J’étais prêt. J’avais le matériel demandé (je crois bien que ce fut la seule fois de ma scolarité), j’étais inscrit en faculté de médecine, 2e année de sage-femme. J’avais raqué la sécu étudiante et les frais de scolarité et mon compte en banque me faisait la gueule.

J’avoue que la nuit d’avant j’avais peu dormi, me tournant et me retournant dans mes draps. Une espèce d’overthinker demeuré. Je me suis réveillé sans avoir vraiment fermé l’oeil et je me suis préparé comme j’ai pu. Sérieusement il faut quoi dans son sac quand on va en école de sage-femme ? Dans le doute, j’ai pris un livre, un stylo quatre couleurs, une pochette trieuse et des feuilles. En gros ce que j’ai quand je vais en garde. Le quatre couleur, c’est une super invention.

 

Le premier jour du… screw this, so déjà-vu

Il faisait froid pour le mois d’octobre, c’était l’aube (il était 7h30 quand je suis parti) et il y avait ce je ne sais quoi de brume qui rendait les choses un peu épique. Ou alors c’est une licence narrative, que sais-je ? J’avais deux minutes de retard. Il y avait la directrice et toute l’équipe pédagogique dans un coin du prefabriqué et une classe type lycée en face avec que des filles. J’avais l’habitude en PCEM1 de voir beaucoup de filles, mais là c’était bizarre. J’ai baissé la tête, poussé la porte et je me suis faufilé au rang du fond, près de la fenêtre. Devant moi il y avait la fille du concours et du DE (encore !) et à côté de moi il y avait une fille très sympa qui est devenue depuis une précieuse amie. La directrice a commencé son discours de bienvenu. On était de futurs pro, une école d’exception, on avait une lourde responsabilité et on était pas là pour se marrer. C’était mieux tourné que ça, ça sonnait bien. Pendant ce temps les formatrices nous regardaient. L’autre mec est arrivé pendant la fin du discours. Il a eut droit à des regard repprobateurs et à une pause gênée. Puis on nous a laissé avec deux enseignantes. Silence. Une fille a pouffé au deuxième rang.

L’enseignante s’est présentée, elle la sage-femme avec une grande expérience de la salle. Si je dois faire un bilan des quatre années passées à la côtoyer, je dirais que c’est l’une des femmes qui a le plus marqué ma professionnalisation. A force de clinique, à force d’entretien, elle m’a fait réaliser des aspects de ma profession que je n’avais jamais vraiment imaginé. J’en suis là grâce à elle.

Elle nous a posé une question. « Qui voulait être sage-femme en arrivant ? » Et là, 4 mains se sont levées. Sur 32. Je me suis senti beaucoup moins seul, tout d’un coup. Moi, c’est une question qu’on me pose à chaque stage, à chaque rencontre et je dois m’en justifier. Je sais que pour une partie des filles de ma classe, ce fut la seule fois.

Ensuite, elle nous a dit « Vous ne serez jamais médecins ». Il s’avère que pour une ou deux personnes, elle avait tort. Mais c’était avant les passerelles, donc elle ne pouvait pas le savoir. Mais ainsi elle a tué le petit morceau d’espoir qui essayait de survivre, comme on jette un seau d’eau sur un foyer éteint. Je me suis alors dis que, puisque je ne serais jamais un médecin, je serais un bon sage-femme. J’avais une vague idée, de ce que c’était, mais après, savoir ce qu’était un bon sage-femme…

Puis elles nous ont présenté l’année.

 

Bon, c’est quoi une sage-femme ?

La suite de la journée, on a donc appris ce qu’était une sage-femme, en théorie. En demi groupe, avec des filles partout autour. Je me suis rendu compte que je n’étais pas trop ignorant par rapport à certaines filles. On a vu ce qu’il fallait pour être sage-femme, les difficultés aussi. Celles auxquels on ne pense pas vraiment. Les odeurs, les produits corporels, les cris, les femmes qui vous agrippent au milieu d’une contraction et qui vous vomissent sur le torse au milieu d’une contraction.

On était à moitié excités, à moitié effrayés.

On a fini l’après-midi par une visite de la maternité qui nous a tant effrayé par la suite. D’abord l’accueil des urgences, avec la porte de la salle de naissance. Un gros sas avec un sens interdit et tout qu’on peut mettre de fantasme derrière une porte close. Au niveau supérieur ce sont les suites de couches. Des cris de nouveau-né (je hais les suites de couche la nuit, j’en fais des cauchemars) et des blouses roses qui volent en tout sens. La formatrice stoppe net une étudiante sage-femme pour lui demander de parler du service. Elle a des tongs, un papier à la main et a l’air pressée. Elle jette un regard à la formatrice, comprend qu’elle n’a pas d’échappatoire, et nous explique rapidement ce qu’elle fait. Puis elle s’éclipse en courant, on n’entend bientôt plus que le claquement des tongs sur le linoléum. La formatrice nous donne des précisions sur l’uniforme et souligne que les tongs n’en font pas parti. Enfin le 4e étage. Par la porte vitrée on aperçoit la réa. Fin de la première journée. Pour la première fois depuis trois ans, j’ai un exposé à faire. Un exposé, quoi.

Et le lendemain, les cours commencent. Ambiance lycée, le retour.

5 réflexions au sujet de « 5 ans dans le retro (6) »

    1. Jimmy Taksenhit Auteur de l’article

      Mais non… Ca ne fait que commencer. J’ai même pas encore commencé les cours à ce niveau là, je n’ai même pas la moindre idée de ce qui va m’arriver. Je suis mignon, je suis innocent. Un peu comme l’agneau dans le couloir vers l’abattoir.
      Mais ouais, l’enfer :)

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  1. SophieSF

    Hé bé, quelle première journée;) Tu m’as rappelé la mienne, évidemment, même si il n’y avait pas de gars dans ma promo.
    Le coup de l’exposé, sympa, hein. Et tu décris très bien le fait d’arriver à l’école sans que ce soit la première intention. C’est bien que ce soit (un peu) moins tabou, maintenant, on progresse, si ça se trouve;)

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  2. Bdp

    L’enfer?? Mais c flippant cette première journée! Je vais bientôt vivre la mienne,on pourra voir les évolutions comme ça! Mais bon je ne sais pas si j’ai envie d’y aller finalement :-)

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  3. Jimmy Taksenhit Auteur de l’article

    Sophie : Hé hé… Ben c’est rare les vocations totales et franches. C’est précieux, mais c’est aussi celles qui s’en prennent le plus dans la tête, parfois. On verra bien ce que donne ma série, mais sur l’ensemble je trouve que cette histoire de vocation est frappée d’un tabou : cela va de soi, c’est attaché à l’image de la profession. Oui, qui irait en sage-femme s’il n’a pas la vocation ? Voyons…?

    Bdp : Ben c’est la maternité, l’enfer. Je crois que c’est à ça qu’elly fait référence. Franchement, tu verras, c’est marrant les premières journées. Les suivantes le sont un peu moins, par contre.

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