5 ans dans le retro (23)

Je reprends un peu les rennes de mon blog. Non mais. J’ai beaucoup aimé cette expérience à 4 et j’espère qu’on refera ça. Pour l’instant il n’y a qu’une personne dans les commentaires qui ait la bonne réponse. Je vous laisse réfléchir encore un peu et vous aurez la réponse dans le prochaine article.

 

J’avais à cette époque là des rapports assez singuliers avec ma famille. Il faut dire que si vous vous souvenez, mes parents n’ont pas été totalement fous de joie quand j’ai choisi ma profession. Ils avaient même franchement tiré la gueule.

Et bien six mois plus tard, mes relations avec ma famille avait changé de façon irrémédiable.

Ne sortez pas les violons, ce n’est pas le propos de cet article.

 

Todo sobre mi madre

(Tout sur ma mère)

Ma mère a été furieusement déçue. Elle se voyait déjà avec un fils médecin et avec une fille avocate en droit international humanitaire. Ma soeur par sur le chant lyrique (on fait pire hein) et moi j’ai gardé en tête l’idée d’être sage-femme. C’est un peu un mécanisme de défense, si vous voulez. J’ai été tellement confronté à ces questions stupides sur ma vocation (c’est, classiquement, la première question plus ou moins déguisée que l’on me pose à chaque fois) que j’ai fini par la construire avec un mur d’enceinte en adamantium.

Ma mère a donc pris acte de ma désobéissance filiale (elle qui avait passé mon enfance à me dire « Tu feras ce que tu voudras, tant que tu seras heureux ! ») et s’était, dans un premier temps, repassé les meilleurs moments de mon enfance. Ah, c’était un jeune homme prometteur, il aurait pu faire les Ponts ou au moins les Mines, il aurait pu partir en aéro-spat à Toulouse ou au moins faire chercheur quoi, ou artiste. Quelle idée il a eu de rater médecine ? La faute à ses facilités tout ça.

Elle a ensuite fait ce que font toutes les femmes face à une contrariété de taille moyenne : elle a appelé ses copines pour un débrief. Et tout d’un coup, il a semblé à ma mère que sage-femme, pour un mec, c’était grave à la mode en fait. Elle a donc pu commencer à défiler en disant que j’étais sage-femme, et tout le monde lui a dit que cela était cool.

Six mois après ma désobéissance, ma mère m’avait donc validé. Cela ne l’empêche pas, même maintenant, de remettre sur la table la passerelle vers médecine avec une petite lueur d’espoir dans les yeux.

 

La Gloire de Mon Père

(Nan, sans dec’, je vous mets de lien sur celui là quand même, si ?)

Mon père a… Je ne sais pas comment dire. Quand mon père est contrarié sur un sujet, il a une tendance à l’ignorer. C’est l’inverse de ma mère. La question devient presque tabou jusqu’à ce qu’elle se résolve d’elle même. Sauf s’il y peut quelque chose. Il y a deux choses qui ont permis d’arranger les choses en six mois.

D’abord, il faut savoir que mon père se lève tôt. Je trouve ça hallucinant, mais parfois, le dimanche, il est là à 6h30 en train de faire sa gymnastique et une heure plus tard il va préparer le petit déjeuner. Ce n’est pas tôt pour lui. D’habitude, il se lève plus vers 5h00.

C’est justement à cette heure indue que je me levais pour mes stages infirmiers. Et, mon père a compris rapidement que ce « métier », ces études, en demandait beaucoup et que j’étais motivé quand il m’a vu, moi, la marmotte (qui me levait vers 14h en vacance pour éponger mes nuits interminables – ce qui m’aide à tenir mes gardes de nuit par ailleurs) me lever à 5h00. C’était un peu un choc pour lui. Je partais le matin alors qu’il n’avait pas commencé à préparer le petit déjeuner. Je crois que j’ai gagné son respect avec mes cernes.

La deuxième chose, c’est son travail à lui. Mon père fait un boulot plutôt cool qui lui permet de voyager et de voir beaucoup de monde. Il travaillait notamment à cette époque avec les pays de l’ex-URSS. A son voyage suivant, la question rituelle des enfants est venue sur la table. Il a lancé sur la table que j’allais devenir sage-femme, avec un peu de tristesse dans les yeux. Ses contacts l’ont regardé avec un énorme sourire en lui disant que c’était une excellente situation et qu’il avait de la chance d’avoir un fils si instruit.

J’aurais payé super cher pour être là.

Il faut dire qu’à l’est les sages-femmes ont un statut reconnu par la population. Elles sont valorisés, salariées d’Etat, ont des compétences respectées, et les hommes ne sont pas rares (l’URSS a apporté la parité de beaucoup de profession). Peu à peu, ma future profession qu’il ne connaissait pas du tout (il a dû voir quoi… deux sages-femmes dans sa vie sans vraiment comprendre ce qu’elles faisaient), lui est apparu comme quelque chose de valorisé, qu’il pouvait dire avec fierté.

Donc six mois après, lui, il était derrière moi pour de vrai.

 

Total Recall

(Promis, j’arrête les références hors contexte après cet article, juré – btw les films sont nuls, lisez la nouvelle de K. Dick)

Cela faisait globalement six mois que j’avais commencé mon boulot et que j’étais corvéable et taillable à merci par mes « collègues ». Je commençais un stage de gynéco quelques jours plus tard dans une clinique qui me promettait de supers moments et je ne sais pas exactement à quel moment, j’ai commencé à prendre conscience que ce n’était pas seulement lié à mes parents.

J’avais grandi.

Je crois que c’est ça surtout, la vérité.

6 mois, c’est long quand on commence. Cela me semble ridicule, et pourtant j’ai commencé mon dernier été d’étudiant il y a six mois. Mais en six mois j’étais devenu moins con, moins égoïste. Les basses besognes ne me faisaient plus peur, me salir les mains ne me faisaient plus peur. Quand on a changé les draps d’une vieille incontinence qui n’a plus d’anus valable, on n’a plus peur de faire un peu de vaisselle, de descendre les poubelles ou de nettoyer les toilettes. On a vu pire et on sait qu’une fois fait, ben ça sera fait.

Et quelque part, ça change la façon dont on cohabite avec les autres membres de sa famille.

 

 

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