Changer

Cher toi,

Je ne sais pas si on se connait.

À dire vrai, à part peut-être des gens que je peux compter sur les doigts d’une main, on ne se connait pas, ou plus. Cela fait combien de temps que je n’ai plus écrit ? Je veux dire que je n’ai plus vraiment écrit ?

J’ai commencé à sortir mes tripes en ligne il y a plus de 11 ans, alors tu sais, j’ai eu plein de phases différentes : post-adolescent asocial, jeune crétin plein de certitude, professionnel plein de bonnes intentions… Je me suis cherché comme on dit. Je ne suis même pas sûr d’assumer pointer vers d’anciens blogs.
Je me rends juste compte que cela n’est plus moi. J’ai déjà eu un moment comme ça,  avant ce blog.

Une lassitude, l’impression aiguë d’être devenu une sorte de parodie de moi-même, un personnage désarticulé et sans but ; mal écrit. On joue toujours un rôle, on se met toujours en scène.
C’est ce que mon prof de théâtre appelait la façade : la barrière que l’on met entre soi et le public pour supporter leur regard. La lumière des projecteurs donne l’impression de montrer tout ce qui se passe sur la scène et te met au défi de venir et de mentir. Tu es là pour raconter la vérité d’un personnage.
Une fois, sur un exercice tout con (raconter une histoire, l’improviser ; rien de si complexe hein ?) j’ai vu deux filles s’effondrer sur le plateau. Elles n’avaient pas préparé de défense, elles prenaient toutes les réactions à vif : chaque rire, chaque grimace, chaque froncement de sourcil devenait une attaque personnelle.

Je me suis mis pas mal de pression pour être au niveau que j’imaginais requis pour continuer à bloguer.
Comment est-ce que tu veux parler de santé autrement ? Je n’ai pas la prose taillée de ceux qui ont sorti un livre ; je n’ai pas la rigueur scientifique de ceux qui illustre leur point théorique avec les dernières données de la science.

Je n’ai pas le temps.

J’ai voulu écrire sur les débats des derniers mois, j’ai essayé. Parler contraception ou épisiotomie, si je veux dépasser un ressenti professionnel, cela demande une patience que je n’ai pas ici. Il faut chercher des études, faire le tri (mais garder la contradiction), être mesuré. Cela prend du temps à écrire et cela prend du temps à lire. Je suis content que d’autres le fasse et, malgré ce que je peux lire à droite ou à gauche sur Twitter, cela fait du bien que ça sorte de la bouche des usagères. Moi, j’ai un cabinet à faire tourner et de trop rares jours de repos.

Je ne veux pas te faire perdre du temps, tu as autre chose à faire que de te laisser tenir la jambe plus de 10 minutes.
On va essayer de faire ça à l’avenir.

J’ai du mal à recommencer à écrire. J’ai perdu mes habitudes, les phrases coulent moins facilement qu’avant. Tu connais mon idée débile ? J’ai envie de recommencer ce blog.

C’est con, à une époque où plus personne ne lit vraiment de blog, hein ? Je devrais faire des vidéos YouTube comme Baptiste Baulieu.

Je vais même aller plus loin : je vais recommencer ce blog sans changer de blog, sans repartir à zéro, sans faire de tri dans l’existant ; je vais recommencer mais je vais casser les barreaux du genre.
Je ne vais pas essayer d’être un blogueur sage-femme, je vais parler de sage-femme, et d’autres choses aussi. J’ai des choses à dire sur des livres, sur des films, sur la vie aussi. Je ne vais plus prétendre. Et je vais peut-être commencer à illustrer un peu, aussi.

La seule question, c’est de savoir si tu viendras me lire.

 

C’est marrant parce que, comme je le disais, j’ai déjà écrit cet article − pas exactement cet article − sur mon blog précédent il y a presque 6 ans. Je l’ai relu il y a peu, c’était peu glorieux. J’espère sincèrement que celui-là est mieux.

Cette fois on va juste essayer de créer une sorte de journal public.

Ah. J’ai essayé de mettre une illustration pour changer, mais mon webmaster a eu des gros problèmes techniques. Vous arrivez déjà à lire ces lignes, c’est déjà pas mal.

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