J’avais commencé mes études en douceur. Un mois de retour à une théorie brute emaillée de TD divers : apprenez ainsi à faire une intramusculaire sur un bras en mousse mal fait, à perfuser un truc en silicone à 1800€ et à retirer les agraphes laissées par les années supérieur pendant leur cours de suture.

J’étais dans l’eupho… La félici… Bref, j’étais plutôt heureux dans mon quotidien d’étudiant inconscient. Mais je ne doutais pas qu’un prédateur rôdait en arrière plan, comme un loup dans slasher de série Z. C’était l’infirmière de la médecine du travail.

J’ai parlé dans mes premiers numéros d’une histoire de vaccin contre l’hépatite B. Si vous saviez comment une simple ligne sur un résultat de sérologie peut vous pourrir la vie, vous feriez vacciner vos enfants dès l’émergence de leur vocation. Moi j’avais 60. C’est pas mal hein. Ben ça suffisait pas, il fallait 100.

Donc l’infirmière du travail m’a rappelé un beau jour d’octobre pour me dire de repasser. J’étais inapte, j’ai eu un rappel sur l’hépatite B et les complications, et on m’a revacciné. Le  lendemain mes camarades de classes se faisaient toutes la bises pour se souhaiter un bon stage, et nous étions trois à avoir des vacances.

J’ai ainsi commencé mes stages avec trois semaines de vacances.

 

Des vacances en octobre

Que faire quand on est un étudiant pas trop fauché à Paris au mois d’octobre ? Sortir bien sûr !

Je sais que ce billet va vous frustrer.

En gros, je suis allé voir les chapeaux marrants, à leur apéritif hebdomadaire et j’ai suivi les gens en soirée médecine, pharmacie, dentaire. Des soirées alcoolisées, des lendemains désoeuvrées, l’argent qui brûle les doigts et cette drôle de tête que font les gens quand on parle de sa future profession. On reçoit des regards intrigués, des blagues graveleuses auxquels ont ri et on tente déjà de répondre aux attaques. L’exposé n’aura pas été fait en vain. J’ai des arguments et des connaissances et je les utilise quand quelqu’un raconte de la merde. C’est mon plus gros défaut peut-être, et je pense m’être un peu adouci ces derniers temps.

Les jours passent, les gens sont marrants. Les chapeaux marrants, j’ai bien envie de les rejoindre. Ils sortent beaucoup, boivent mais avec modération pour la plupart, ils ont des histoires à raconter. Et puis ils sont disséminé dans toute la France et j’ai besoin de rencontrer beaucoup de monde. Après une année de PCEM1, j’ai une soif de société presque inextinguible.

Et puis il y a ce premier conseil d’administration de l’Anesf. Réquisitionné d’office parce membre du bureau et parce que en vacance. C’est vrai que c’est plus simple. J’ai pris un genre de coup dans les dents ce jour là, après avoir apporté les courses à la fac. Il y avait des gens de toute la France, des étudiants sages-femmes qui s’y connaissaient et parlaient de L1 santé (à l’époque, on était encore loin de parler de PACES), d’associatif, de reconnaissance, mais aussi de leurs écoles partout.

Strasbourg, Reims, Rennes, Nîmes, Grenoble, Bordeaux, Poissy, Marseille, Lille Catho, Brest… Et combien de mec là dedans ? Presque 40%. Parce qu’en province il y a beaucoup plus d’hommes par promos. J’ai trouvé ça génial de me retrouver à une table avec des mecs d’autres écoles, même promotion que moi, et à parler de sage-femme, d’accouchements et de stages avec des étoiles dans les yeux. Quand j’y repense, il  y avait ces deux jours là un horrible côté politique, très malsain, dans ce CA. Mais je n’avais pas conscience de tout ça. J’étais aveuglé par les lumières. C’est beau les lumières quand on ne sait pas qu’on peut s’y brûler.

 

Vint ce jour de novembre, et la rentrée qui allait avec. Le plaisir de retrouver quelques copines, mon groupe, et aussi de les entendre parler de leurs stages. Moi, j’y était pas et je me sentais un peu à part en fait. Et puis, au cours de la première semaine, mon téléphone a sonné. Devinez qui c’était ?

 

Des vacances en novembre ?

Inapte. Une autre injection de vaccin, la même sensation de syndrome grippal le lendemain, et toujours à 60. Des anticorps mais toujours pas. Parfois, des vaccins ne prennent pas. Pas de stage pour moi en décembre, c’est décidé. Deux stages à rattraper, ma formatrice me dit que c’est limite mais que si un troisième s’ajoute, je redoublerai. Disqualifié d’emblée. Je suis retourné voir le médecin du travail qui m’a dit qu’il ne fallait pas prendre de risque, et que cette fois ci, il y croyait.

C’était donc reparti pour trois semaines d’associatifs, de chapeaux marrants, de soirées alcoolisées et de nuits sans lendemains. Bizarrement, il y a des filles que ça attire beaucoup, un mec sage-femme. D. était devenu mon parrain chez les chapeaux marrants et me vendait en soirée. « Ce mec, tu sais, il est étudiant sage-femme, il sait des trucs sur toi que tu ne soupçonnes même pas. » 

Cette période n’est pas un période très brillante, mais quand on n’a pas vécu pendant deux ans, on est heureux. Mine de rien, j’ai pas mal gagné de confiance en moi à cette époque. Cette drôle de société prône l’ouverture et n’est choquée par rien, ni personne. au pire, si on approche des limites acceptables en société, on nous rappelle un peu à l’ordre.

Et puis vinrent les fêtes et la première soirée. Ma soirée. Parce que l’orga, c’était moi, cette fois.

2 réflexions au sujet de « 5 ans dans le retro (12) »

  1. elly10

    Pourquoi 40% de mecs dans les assos alors que la profession compte plus de 90% de nanas….
    Peut être parce que nous sommes incapables de nous unir et de nous bouger pour notre profession sans se tirer dans les pattes les unes les autres?

    Répondre
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