5 ans dans le retro (10)

C’était ma fin de deuxième semaine. J’étais mignon et innocent. On avait eu le lundi la rentrée officielle avec discours du directeur de l’école à l’ensemble des promos, voir aussi les filles des années supérieures. Donc à la fin de cette deuxième semaine, après un cours d’hygiène long à mourir (heureusement que ça s’arrête à la fin du premier trimestre… 4 heures pour apprendre à choisir une poubelle), j’ai eu mon intégration.

Une intégration, ça commence par une après-midi au parc

Dans une douzaine de jour, le marronnier habituel reviendra sur les écrans de télévision. Les week-end d’intégration, le bizutage, les dérives, l’alcoolisme… Le genre de truc qui donne envie de prendre un L2 sur un bord de piste de danse pour lui dire « respectes-toi, bordel ! »Donc en attendant, je vais vous raconter le mien. J’étais jeune et innocent (hum !), ils nous ont massé sur une pelouse comme des brebis. C’était une belle après midi de septembre, il faisait encore beau. Il y avait là la promo du dessus. En gros, on m’a collé un t-shirt fuchsia trop petit et on m’a envoyé avec ma marraine sous un bras et ma grande-marraine sous l’autre pour remplir une série d’épreuves démentielles :

  1. demander un verre d’eau dans un bar
  2. demander de la crème pour les bouts de seins
  3. demander à une femme enceinte de bonne future sage-femmerie
  4. demander des capotes à des inconnus dans la rue

Encadré, donc, par deux étudiantes sages-femmes, je suis entré dans un bar tabac du coin avec mon accoutrement tape à l’oeil. J’ai ouvert la bouche bêtement, elles ont lancé un « Bonjour tout le monde ! » à la cantonade. Je me suis approché du bar, j’ai demandé à ce qu’on me remplisse mon verre d’eau.

Elles ont poussé un hourra et m’ont dit de me dépêcher parce que c’était une course. Ni une, ni deux, en esquivant quelques regards moqueurs, je suis entré dans la pharmacie attenante pour demander de la crème pour les bouts de seins. Il faut dire qu’à l’époque je n’avais pas vraiment notion de l’existence d’une crème pour les bouts de sein. Je suis donc entré avec un air gêné, le genre que j’ai eu la première fois que je suis allé acheter des capotes dans une pharmacie, et j’ai demandé cette crème. La pharmacienne m’a regardé avec un air d’incompréhension. Je pense les couleurs flashy et les deux filles en train de glousser derrière moi n’aidaient pas. Et elle m’a dit qu’elle n’en avait pas. Echec. Marraine m’a emporté hors de la pharmacie parce que « on va pas être dernier quand même ! »

Etape suivante donc, trouver une femme enceinte. Ce qu’il y a de bien, quand on se trouve à côté d’une maternité, c’est que les femmes enceintes ça court littéralement les rues. Celle là était avec une copine accouchée qui avait son nouveau-né en portage. Les filles l’ont attrapé et j’ai eu mon certificat. Par chance sa copine avait aussi de la crème pour les bouts de sein que j’ai récupéré sur mon bout de papier.

Coup double.

Bon, il s’agissait ensuite de trouver une capote. Non utilisée bien sûr.

Ma première cible a été d’aller voir un couple. Les couples se protègent, c’est bien connu. Donc je me suis avancé, je leur ai demandé, ils m’ont lancé un regard apeuré et sont partis en se retournant pour voir si je les suivais pas. J’allais pas les mordre pourtant.

Ensuite j’ai décidé de faire mon mec de base stupide. Je suis allé voir des mecs qui avançait sur un bout du boulevard et je leur ai demandé. Ils m’ont demandé pourquoi. Je leur ai montré d’un air entendu les deux filles avec des perruques qui me faisaient de grands signes.

Là, ils m’ont regardé avec un air d’incompréhension mêlé d’admiration. A l’époque je faisais quasiment 100 kg et j’avais les cheveux longs. Ils m’ont tapé sur l’épaule, m’en on passé trois « parce qu’il y en a une qui est espagnole, donc ça se trouve elle est périmée » et m’ont souhaité bonne chance pour ma soirée. Cris enthousiastes sur les bancs du jury.

Je suis donc arrivé avant dernier, j’ai donné mon verre d’eau à une fille avec un chapeau bizarre (y avait des pins dessus) qui l’a regardé avec un air de dédain, puis avec un tintement de grelot, l’a jeté sur la pelouse et m’a passé une bière.

 

Ainsi a commencé mon week-end d’intégration.

Et la suite jeudi.

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