5 ans dans le retro (30)
Quand j’y réfléchis, cela fait un bout de temps que j’ai démarré ce projet et, là, je suis au trentième épisode. Mon premier stage de sage-femme, quelque part. Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais en commençant. Je sentais juste qu’au moment où je finissais mes études j’avais besoin de revenir dessus et de pouvoir y réfléchir. Quelque part, je pense qu’à un moment, dans une vingtaine d’épisode, nous aurons tous assez de recul sur la situation pour écrire un vrai billet sur la « vocation », ce mot étrange que l’on veut me faire coller sur le dos quand, au détour d’un moment banal, quelqu’un me demande encore « Et toi, pourquoi t’as fais sage-femme ? » Je ne veux pas briser des mythes, mais il se trouve qu’à ce moment là, je n’étais même pas encore sûr de savoir dans quoi je m’engageais. Bref.
On ferme la grosse parenthèse.
Une journée pour changer, bienvenu aux urgences
Un jour, aux deux tiers de mon stage, je me suis dit que les consultations c’était marrant pendant quelques temps, mais que je voulais voir d’autres choses. Or, il se trouvait que la maternité où j’étais avait une sage-femme de jour dédiée aux urgences et que ma sage-femme me laissa avec sa collègue débordée le temps d’une journée un peu difficile. Elles en chiaient un peu, moi j’étais ravi.
Avouons le tout de suite, les urgences manquaient cruellement d’action. En fait les urgences obstétricales, c’est plus ou moins une dizaine d’heure de consultations concrètes mais répétitives (pour peu que la sage-femme des urgences fassent aussi les explorations fonctionnelles), et, parfois, il y a une étincelle d’imprévu qui rend l’ensemble incroyablement prenant. Genre la patiente qui arrive avec le SAMU avec… Rien. Mais c’est le SAMU quoi. Moi, on me dit « ya une patiente qui arrive avec le SAMU et des contractions« , je frétillais sur place, en me disant « This is it ! », ben… Non. A la rigueur elle avait des douleurs ligamentaires quoi, mais comme elle parle pas français et que sa belle famille ne comprenait pas, ils ont paniqués.
L’arrivée d’une patiente, comme ça, avec le SAMU, c’est loin de tout ce qu’on a vu à la télé. Ils arrivent avec un brancard, ils nous filent la fiche, on signe, ils nous la laisse avec une feuille qui dit ce qu’ils ont fait et ce qu’ils pensent que c’est.
Mais ce n’est pas grave, car quelqu’un arrive tout de suite « Il y a une femme qui fait un malaise, là, près de la maternité ! » Euh… Et bien non. C’est une femme enceinte avec, certes, quelques contractions, qui s’est assise pour reprendre son souffle. Pourtant on avait couru avec l’aide soignant et un fauteuil roulant pour la récupérer au vol, et on est revenu sous le sourire des six grands-mères tziganes qui squattaient la salle d’attente depuis la matinée (en répérage, ni vue ni connue), et qui trouvaient luxueux que l’hôpital publique envoie des gens avec des fauteuils roulant pour aller chercher les femmes enceintes qui vont à leur dernière consultation de grossesse.
Ma journée n’a donc pas été bien folle. J’ai vu deux mycoses, une infection urinaire, trois pertes du bouchon muqueux, une patiente en travail « pour de vrai » et un lupus. C’était facile, c’était marqué dessus. Parce que oui, les lupus, en vrai, c’est aussi beaucoup moins sexy que les urgences. Merci, la télévision, pour toutes ces belles idées que vous me mettez dans la tête par rapport à la médecine.
Les urgences obstétrique, c’est beaucoup de gens, peu de temps par patientes, des problèmes à régler, des histoires parfois cocasses, des échographies, beaucoup de bandelettes urinaires et de monitoring, et parfois de la vraie urgence.
Ce n’est pas une femme qui débarque en hurlant sur un brancard et qui accouche dans les bras du Dr Kowatch. Quelque part, c’est assez décevant…
C’est un peu ce que j’ai dû expliquer à ma sœur en rentrant chez moi ce soir là. Elle était aussi déçue que moi.