5 ans dans le retro (18)

Quand ton réveil sonne à 5h30 du matin, pour la première fois de ta vie, tu le prends personnellement. T’as pas géré avant, il faut dire. Se coucher à 2h du matin parce que le bouquin qu’on lit est vraiment trop bien, ça n’aide pas. Donc tu prends ça dans ta face et tu prends sur toi.

On est en février, il fait un froid de chien et t’as envie de rester sous ta couette, mais tu ne peux pas, parce qu’aujourd’hui commence ton stage en cardiologie.

Oui. C’est le stage en médecine obligatoire dans le cursus de sage-femme. Pour moi, le stage en médecine, ça veut dire surtout le stage en cardiologie. Première rencontre avec l’hospitalisation. Parce que la salle de naissance, ce n’est pas de l’hospitalisation : les femmes passent, on les prends en charge dans l’urgence, elle reste rarement très longtemps. Pour la première fois il y avait un poste de soin centralisé, un chariot de soin, des classeurs… Et puis il n’y avait pas de sage-femme. En même temps, je ne vois pas ce qu’on irait faire en cardiologie à part apprendre les soins infirmiers…

Bref. Ce n’est pas la question.

On était en train de parler de cette saloperie de réveil qui te sort du lit avec la force d’un trébuchet alors que t’as (mal) dormi 4h, comme tu as pu. On peut parler de sens du devoir. Parce que pour que je me lève à une heure pareille, il faut vraiment que j’ai des patientes qui m’attendent et une relève à prendre. Sinon, c’est même pas la peine. Mais bon.

Donc ce réveil sonne, je me lève et je traverse sans bruit l’appartement vers la salle de bain. Normalement mon père fais sa gymnastique tous les matins, vers 6h du matin. Pas là. C’est beaucoup trop tôt, même pour lui. Quand je sors dans la nuit la bise me cueille comme un bleu. Il fait foutrement froid, et il n’y a personne. J’ai l’impression d’être dans un monde parallèle. La ville dors, le monde dors. Il n’y a pas de voiture ou de passant. Le vent fait cingler mon écharpe.

Il y a des métros par contre. Vides, ou presque. C’est à ce moment là que tu te rends compte que tu as des compagnons d’Infortune qui eux aussi commencent à une heure indue. Ils sont parfois un peu réveillé, parfois ils ronflent en laissant un jet de bué sur la vitre (parce que pour le clochard qui veut finir sa froide nuit, le métro c’est encore ce qu’il y a de mieux).

 

J’arrive à l’hôpital.

C’est peut-être le seul endroit à avoir un peu d’activité. Il est 6h45, la ville s’éveille doucement, et quelques lumières de postes de soin abandonnés dans la brume éclaires les façades monochrome. C’est un monde orange et noir. Le soleil ne se lèvera pas avant une bonne heure et demi.

Toutes mes journées ont commencés comme ça. 7h – 14h, avec une petite pause pour manger. Le reste de la journée un peu gâché par la fatigue et l’obligation d’y retourner le lendemain, tous les jours de la semaine. Je ne sais pas comment je trouvais encore la force de sortir et de faire la fête avec des horaires pareils. Mais j’y arrivais.

 

LE stage de médecine

Mes deux premiers jours se sont passés plutôt bien. J’étais avec une infirmière qui m’a adopté et une vieille aide soignante qui m’a dit cash « Les sages-femmes c’est toutes des putes (sic) ». Derrière il y avait cette vieille rancoeur liée à deux accouchements mal vécus. Il m’a fallut une bonne demi-heure, en refaisant des lits, pour commencer à la dérider.

C’est à mon troisième jour que les choses se sont gâtées avec une nouvelle aide-soignante. Même prénom que ma mère. Elle m’a repéré directement « Hep toi, l’étudiant sage-femme, t’es à moi la première semaine, n’oublie pas ! » C’est là qu’a commencé mon mini-calvaire.

Il semble, par une étrange tradition, que les aides-soignantes gagnent de droit la possibilité d’exploiter les étudiants sages-femmes, et il semble que ça soit comme ça. Pas de soins infirmiers : des lits, des désinfections, des plateaux à apporter et à ramasser, des sonnettes où courir.

Et comme tout, cela pris fin.

Un jour, deux étudiantes infirmières arrivèrent, et je n’entendu plus parler de cette aide-soignante. On a les bourreaux qu’on peut.

Je dois dire que ce tableau n’est pas glorieux, mais les aides-soignantes sont les gens les plus précieux que je connaisse. Il y en a des méchantes aigries, mais il y en a des biens aussi. 

Moi, j’aime beaucoup les aides-soignantes, auxiliaires et autres qui m’assistent au quotidien, et sans elles je serais parfois bien désemparé !

3 réflexions au sujet de « 5 ans dans le retro (18) »

  1. Anerick

    J’ai beaucoup aimé vous lire. Etre étudiant n’est pas chose aisée, heureusement il existe des personnes sachant nous mettre à l’aise et nous intégrer à l’équipe tout naturellement.

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  2. Jimmy Taksenhit Auteur de l’article

    @Anerick : Merci, ça me touche venant de toi. Ca va peut-être être les seules fois où je vais parler d’autre chose que de sages-femmes.

    @Mylène : Ca m’intéresserait beaucoup que tu développes ! C’est toujours intéressant de savoir comment fonctionnent les autres pays.

    Répondre

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