5 ans dans le rétro (2)

Une semaine c’est trop court. Chantal Birman m’avait raconté qu’elle avait choisi en deux jours, sur un coup de tête. C’est sans doute un mauvais exemple.

Reste que c’était pour moi un gros ultimatum. Un peu la vie qui me rattrape au galop et me tape sur l’épaule façon « Hey Dude ! C’était fun ces deux ans, mais bon. Tu fais quoi maintenant ? » Le bad, sur les bords de canal il y a 4 ans et presque 2 mois. Celui qui me tapait sur l’épaule, c’était un pote passé en médecine et depuis perdu de vu, avec qui j’avais fait et refait les comptes de places.

J’étais le seul au courant.

 

Une semaine pour tout changer ? Mardi, après les résultats.

Je suis rentré chez moi, pas très bien. Un pote est passé pour me remonter le moral. Mes parents sont rentré. Je leur ai dis. Médecine, c’était mort, dentiste, c’était hors de question. Ma mère m’a tout de suite fait remarquer que dentiste ou kiné ça payait vraiment bien. J’ai hoché la tête sans rien dire. Mon père m’a demandé ce que je comptais faire. J’ai réfléchis, et j’ai répondu ça que pourrais être plein de choses, des passerelles en bio ou en physique, ou sage-femme.

Mon père m’a lancé un regard un peu méprisant. « Sage-femme ? C’est un métier ça ? »

Ça faisait mal.

Ma mère a calmé le jeu. Elle essayait de cacher sa déception. « Je paierai, hein. » ai-je dis. Elle m’avait menacer de me faire rembourser ma prépa si je n’avais pas mon concours. Elle a haussé les épaules. On a été manger au restaurant chinois et après une bonne discussion, ils ont convenus que je deviendrais sans doute kiné. Parce que kiné, « ça paye bien« . Ils ont aussi effleurél’idée de m’envoyer faire médecine en Suisse. Parce bon.

 

Le flou

Je me suis réveillé le lendemain matin avec une sensation de vide. Une semaine, hein ? Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire, et j’avais peur de l’avenir. Un peu comme maintenant, d’ailleurs. Peut-être pour ça que j’en parle.

J’ai commencé à chercher des informations à droite ou à gauche. Il y avait des articles sur les sages-femmes, d’autres sur les kinés. Ca parlait de formations, de compétences… c’était flou. J’ai posé des questions aux gens que je connaissais. On avait un bar habituel, avec des potes, et j’en ai parlé avec ma soeur. Les gens avait l’air de trouver les deux options sympas. Certains m’ont dit que, malgré le nom, je pouvais faire sage-femme et que c’était un chouette boulot. D’autre que kiné, pour un mec c’était mieux. Des filles inconnues dans un bar se sont mêlées de la conversation pour dire que « Nan mais c’est mort, je me ferai jamais accoucher par un homme, quoi. » 16 ans, l’alcool fait du dégât.

J’ai vu tout ce monde que je n’avais pas vu depuis des siècles. Pas ceux de la fac de médecine, parce que eux était occupé à faire leurs choix. Et puis, après le concours, ça ne parlait que classement, barème, points, places. Je ne voulais surtout pas me retrouver dans cette ambiance là. J’ai vu les autres que j’avais mis entre parenthèse pendant l’année.

 

Annie

J’ai continué jusqu’au Samedi à tourner en rond, à sortir, à picoler. Le dimanche, je ne ressemblais plus à rien. J’ai trainé un peu dans l’appartement à ne pas savoir quoi faire.

Ma tante a appelé ma mère, comme souvent le dimanche. Elles ont parlé et chose, étrange, ma mère m’a passé ma tante. Ça n’arrive jamais, même pour mes anniversaires. Ma tante m’a demandé de mes nouvelles et m’a donné le numéro de téléphone d’une de ses copines qui est sage-femme. Et j’ai appelé cette copine le soir même, 48h avant les choix.

C’est un peu ça, le début de mon choix.

Annie a pris une heure pour me parler de sa profession. Et, je la remercie pour cela, elle l’a fait sans complaisance. Elle m’a dressé un portrait de la profession de sage-femme avec ses côtés extraordinaires et avec ses côtés horribles, avec le beau et l’insoutenable. Elle m’a dit que la profession avait besoin d’homme pour exprimer d’autres points de vus et que j’y avais parfaitement ma place.

En une heure, j’ai entrevu la possibilité de devenir sage-femme.

J’avais croisé beaucoup de fille, à la fac, qui ne voulait faire que sage-femme. A l’époque ça me semblait ridicule. Venir en faculté de médecine pour faire sage-femme, quelle idée. J’étais con et ignorant. Mais oui, quelle idée. En fait, elles me parlaient de sage-femme avec des étoiles dans les yeux. Elles me disaient que c’était extraordinaire, et moi, je disais « Tant mieux, un concurrent de moins« . Mais, en même temps, je me demande si je n’ai pas un peu fantasmé cette possibilité. Je n’osais pas me l’avouer à l’époque. Quand on retire les oeillères, le monde est éblouissant et on perd ses points de repère.

Mais quelque part, le flou avait disparu. Grace à Annie.

Une réflexion au sujet de « 5 ans dans le rétro (2) »

  1. Bdp

    Moi qui suis allée en fac de médecine pour ne faire que sage-femme, je me dis qu’il y avait surement des comme toi parmis les gens qui j’ai connus :D
    En tout cas il m’a fallu + de temps pour savoir que je voulais faire ce métier, un bébé a tout déclenché
    J’espère que 5 ans après tu penses avoir fait le bon choix!

    Répondre

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