Échec et mat(ernité) – 18

De temps en temps je sais déjà, juste en regardant l’ennemi, que le combat va être inégal. Presque tout de suite. C’est peut-être ce qui me déprime le plus en ce moment.

Je veux parler de ces bouts de sein en silicone de merde que toutes les maternités de France et de Navarre propose trop rapidement sur les mises au sein difficile.

Photo by Javier Grixo on Unsplash

 

Prenons Claire, que je nomme ainsi de façon totalement arbitraire. Ce n’est pas son vrai prénom, mais une patiente type.

Ce mois-ci j’ai vu quatre Claire en suite de couche pathologique avec des bébés de petit poids. Et ces quatre Claire avait des bouts de sein en silicone, et un bébé qui ne s’accrochait plus au sein spontanément.

L’allaitement étant un apprentissage, il est primordial que les femmes connaissent, comprennent, les interventions que leur lactation subit.
J’ai l’impression que mes collègues qui laissent cet enfant avec des bouts de sein pendant sept jours ne les comprennent pas eux-mêmes.

Dans ces quatre Claire, il y en a trois qui essayent de virer ce bout de sein avec beaucoup de difficulté. La pente est ardue. Faire comprendre à ce nourrisson qu’il va falloir apprendre autre chose demande de la patience. L’une d’entre elle y arrive bien, les deux autres ont plus de mal.

Je ne suis qu’un officier de soutien sur le champ de bataille : je passe de temps en temps pour remplir les gourdes de moral et encourager les petits bouts.
Ces femmes sont vraiment en première ligne.

L’une d’elle a commencé par me dire que son lait n’était plus nourrissant.
En fait, c’est surtout qu’elle en avait de moins en moins.
On a lutté un moment, puis j’ai dû mettre des compléments, et le sevrage est en court, inexorable. Je la vois et on en parle. Peu à peu l’inquiétude la quitte et elle fait son deuil.

Je sais qu’il y en aura d’autre. Le combat est inégal et les cartes sont battues avant notre rencontre. On ne peut pas avoir une main gagnante à tous les coups.

Je suis là pour les aider à jouer leurs cartes, et à affronter cet échec.

Je fais mon boulot de sage-femme. Parfois il est un peu lourd.

6 réponses sur “Échec et mat(ernité) – 18”

  1. Billet qui fait écho en moi… je me souviens de ces auxiliaires de puériculture quand j’étais hospitalière, jeune sortie d école. Je les trouvais héroïques : à 4h du matin, pendant que je somnolais entre 2 épisodes de Kamelott (on tue le temps comme on peut!) elles restaient plus d’une heure au chevet des patientes pour la mise au sein. Elles revenaient triomphantes : « il a bien tété, 10minutes au sein droit, 15 minutes au sein gauche, avec des bonnes déglutitions !» c était une petite maternité, à peine plus de 500naissances/an. Le temps nécessaire à l accompagnement des mères était pris, surtout la nuit ! Évidemment ca va plus vite de proposer le bout de sein en silicone… mais peut-on le blâmer devant la charge de travail de ces énormes centres où tout se fait dans l urgence ? CQFD , il faut préserver nos petites mater !

  2. Ah l’allaitement…. Ayant accouché en Allemagne je m’attendais à être beaucoup aidée. No dice. Entre les infirmières de la maternité qui me disaient qu’avec l’accouchement que j’avais eu il fallait pas y compter, ma charmante sage femme (grecque) qui m’a carrément dit que c’était mieux la formule et mon pédiatre (Français) qui m’a vociféré dessus pendant 10 minutes quand il a appris que je n’avais toujours pas sevré mon fils a 4 mois…
    C’est un long chemin pour beaucoup de femmes, et quand on trouve quelqu’un qui prends le temps de nous accompagner c’est extrêmement précieux. Merci à vous pour celles que vous accompagnez.

    Ah oui, mon fils n’est toujours pas totalement sevré a 32 mois. Mon pédiatre est apoplectique…

      1. C’est ca! Malheureusement je suis vraiment trop vieille pour un second, mais j’envisage de lui envoyer ma copine qui co-allaite, juste pour le fun!

  3. bonjour
    merci pour ce billet
    j’avais choisi ma maternité pour leur label « ami des bébés » et pour autant ma candidose (et le muguet précoce de mon fils) n’a pas été détectée et les seules réponses que j’ai eu face à une douleur étaient « c’est votre sensibilité de peau claire » ou la proposition des bouts de sein.
    Finalement au bout d’1 mois et demi d’allaitement douloureux, j’ai du me résoudre aux bouts de sein, parce que bébé et moi avons trop souffert de cette candida, et la douleur qu’il devait ressentir en tétant est ancrée en lui et qu’il serre systématiquement les gencives sur mon sein. Maintenant il a 7mois et commence en plus à mordre à cause de la formation des dents. Il est en allaitement mixte parce que je ne tire pas assez de lait et que je n’ai pas pu faire de réserve à cause de la candida et du muguet qui ont persisté plus d’un mois.
    J’en suis encore frustrée

    1. Merci pour ton expérience.
      C’est une des choses que j’ai vraiment désappris avec les formations d’allaitement : il y a des solutions, mais il faut aussi des soignants capables de dépister correctement les problèmes d’allaitement et de les traiter.
      La formation à l’allaitement en France est très loin d’être optimale.

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