5 ans dans le retro (16)

A vrai dire, une fois passé le moment de la sortie de stage, j’hésite sur ce que je dois raconter. Les accouchements, c’est presque fini avant un bout de temps, je le crains. Nous sommes en janvier et il faudra attendre septembre. Et il s’en est passé des choses entre les deux.

Bon, après avoir regardé un ancien truc (un machin exhumé dans les tréfonds des interwebs), j’ai trouvé. La prochaine fois je vous parlerai d’associatif (un peu, parce qu’il faut bien, ça a fait beaucoup parti de mes études), mais pas là. Là je vais vous parler des ECOS. C’est un acronyme, je n’ai aucune idée de ce que ça peux vouloir dire. Internet me souffle un Examen Clinique à Objectif Structurés, mais ça n’a tellement rien à avoir avec ce que j’ai vécu que j’en doute.

Ce truc existe toujours, et surtout parce que ce n’est pas humain de s’entraîner sur les patientes et d’être noté dessus. Enfin, c’est l’hôpital quoi.

 

La première clinique du reste de ta vie

Toutes mes études j’ai eu peur de ces saletés de cliniques. Je ne connais pas la proportion de néophytes complets dans mon lectorat, alors je vais essayer de vous expliquer ce qu’est une clinique. En gros, dans les premières années, ça ressemble beaucoup à une Mise en Situation Professionnelle. Une monitrice vient en service, on fait un soins, on présente le dossier médical de la patiente et on essaye de donner un embryon de conduite à tenir. Après, il s’agit de réaliser interrogatoire et examen clinique avec présentation du dossier, jusqu’à la forme perverse entre toute de la clinique de DE où on vous pousse dans la chambre d’une patiente que vous n’avez jamais vu de votre vie, et il faut que vous soyez ressorti 20 minutes plus tard en ayant fait un interrogatoire, un examen clinique et en ayant un diagnostic, une conduite à tenir et un pronostic.

Ca va de la deuxième pare accouchée la veille qui va bien à la patiente qui a une maladie rare en grossesse pathologique avec un avis transfert en réa demandé pour l’après-midi, en passant par le prématuré avec une insuffisance surrénale en réanimation néonatale. C’est donc la grande joie.

Les ECOS, c’est la première de ces cliniques. Mais au lieu de faire ça avec des patientes, c’est un espèce de parcours du combattant avec des épreuves observées et notées par des monitrices aux indications cryptiques. Le tout se fait en tenue de combat, à 8h30, en plein hiver et sur des mannequins. Et il n’y a que des soins infirmiers. Parce qu’après 1 unique stage en salle de naissance sans réel poste de soin et une pratique anarchique, j’étais parfaitement armé pour affronter ça.

Non.

Mais bon, j’ai eu beau demander, supplier, argumenter, je n’ai eu que des fins de non recevoir. Mon nom était sur le papier, c’était ma faute si les anticorps n’avaient pas été là, et ça aurait perturbé le fonctionnement administratif. Bref.

 

Je me suis donc pointé ce jour là avec ma tenue de stage immaculée, mes cheveux attachés en chignons et l’envie d’en découdre. Ou de me pendre. J’avais aussi cette espèce de boule de stress dans le ventre qui ne me lâchait jamais avant un truc très important. On a donc tiré les ordres de passage au hasard et je suis passé troisième. Autant aller à l’échafaud tout de suite plutôt que d’attendre jusqu’à 12h30.

Donc, première épreuve, un calcul de doses avec un médicament inconnu. C’est des maths. J’ai un quart de feuille et un style, je fais mon calcul, j’écris mon résultat. Ca semble facile. La monitrice me mettra juste au dessus de la moyenne parce que je n’ai pas détaillé, mais bon. Pourquoi pas.

Je traverse donc la cours dans le froid et j’arrive au deuxième bâtiment où j’attends parce que ma collègue n’a pas fini de passer. Il fait froid, je suis presque à poil (en caleçon dans un pyjama de coton alors qu’il fait 5°C, si vous voulez des précisions) et j’ai hâte d’en finir.

Après une dizaine de minute je suis enfin à l’intérieur, la monitrice me regarde sautiller sur place de façon ridicule en essayant vainement de me réchauffer. Il y a là plein d’éléments d’habillages. L’intitulé : « Vous devez entrer dans la chambre de Mr X, qui est atteint de [insérer une maladie résistante balèze], habillez vous en conséquence. » Je me suis habillé et je me suis fait saquer. D’une part parce que l’ordre « était mauvais » et d’autre part parce que j’ai pris le mauvais masque. En effet, il fallait un masque bidule chouette de force 3 alors que j’avais pris un masque chirurgical. Ca me semblait bien, comme ça je n’aurais pas choppé son truc. Ben non. C’est la première et la dernière fois de ma vie que j’ai vu ces masques. Admettons.

Dans un élan de joie (la monitrice m’avait dit avec le sourire, « c’est bien » en marquant 8 sur sa feuille), je rentre donc dans la pièce suivante. On me dit de préparer un médicament à injecter. C’est l’épreuve que j’ai le mieux réussi, semblerait-il parce que j’ai vérifié que j’utilisais bien de l’eau pour préparation injectable et non pas du chlorure de potassium qui était mélangé, en vrac avec toutes les ampoules. Toujours une monitrice avec un sourire de façade. Pas de note, non, pas d’indice. Rien. L’expression d’un sourire social vide.

Dernière porte, dernière épreuve. Injecter mon intra-musculaire. C’est la première fois (et l’une des dernières fois). Je met ma présence invisible, je parle au mannequin qui me répond par la monitrice. Je me lave les mains, j’attrape sa fesse en plastique dur, je désinfecte et j’y vais. Pas de reflux (c’est ça, le secret) et j’injecte. La monitrice me dit que c’est bon et que je peux y aller. En même temps elle me fait un sourire et inscrit un zéro sur sa feuille. J’ai désinfecté une fois avec de la bétadine. Elle voulait que je le fasse deux fois avec de l’alcool. « Faute éliminatoire ayant entrainé le décès du patient » a-t-elle marqué avec le sourire.

Bah, est-ce si grave de rater une clinique ? Mais l’administratif, le protocole, ça c’est vraiment important. C’est ça qu’on m’a enseigné ce jour là. Car si on remplassait la rigueur administrative par le bon sens, où irait le monde ?

5 réflexions au sujet de « 5 ans dans le retro (16) »

  1. 10lunes

    Le parcours du combattant, j’avais pas testé pendant mes études.
    Mais une question me serre la gorge : ai je entraîné le décès de patients en désinfectant la peau à l’alcool (ouf !) mais UNE seule fois (drame !)….

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  2. ancolie

    Euh comment dire et les personnes agées vaccinées tous les ans contre la grippe à domicile après désinf (1 fois faut pas pousser) à la goutte ou à l’eau de Cologne (sur coton essuie-tout mouchoir en papier vieille compresse…)?
    Enfin ça c’était avant « la Grande Epidémie » et qu’ils refusent la vaccination ouf

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