la stocke dans un frigo après l’avoir mis dans des positions improbables (comme le serial killer qu’il est dans son petit cœur innocent).
Comme tout bon tueur en série, fini par se poser l’épreuve ultime : le passage au fout de la princesse A quelle température, dans quelles conditions et pendant combien de temps surtout ! A ce stade de la recette, l’auteur se trouvait quelque part entre Landru et Petiot, avec une pointe de Tantale. Car la finalité, c’est bien de la faire manger aux autres, non ?
(Ceci donne un paragraphe intéressant, mais en aucun cas un article complet).

Et c’est à peu près tout. Et la semaine prochaine ne s’annonce pas excellente non plus. Quoique.
J’ai encore des hésitations quant à ce que je vais mettre sur ce blog. Je ne sais pas si je peux commencer à parler de ma vie plus personnelle ou non.