Prévoir

« Pensez quand même à revoir votre pneumologue pour votre asthme !
− Je n’ai pas fait de crise depuis des années avec mon traitement de fond…
− Oh, vérifiez avec lui quand même pour voir s’il est compatible avec la grossesse. Ou même l’arrêter.
− D’accord, je vais prendre rendez-vous. Il me prend assez rapidement, ça fait longtemps qu’on se connaît. »

Elle soupire.

Elle remonte ses lunettes rondes sur l’arête de son nez, pousse se boucle rousse. Elle a la main sur le ventre et un sourire pensif. « Donc je n’ai plus qu’à arrêter ma pilule… Ça fait un peu peur…
− C’est un grand saut, en quelque sorte. Une première grossesse, c’est une aventure.
− Est-ce qu’on a tout prévu ? » Elle commence à chercher son portefeuille.
« Presque. Si vous le voulez bien on peut déjà faire deux sérologies : la rubéole et la toxoplasmose. Si vous êtes immunisée ou vaccinée on sera tranquille ! »

Elle s’arrête un moment et fronce les sourcils.
« Je crois que je suis déjà vaccinée contre la rubéole. Je crois…
− Il se pose toujours la question des rappels, dis-je. Est-ce que vous avez bien eu vos deux doses, est-ce que vous êtes encore immunisée…
− Vous me mettez le doute. C’est grave ? »

Je me renfonce dans mon fauteuil. Je n’aime pas faire peur aux gens. Pas pour rien, en tout cas.

La rubéole peut faire des dégâts, mais elle est rare. J’ai vu des centaines de femmes enceintes non immunisées et peut-être une ou deux suspicion de rubéole congénitale dans ma courte carrière. Mesurer la bonne information à délivrer est un dilemme.

En attendant, la rubéole est une vraie vacherie pendant la grossesse : cécité, surdité, malformation cérébrale… Une sorte de loterie. Je ne peux pas vraiment lui dire comme ça en tout cas.

« Ça peut l’être. C’est assez rare. Vous avez votre carnet de santé ?
− Je pense que mes parents l’ont perdu dans un déménagement, dit-elle avec un rire d’excuse.
− Disons qu’à une époque cette maladie a fait des dégâts. C’est surtout grave pendant la grossesse, parce que ça crée des malformations chez le fœtus. C’est pour ça qu’on vous embête avec. »

Son regard se ferme un peu. Je viens de salir un peu le projet idéal qu’elle avait déjà en tête.

« Vous savez, avec le vaccin, vous allez être protégée. On a juste à faire la sérologie et on sera fixé !
− C’est vrai. On peut faire ça.
− Par contre, ça veut dire qu’il va falloir continuer votre contraception un peu plus longtemps. On préfère éviter ce vaccin pendant la grossesse.
− Je comprends. Et la toxoplasmose ? Il y a un vaccin ?
− Ah non, ça c’est plus chiant : il faut faire attention à ce qu’on mange, bien laver les légumes, bien cuire la viande… On verra tout ça si vous n’êtes pas immunisée. »

Un silence s’installe.

« S’il y a d’autres vaccins à prévoir, ri-t-elle, avec la prise de sang je vais devenir une passoire…
− Et bien… Vous êtes à jour de votre vaccin contre la coqueluche ? »

 

Les sages-femmes peuvent en effet vacciner les femmes au cours de leur suivi gynécologique de prévention, pendant et aussi après une grossesse. Le vaccin reste la seule protection efficace contre la transmission de la rubéole à la femme enceinte, il n’existe actuellement pas de traitement contre ses effets pendant la grossesse.

Se faire vacciner reste la meilleure façon de se protéger et de protéger les autres.
N’hésitez pas à discuter vaccination avec vos patientes, qu’elles soient enceintes, en suivi gynécologique sous contraception ou qu’elles soient en post-partum. Vous pouvez vous procurer le disque calendrier des vaccinations pour votre usage  et leur donner des informations via les nombreuses ressources que développe
Santé Publique France dans le domaine de la vaccination.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Santé Publique France (ancien INPES) dans le cadre de l’information des professionnels de santé sur la vaccination.

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