Libérée – 15

Quand elle a pris la relève de sa collègue de jour, la salle de naissance était calme. Après ses dernières gardes vraiment mouvementées elle a regardé l’écran des monitorings avec satisfaction.

Ses collègues ont partagé les patientes au fil des transmissions et sa jeune collègue lui a confié la sienne.

« C’est un premier enfant, elle est à 4 cm. Je l’ai branché tout à l’heure, mais je l’ai pas réexaminée. Elle ne veut pas de péridurale pour l’instant. »

Au récit qu’elle m’en a fait, j’imagine sa tête, celle qu’elle fait quand une pointe d’énervement remonte dernière une façade parfaite.

« Bonjour, je suis la sage-femme de nuit », a-t-elle dit en entrant dans la chambre, « est-ce que vous avez un projet pour l’accouchement ? »

Photo by Nathan McBride on Unsplash

 

C’était un jeune couple qui attendait un premier enfant. Lui la soutenait, elle se sentait emprisonnée. Elle voulait voir si elle pouvait accoucher naturellement.

Alors elle l’a débranchée et l’a amenée en salle nature. Elle lui a donné un ballon et l’a mise dans la baignoire. Le monitoring est devenu intermittent, un fond de jazz doux a envahit la pièce.

Dans la pénombre elles se sont installée sur le grand lit et elle a poussé doucement, à son rythme. Le temps est devenu interminable, elle cherchait les yeux de son amoureux à chaque difficulté et la voix sa sage-femme la calmait, la rassurait. Son fils est né comme ça, dans un calme total, et elle les a laissé un moment pour faire connaissance.

 

Elle a raconté cela à sa collègue par message le lendemain, dans l’espoir de lui transmettre cette idée de la naissance.

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