5 ans dans le retro (12)

J’avais commencé mes études en douceur. Un mois de retour à une théorie brute emaillée de TD divers : apprenez ainsi à faire une intramusculaire sur un bras en mousse mal fait, à perfuser un truc en silicone à 1800€ et à retirer les agraphes laissées par les années supérieur pendant leur cours de suture.

J’étais dans l’eupho… La félici… Bref, j’étais plutôt heureux dans mon quotidien d’étudiant inconscient. Mais je ne doutais pas qu’un prédateur rôdait en arrière plan, comme un loup dans slasher de série Z. C’était l’infirmière de la médecine du travail.

J’ai parlé dans mes premiers numéros d’une histoire de vaccin contre l’hépatite B. Si vous saviez comment une simple ligne sur un résultat de sérologie peut vous pourrir la vie, vous feriez vacciner vos enfants dès l’émergence de leur vocation. Moi j’avais 60. C’est pas mal hein. Ben ça suffisait pas, il fallait 100.

Donc l’infirmière du travail m’a rappelé un beau jour d’octobre pour me dire de repasser. J’étais inapte, j’ai eu un rappel sur l’hépatite B et les complications, et on m’a revacciné. Le  lendemain mes camarades de classes se faisaient toutes la bises pour se souhaiter un bon stage, et nous étions trois à avoir des vacances.

J’ai ainsi commencé mes stages avec trois semaines de vacances.

 

Des vacances en octobre

Que faire quand on est un étudiant pas trop fauché à Paris au mois d’octobre ? Sortir bien sûr !

Je sais que ce billet va vous frustrer.

En gros, je suis allé voir les chapeaux marrants, à leur apéritif hebdomadaire et j’ai suivi les gens en soirée médecine, pharmacie, dentaire. Des soirées alcoolisées, des lendemains désoeuvrées, l’argent qui brûle les doigts et cette drôle de tête que font les gens quand on parle de sa future profession. On reçoit des regards intrigués, des blagues graveleuses auxquels ont ri et on tente déjà de répondre aux attaques. L’exposé n’aura pas été fait en vain. J’ai des arguments et des connaissances et je les utilise quand quelqu’un raconte de la merde. C’est mon plus gros défaut peut-être, et je pense m’être un peu adouci ces derniers temps.

Les jours passent, les gens sont marrants. Les chapeaux marrants, j’ai bien envie de les rejoindre. Ils sortent beaucoup, boivent mais avec modération pour la plupart, ils ont des histoires à raconter. Et puis ils sont disséminé dans toute la France et j’ai besoin de rencontrer beaucoup de monde. Après une année de PCEM1, j’ai une soif de société presque inextinguible.

Et puis il y a ce premier conseil d’administration de l’Anesf. Réquisitionné d’office parce membre du bureau et parce que en vacance. C’est vrai que c’est plus simple. J’ai pris un genre de coup dans les dents ce jour là, après avoir apporté les courses à la fac. Il y avait des gens de toute la France, des étudiants sages-femmes qui s’y connaissaient et parlaient de L1 santé (à l’époque, on était encore loin de parler de PACES), d’associatif, de reconnaissance, mais aussi de leurs écoles partout.

Strasbourg, Reims, Rennes, Nîmes, Grenoble, Bordeaux, Poissy, Marseille, Lille Catho, Brest… Et combien de mec là dedans ? Presque 40%. Parce qu’en province il y a beaucoup plus d’hommes par promos. J’ai trouvé ça génial de me retrouver à une table avec des mecs d’autres écoles, même promotion que moi, et à parler de sage-femme, d’accouchements et de stages avec des étoiles dans les yeux. Quand j’y repense, il  y avait ces deux jours là un horrible côté politique, très malsain, dans ce CA. Mais je n’avais pas conscience de tout ça. J’étais aveuglé par les lumières. C’est beau les lumières quand on ne sait pas qu’on peut s’y brûler.

 

Vint ce jour de novembre, et la rentrée qui allait avec. Le plaisir de retrouver quelques copines, mon groupe, et aussi de les entendre parler de leurs stages. Moi, j’y était pas et je me sentais un peu à part en fait. Et puis, au cours de la première semaine, mon téléphone a sonné. Devinez qui c’était ?

 

Des vacances en novembre ?

Inapte. Une autre injection de vaccin, la même sensation de syndrome grippal le lendemain, et toujours à 60. Des anticorps mais toujours pas. Parfois, des vaccins ne prennent pas. Pas de stage pour moi en décembre, c’est décidé. Deux stages à rattraper, ma formatrice me dit que c’est limite mais que si un troisième s’ajoute, je redoublerai. Disqualifié d’emblée. Je suis retourné voir le médecin du travail qui m’a dit qu’il ne fallait pas prendre de risque, et que cette fois ci, il y croyait.

C’était donc reparti pour trois semaines d’associatifs, de chapeaux marrants, de soirées alcoolisées et de nuits sans lendemains. Bizarrement, il y a des filles que ça attire beaucoup, un mec sage-femme. D. était devenu mon parrain chez les chapeaux marrants et me vendait en soirée. « Ce mec, tu sais, il est étudiant sage-femme, il sait des trucs sur toi que tu ne soupçonnes même pas. » 

Cette période n’est pas un période très brillante, mais quand on n’a pas vécu pendant deux ans, on est heureux. Mine de rien, j’ai pas mal gagné de confiance en moi à cette époque. Cette drôle de société prône l’ouverture et n’est choquée par rien, ni personne. au pire, si on approche des limites acceptables en société, on nous rappelle un peu à l’ordre.

Et puis vinrent les fêtes et la première soirée. Ma soirée. Parce que l’orga, c’était moi, cette fois.

5 ans dans le retro (11)

Denfert-Rochereau, un samedi matin.

La place était vide, devant moi marchais… Je n’avais pas de guide, mais des troisièmes années survoltées, et je n’écouterai plus Gilbert Bécaud avant d’écrire un article. Je ne sais même pas ce qu’il vient foutre là. Bref.

La place Denfert était diablement vide à part un petit groupe d’étudiants sages-femmes avec armes et bagages. Que des étudiants sages-femmes ? Non. Il y avait aussi des gens étranges avec des chapeaux marrants.

Je vous ferai un aparté sur les chapeaux marrant quand on parlera des étranges vacances que j’ai eu ensuite. Des histoires de vaccins.

Des étudiants sages-femmes à la plage

Nous avons donc pris un bus vers… je ne sais où. Ce qui est excitant, la première fois, c’est que l’orga est déguisée, que les gens sont bons enfants, que ça boit un peu dans le bus (mais peu quand même), que ça chante des chansons paillardes une fois passée le périphérique et que, dans tout ça, on n’a pas la moindre idée de où on va.

A priori, vers l’ouest. Une dernière année nous a fait beaucoup rire en nous faisant miroiter un séjour à Venise puis en faisant un scandale parce qu’on allait en Normandie. Faut avouer, qu’à 45 euros par personnes tout compris, on ne peut pas vraiment s’attendre à faire un truc à Venise.

Et puis on a vu la mer.

La mer, au mois d’Octobre. J’ai compris pourquoi on devait prendre les maillots de bain, et je me suis dis que tout cet entrainement en Allemagne à survivre à des températures extrêmes allait m’être bénéfique.

Donc nous sommes arrivés sur le lieu du gîte et les jeux ont commencé.

Je préfère vous le dire dès le départ : le week-end d’intégration chez les sages-femmes, c’est mignon tout plein. Vraiment. Je me souviens qu’en PCEM1 je voyais les P2 partirent au leur avec des entrailles de mouton, des déguisements ridicules et des rires moqueurs dans 4 bus. Ben non. Nous, le plus trash impliquait de la crème chantilly à avaler. Les choses ont bien changé depuis, mais on n’en est pas encore là.

On s’est mis en maillot de bain pour les plus courageux, on est allé se mettre sur la plage et se baigner. Cinq personnes dans la classe, courageusement mis à l’eau de leur propre volonté. On est vite sortis, elle était glacée. La Manche en Octobre quoi. Je vous ficherai des idées à la con comme ça.

On s’est ensuite mis à se présenter les uns aux autres, par groupe de deux. Je me suis retrouvé à présenter un mec en dentaire avec un chapeau marrant et une bouteille de whisky à la main. « Donc c’est D., il aime les dents et le whisky… et voilà. » Et puis après on a continué à jouer (le maillot de bain mouillé, au soleil, ça fait qu’on a moins chaud). D’abord un rally bébé (en gros, un genre de rugby relais avec des poupons et des habits de bloc), puis des jeux de mimes (et trois ans d’impro, ça vous rend bon en mimes). Pour finir le classique « Je n’ai jamais », jeu de boisson qui a éclairé la majorité de mes soirées depuis la terminale.

En gros vous dites un truc sous la forme « Je n’ai jamais » et ceux qui l’ont déjà fait boivent. Au début c’est enfantin, à la fin, les gens, poussés par une espèce de curiosité malsaine, tombent dans le graveleux. C’est ça aussi, qui est marrant.

 

Une soirée… un peu vide

Après les jeux on s’est préparés pour la soirée. Je partageais ma chambre avec deux autres étudiants sages-femmes de Brest, une année plus vieux que moi. Ils étaient cool, mais l’un d’eux avait un cubi de villageoise rouge qui donnait envie de devenir sobre. Je crois qu’il l’a fini avant la fin de la soirée.

On a passé une soirée dansante légère, sans débordements (quand je dis mignon, je ne plaisante pas) et on est allé se coucher plus ou moins sagement. Il me reste de cette soirée des discussions passionnée sur l’associatif, où on a parlé de la future réforme des études (la PACES, à l’époque c’était un truc de fou pour nous), on a parlé de me filer un poste au bureau et on a parlé de métal. C’était marrant, une bonne soirée. J’ai dansé avec les filles de ma classe, mais bon. Quand il y a aussi peu de mecs, c’est dur.

 

Le lendemain matin je me suis réveillé de bonne heure. Il faisait déjà chaud, j’avais un début de gueule de bois (je me suis rendu compte que j’avais été le seul à boire de la vodka la veille). Le gîte s’éveillait doucement et des filles étaient déjà affairées à faire le ménage et le petit déjeuner.

D’un côté les filles, de l’autre les gars. C’était rare, quasiment inespéré. Je suis allé avec les gars. On a donc parlé sur l’aire de jeu, en attendant de partir. Ces gars étaient cool. D. avait toujours cette bouteille de whisky, aux trois quarts vides. On l’a fini à deux. Drôle d’idée d’attaquer à jeun au whisky avec de la brioche et du nutella. Ensuite on s’est mis dans le car, on a parlé de chapeaux marrants.

Ces drôles de chapeaux, je vous en parlerai la prochaine fois, parce qu’après ce week-end d’intégration, j’ai eu beaucoup de temps. Je remercie la médecine du travail pour ça.