Jour de l’An

Les Champs Elysées sont l’un des endroits du monde connu où il peut être intéressant de passer un premier jour de l’an.

Après un réveillon relativement (très) alcoolisé, je me suis réveillé tôt après m’être couché tôt (à 6h du mat’ donc), frais comme un gardon (un gardon qu’aurait une perceuse dans le crane). Ma mère avait réservé une table pour quatre personnes à Flora Danica, le restaurant de la Maison du Danemark. J’ai repensé à ma nuit (mouvementée) pendant que le taxi nous menait vers notre destination. Des amis (pas mal d’inconnus quand même) et un peu d’alcool (deux caisses de bière belge, douze bouteilles de champagne et de l’alcool fort) accompagnées de discussions délicieuses. J’ai parlé de défense et de statut des gendarmes avec une attachée parlementaires incollable sur les problématiques sages-femmes. Puis a suivi un débat sur la péridural. Je crois que j’ai essayé de vendre un de mes meilleurs amis aux enchères pour le caser avec quelqu’un.

Une soirée calme (au final).

 

Harengs et pâtisseries

Au restaurant on a été accueilli par un personnel enthousiaste. Flora Danica me renvoie à mes souvenirs d’un été incertain ; j’ai des souvenirs du Danemark qui me sont précieux. Je me souviens d’y avoir mangé et dormi affreusement mal, mais j’ai adoré le pays. Pourtant, quand on sait l’importance que j’accorde à la bouffe…

Le temps d’arriver sur la terrasse, cinq personnes nous avait pris en charge, souhaité une bonne année, fait un peu patienter… Enfin le calme. Une musique d’ambiance douce, un écrin de douceur et du poisson mariné. Ma mère, en toute simplicité. « On va commencer par un peu de champagne hein ? » Je crois qu’elle a délibérément ignoré mon regard implorant pendant que le serveur remplissait ma flûte d’un liquide gazeux doré.

Pour une fois j’ai mangé doucement. Peu à peu la nausée s’est dispersée et j’ai mangé de bon cœur des harengs de toutes sortes marinés et des desserts renversants. Ma grand-mère m’a aidé à décortiquer les recettes. Depuis qu’elle est là, deux semaines, j’ai passé une grande partie de mon temps en cuisine.

 

Un ascenseur sur l’avenue

Pour digérer nous avons descendu l’avenue, luttant contre le flot de touristes. Les Champs, c’est un peu comme se retrouver dans un aéroport : toutes les couleurs, toutes les nationalités. Certains sont là pour tourisme, d’autres pour affaires (légales ou non, d’ailleurs). C’est une de ces marches qui vous font perdre et gagner foi en l’humanité. On croise une famille aux yeux écarquillés (c’est beau l’émerveillement) puis sur deux touristes russes obèses et vulgaires (ah, oui, c’est vrai que ça aussi ça existe).

D’abord les boutiques, les hôtels. Je n’aime pas les Champs Elysées mais certains immeubles sont d’une beauté exceptionnelle. Certes il y a deux vendeurs de DVD à la sauvette devant qui tentent d’escroquer une anglaise anorexique. Sur une terrasse un saoudien boit sa bière pendant que son épouse ( ?) se fait flamber une crêpe au grand marnier sous le regard désapprobateur d’une femme voilée jusqu’aux chevilles. Un américain enjoué vous bouscule et vous regarde comme s’il attendait des excuses.

Succède alors le rond point et le marché de noël qui file jusqu’à la Concorde. Une survivance de la foire. Des la nourriture, partout. L’odeur de graillon m’a retourné l’estomac et le bruit a réveillé mon mal de crâne. Les gens mangeaient, regardaient des démonstrations de jeux, de bouillotte-peluche ou des posters de Paris. Une nuée de charbon de bois m’est passé au travers du nez, comme ça. Marrons Chaud ! Vin Chaud ! Barbe à Papa ! Stand de Tir, 5 euros la partie ! Et ça mangeait, encore, et ça riait, et ça parlait, et ça chantait.

 

D’un coup on se dit qu’un jour, dans cette masse disparate, quelqu’un trouvera. Ce quelqu’un aura l’idée qui changera les choses, un peu. Et d’un coup on se dit que l’humanité est quelque chose d’immense, et de pas si mal et on se sent fier d’accueillir ses semblables quand ils viennent au monde. C’est peut-être la fatigue qui parle.

Et c’est à ce moment là, précisément, qu’une grosse ukrainienne vous écrase le pied pour aller s’acheter une glace, comme si n’étiez pas là.

 

Bonne année.

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