5 ans dans le retro (22) – Prête moi ton blog

Quatre sages-femmes, des univers différents, des expériences multiples, réunies par leur métier et par leur envie d’écrire.

Quatre blogueurs qui ont décidé de commencer l’année en jouant.

Chacun d’entre nous a tracé les lignes d’une situation vécue ; nous avons ensuite tenté de nous approprié les histoires des autres.

Vous trouverez donc ce matin, sur chacun de nos blogs, quatre versions – reconstruite à partir de nos expériences – de l’histoire que nous avions proposé. 16 récits ! A vous de jouer pour en retrouver les auteurs respectifs, nous vous donnerons la réponse dans quelques jours !

En attendant je m’associe à 10lunes, Knackie et Sophie pour vous souhaiter une excellente année 2013 !

 

1.

Vingt bonnes minutes que je patiente dans le couloir désert du service de « chirurgie ambulatoire ». L’heure imposée de mon arrivée précède largement celle de l’équipe et des patientes.

Petite maltraitance de mauvais augure en ce premier jour de stage.

 

Vingt minutes que je me morfonds, ce qui me donne le temps de me remettre du contraste entre couloirs de métro surchauffés et petit matin glacial.

Vingt minutes pour imaginer ma journée, grand écart entre IVG et PMA. Surtout ne pas commettre d’impairs.

L’infirmière surgit enfin, sans m’accorder un mot d’excuse. Juste un presque sourire pour saluer  la mise à disposition d’un nouveau jeu de bras et jambes corvéable à merci.

Les arrivées se succèdent. Pas le temps d’entrer dans l’histoire de chacune. Coup d’œil sur le dossier, prise de tension, prémédication et c’est déjà le moment de passer à la suivante.

Le bip me signale le moment de brancarder vers le bloc, un autre m’annonce qu’il est temps de retourner chercher une femme allégée d’un embryon ou de quelques ovocytes. Les bip s’enchainent et m’enchainent…  Faut que le service tourne ! Quant à la titulaire, c’est essentiellement la mollette de sa souris qu’elle fait tourner,  trop occupée à préparer ses prochaines vacances à coup de clics. Le message est implicite mais clair, moins elle est « dérangée » et mieux c’est.

De temps à autre, elle se lève en soupirant, abandonnant à regret son mug de thé pour m’accompagner. Après une IVG, elle empaume le ventre douloureux ; une forte pression pour s’assurer  que la femme ne saigne pas trop ;  pour lui faire mal aussi, surtout si elle a le tort d’être déjà passée par là. Les quelques mots grommelés en sortant de la chambre ne laissent pas de place au doute, il s’agit bien de lui faire payer son inconséquence.

Les heures passent, le bloc se termine. Les dossiers sont remplis, les constantes notées, les ordonnances rédigées. Il ne nous reste qu’à attendre. Attendre la visite de sortie de l’anesthésiste, les dernières consignes,  les derniers papiers.

Comme chaque femme trop rapidement croisée ce jour-là, j’attends l’autorisation de retrouver la lumière blanche de l’hiver parisien.

Mais moi, je reviens demain.

 

2.

Les réveils a sonné – trop tôt comme toujours quand on est en stage infirmier. J’ai sauté dans mon jean et dans mon manteau, j’ai mis mon écharpe et je suis sorti pour affronter le froid, la nuit et la ville. Paris, à 6h du matin, au mois de mars. Il y avait de rares voitures qui se perdait dans la nuit. J’ai essayé d’avoir un bus, mais il n’y avais pas encore de bus. J’ai donc pris un métro vide avec des clochards qui se réveillaient dans la chaleur des stations, et après une demi-heure de trajet, j’y étais.

C’était un haut lieu. Il y a des endroits comme ça dont le nom résonne, même quand c’est celui au dessus de la porte d’entrée. Il porte tout un tas de promesses et tout un tas de souvenirs. Les souvenirs, cela n’est venu qu’avec l’étude de l’histoire. Je suis arrivé très en avance dans les couloirs froids à chercher mon service de chirurgie gynécologique. Un autre stage de soins infirmiers mais avec de la gynécologie. Je me dis que je vais peut-être plus me rapprocher de mon futur métier.

La première chose qui m’a frappé, quand je me suis faufilé dans les couloirs, c’est qu’il n’y a pas de service de chirurgie gynécologique. Enfin si, un petit coin de couloir à côté des suites de couches. Deux ou trois chambres, un mini-poste de soin. Il est 6h30 et je suis vraiment en avance alors j’attends, assis devant la porte du poste de soin fermé. Vingt minutes c’est long dans un couloir désert.

L’Infirmière arrive, et je sais quelque part que ça va être chiant. Elle me toise, assis en tailleur. Je lui rends son regard. Elle hausse les épaules et m’admet dans le poste de soin, sur un petit tabouret. Elle me brosse en trois phrases ce qui va être ma journée trois fois par semaines pendant trois semaines. On accueille les patientes qui viennent pour PMA, IVG ou hystéroscopie, on les habille, elle vont au bloc, elle revienne, on les surveille, on les déperfuse et quand l’anesthésiste est passé, elles sortent. Je ne vais pas perfuser, pas faire de pansement, pas faire de prélèvement. Rien. Ma journée s’annonce palpitante. Il est aussi de mon ressort d’aller chercher les dossiers de PMA et d’organiser les chambres avec elle. Nous reviendrons sur les gags qui peuvent venir d’une mauvaise organisation des chambres.

Les premières patientes arrivent à 7h10. On leur prend une tension, on leur donne leur prémédication (un atarax ou un cytotec, en fonction des cas) et on les installe dans les chambres après avoir vérifié le dossier. L’Infirmière change de ton comme de dossier. Elle donne du compatissant, du doucereux ou du sévère selon la patiente. De temps en temps elle essaye de me faire partager ses moments de complicité. « Un deuxième IVG ? Elle n’a que 17 ans ! Elle est irresponsable ! » ou « Une FIV à 53 ans, quelle idées ! » Je suis très mal à l’aise.

Il est de mon ressort de les préparer pour le bloc ensuite. Je dois les installer dans leur chambre, les habiller. Je demande à l’Infirmière si je dois les perfuser aussi et elle me regarde de travers « Jamais ! Les anesthésistes vont râler sinon, imagine la perfusion ne passe plus ?! » Je comprends donc que je ne vais vraiment rien faire.

Et de fait, je reste assis sur mon tabouret à attendre pendant que mon Infirmière Syndicaliste reçoit ses collègues pour parler ou programme ses vacances pour l’été sur des sites discount. Les patientes partent au bloc, assommées par l’atarax, puis elles reviennent du bloc avec la tête en vrac à cause de l’anesthésie générale. Je vais les voir pour prendre une tension. L’infirmière « m’apprends » l’expression utérine pour voir si les patientes saignent (elle me la tranche de la main comme une barbare sur le ventre d’une femme et appuie de toute ses forces). Les femmes serrent les dents, certaines laissent couler une larme.

Je jongle donc avec l’appareil à tension, le thermomètre et les ventres pendant deux heures. L’anesthésiste monte, regarde les feuilles et fait une sortie groupée. L’Infirmière rappelle à toutes les femmes de bien passer aux admissions pour régler leur journée d’hospitalisation. Puis elle se retourne vers moi et l’aide-soignante « Bon, on va faire les chambres ? ». Elle me libère à 18h30 après des désinfections, des lits et des sols. J’ai l’impression qu’on s’est foutu de ma gueule et que ce stage est inutile. Trop inutile. Je me demande si je ne vais pas me faire porter pâle pour la garde du lendemain.

 

3.

Je commençais un nouveau stage dans une clinique parisienne. Chirurgie gynécologique. Encore des soins infirmiers mais pas tout à fait quand même. J’étais en 2ème année, alors il y a du gynécologique dedans.

L’établissement se trouvait à 30 minutes de métro, à la louche. Je devais y être pour tôt. D’ailleurs lorsque la sonnerie du réveil retentit, il était bien loin de faire jour. Comme une habitude maintenant, ma mère ne m’avait pas préparé mon petit déjeuner. D’ailleurs, pas le temps pour avaler mon Benco, j’attrapai néanmoins mon DooWap  pour me tenir chaud durant quelques stations.

Je sentais le froid rougeoyer mes joues et je devinais la brume cheminant le long de la Seine. Mais pas le temps de s’attarder dans des élucubrations poétiques, j’avais une mission à accomplir, trouver l’établissement, et surtout le bon service.

La clinique, ça c’était bon. Le hall était bon lui aussi, chaud… mais sombre. A 6h30 dans un hôpital, il n’y a pas grand monde d’actif. Désespérément je cherchais un panneau « chirurgie gynécologique ». Il n’existait pas et bien sûr, personne à l’Accueil pour me renseigner. J’errais donc jusqu’au service de « chirurgie ambulatoire » qui me semblait le plus proche de mon Graal.

Assis sur ma chaise, l’attente. Une vingtaine de minutes plus tard, une infirmière arrive. La quarantaine, bagues et bracelets, elle me montre un placard où me changer. Ouf, la journée va pouvoir commencer.

De retour, en habit de lumière, je retrouve mon mentor du jour. Elle hausse les épaules et m’explique brièvement le service. Les patientes viennent pour une IVG, un diagnostic d’infertilité, ou de la PMA, on les « prépare » (douche, prémédication, chemise de bloc…), on les récupère et elles s’en vont. Surtout NE PAS LES PERFUSER, ça pourrait être intéressant les anesthésistes râlent après.

La journée se passe ainsi, sous les remarques de l’infirmière. Ah tiens, celle-ci vient *encore* pour une IVG, et celle-là, obèse et tabagique espère *vraiment* quelque chose de la PMA… Je l’écoute, ne dis rien, espère ne pas tourner comme elle.
Pendant que les patientes sont au bloc, elle s’occupe sur le Net. Enchérit sur une machine à dosette, Like sur Facebook, et regarde des vidéos de chats sur You Tube. Ses copines passent aussi prendre de le thé, plus on est de fous… Je m’éloigne quelque peu. Du mal à digérer le repas de midi.

Au retour des patientes, prise de constantes, expression abdominale parce que « faut bien faire attention que ça saigne pas », et on s’en va. Un peu plus tard dans l’anesthésiste viendra signer les autorisations de sortie. Et surtout l’infirmière pensera bien à rappeler aux patientes d’aller payer leur IVG au comptoir.

18h30 la première journée de stage se termine. On refait les chambres et on me libère. Demain j’y retourne. Je pourrais bêtement me tromper de station de métro. Si seulement.

 

4.

Je suis en stage de gynécologie dans LA maternité physiologique, un des centres pionniers des combats des femmes, ce matin. Même si il fait encore nuit et froid, et qu’il est 6h du matin, je me réjouis. Je pensais prendre le bus, mais c’est bien bien trop tôt, je m’engouffre dans le métro.

Je cherche le service de chirurgie gynécologique, je finis par comprendre qu’il n’y en a pas vraiment. Je me poste devant le service de chirurgie gynécologique ambulatoire. L’infirmière se pointe 20 bonnes minutes plus tard, c’est long, tout seul. Elle me voit et m’accueille d’un haussement d’épaules. Super, ça commence bien tiens.

Elle m’explique en grommelant qu’on va s’occuper des IVG, hystéroscopies, et PMA du jour. Il faudra d’ailleurs que j’aille chercher les dossiers de PMA, et on doit faire attention aux chambres hein. Bon.

On s’ennuie à mourir dans ce service, en fait. Rien de palpitant. On fait les admissions : prendre la tension, leur donner leur prémédication : un Atarax, ou un Cytotec, en fonction du dossier. L’infirmière de l’hôpital des pionniers change de ton en fonction du dossier : mielleuse pour les ponctions d’ovocytes, sévère avec les IVG. Genre « 2 IVG et elle n’a même pas 20 ans , ah ben! » ou « une ponction d’ovocytes à 50 ans, mais elle est folle celle-là! » On est bien loin de la carte postale de respect, de progrès des droits des femmes, tiens.

On les envoie au bloc, vers 10 h, sur un brancard, sans ménagement. Elles remontent 3 heures après, l’infirmière me montre comment appuyer bien fort sur le ventre pour voir si ça saigne. La femme serre les dents.

L’infirmière passe le reste de la journée devant l’ordi à jouer sur Facebook avec ses copines ou visiter des sites d’enchères et de voyages. Elle prend le thé vers 16 heures avec des collègues de passage dans l’office.

Si tout va bien, l’anesthésiste monte signer les sorties vers 17 heures.

Quand elles sont prêtes, les femmes passent dans le couloir et InfirmièreCerbère leur rappelle à la cantonade de passer à la caisse au rez de chaussée pour payer leur IVG.

On refait les chambres pour le lendemain. 18h30, la journée est finie, la Cerbère me libère, j’ai déjà mal au bide à l’idée de revenir demain.

 

 

14 réflexions au sujet de « 5 ans dans le retro (22) – Prête moi ton blog »

  1. PontdeBrooklyn

    Alors, je me lance : 1) Sophie 2) Jimmy 3) Knackie 4) 10lunes

    Merci pour tous ces récits !
    Bonne année les SF blogueuses/blogueur !

    (et avec cette histoire, on n’oublie pas l’étendue du chemin qui reste à parcourir…)

    Répondre
  2. Oxymore

    Bonjour Jimmy-que-je-découvre-à-l’occasion-de-ce-jeu!

    Je tente:
    1. 10lunes
    2. Knackie
    3. Jimmy
    4. Sophie (qui à mon avis s’est dénoncée avec le nom de l’infirmière ;) )

    Répondre
  3. Foligou

    C’est rigolo, personne n’a la même réponse!! Je tente aussi :
    1- 10 lunes
    2 – Knackie
    3 – Sophie
    4 – Jimmy

    Répondre
  4. Ping : 5 ans dans le retro (23) : Carnets d'un Passeur

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