Chronique, troisième semaine d’avril 2014

Le retard de cette chronique est dû à moi, en garde hier, trop fatigué pour écrire. Désolé pour le laisser-aller.

C’est marrant, le temps. Tu éclates une bulle et paf, ça fait déjà 3 semaines. 3 semaines quoi, et j’ai peu de chose et en même temps tant de choses à en dire.

En fait, quand j’ai commencé ces chroniques, j’avais des choses à raconter sur mon quotidien, une espèce de projet au long cours. Le problème c’est qu’en 3 mois j’ai évolué sur le projet en question, et que ça a beaucoup moins de gueule de parler d’une maternité lambda de la région parisienne, que de parler de mon ex-quotidien de héros bonne-à-tout-faire dans un petit coin de brousse.

Genre j’ai pas de surnoms pour les collègues (j’ai beaucoup beaucoup trop de collègues), j’ai pas encore d’anecdote marrante et je fais presque plus les urgences. C’est triste et frustrant… Mais on s’en fout un peu, non ?

J’ai de plus en plus l’impression que ce passage du côté de chez @ambresf était une parenthèse, les 4 mois où j’ai vécu ailleurs et seul. C’était cool, mais quand j’en reparle, j’ai l’impression d’avoir vécu une espèce d’histoire secondaire dans ma vie, une épreuve initiatique qui a l’air floue. J’ai du mal à me rappeler de certains prénoms, certains faits commencent à ressembler à des légendes.

Je pourrais vous le raconter, vous ne me croiriez pas.

J’aime bien ma nouvelle maternité, j’y ai déjà piqué des fous rires extraordinaires. C’est une bonne indication de la qualité. Pour l’instant je n’aime pas les lits et je trouve qu’on pose les péridurales trop rapidement et il y a des centrales.

Je n’aime pas les centrales.

J’en ai déjà parlé un peu, mais il y a un côté qui me gêne, ces dérives où les obstétriciens peuvent se mettre derrière un bureau, scalpel entre les dents, attendant de voir en stressant ce qu’il adviendra des patientes en salle de naissance. Ou quand l’interne attends l’accouchement en cours, attendant religieusement que 30 minutes soient écoulées sur l’affichage pour entrer et faire son truc.

Je n’ai rien contre les médecins, j’ai juste peur des dérives. 

Je bosse dans un endroit où j’ai de bons chirurgiens, qui travaillent en bonne intelligence avec les sages-femmes. Ils ne donnent pas d’ordre, ils donnent des conseils, et ils ne rôdent pas en salle de naissance. Mais… J’aime pas les centrales quoi.

Bref, j’ai eu des gardes calmes, je suis encore là-bas pour quelques temps… Et la semaine est déjà entamée.

Bonne semaine à tous.

Chronique, deuxième semaine d’avril 2014

J’ai donc été lâché dans le grand bain de la salle de naissance, dans un nouvel endroit. Je me disais que j’aurais quelques histoires intéressantes, mais… En fait ça a été calme. J’ai fait un ou deux accouchements, j’ai essayé de faire mon boulot.

Au petit matin de ma dernière garde de nuit, une collègue de suite de couche m’a rapporté des éloges et, comme d’habitude, je n’ai pas trop su comment réagir.

Le but ici n’est pas de me jeter des fleurs. J’essaye de faire mon boulot en restant intègre à moi-même, Il y a des gens qui aiment ça, et… Et ça me trouble, en fait. Je n’ai fait que mon boulot. Le mieux possible, en y mettant mon cœur, mon ardeur et mes tripes, mais je n’ai fait que mon boulot. Au fond de moi il y a une espèce d’enfant gâté qui se réjouit en tabassant son Action Man sur un piano, mais il y a aussi une espèce de petite voix qui minimise le truc, qui me dit que j’aurais pu faire mieux et que…

Je ne sais jamais vraiment comment réagir : je prends un air un peu idiot avec un sourire stupide, je regarde mes pieds en rougissant et j’essaye de me souvenir de la patiente, de l’accouchement. Ensuite mon esprit me rappelle que ma prise en charge n’était pas parfaite. Trop académique, trop peu aussi. C’est compliqué, aussi, de s’offrir de la liberté dans un cadre aussi étroit. Il faut que j’apprivoise les aides-soignantes et le matériel, que je m’offre un petit temps pour réfléchir à la meilleure façon d’optimiser mes postures avec ces tables d’obstétriques qui partent du principe qu’une femme accouchera en position gynécologique. En fait, les jeunes diplômées dont je parlais la dernière fois font leurs accouchements en position gynécologique. C’est fou comme on oublie les normes quand on a bossé seul.

Quelque part, l’autonomie que m’offrait la maternité de Bledpaumé me manque un peu. Personne ne regardait derrière mon épaule pour me dire comment faire mon partogramme, que j’aurais dû sonder plus tôt, que je tardais ou ne tardais pas à rompre. Les collègues ont toujours une petite tendance à s’enquérir de l’avancement des diverses activités de la salle (et je fais pareil, ne serait-ce que pour savoir si ça commence à chauffer beaucoup ou pas), mais on a tous aussi une tendance à donner un conseil. « Oh, moi j’aurais rompu/attendu »« Elle est pas géniale sa dynamique, je mettrais un peu de synto si j’étais toi. » C’est du classique, c’est souvent bienveillant mais…

Quel part ça me gêne.

Et en même temps, l’autonomie que m’offrait la maternité de Bledpaumé ne me manque pas, parce que j’aurais voulu avoir parfois l’avis de mes collègues à 2h30 du matin, pour être sûr que je ne faisais pas une connerie. Etre seul, cela implique devoir apprendre à faire des choix et apprendre à prendre des décisions. C’est compliqué à apprendre de nos jours, donc je ne regrette pas d’y être passé.

 

Cette semaine j’ai commencé à écrire sérieusement le scénario de mon premier roman. Quand je dis « sérieusement », c’est que je consacre tous les jours une bonne demi-heure/une heure au moins à écrire toujours la même chose en pré-production, sans me lancer dans une rédaction de tête brûlée. J’ai dis à ma chérie qu’elle aurait le premier jet en Septembre… Et je vais essayer de m’y tenir. Ca me laisse 1 mois et demi pour faire la pré-prod, et presque 3 mois pour la rédaction. J’espère que je m’y tiendrais, mais en tout cas, on va en reparler.

Bonne semaine.

Chronique, première semaine d’avril 2014

Cette chronique est douloureuse à sortir. Je n’ai pas envie d’écrire en ce moment, parce que je lis des bouquins sur le sujet pour m’améliorer, et l’assimilation n’est pas facile. Je remets beaucoup en question ce que je fais, je réfléchis pas mal, et ce que j’écris ne me plait pas.

Bref.

J’ai commencé à bosser, et ça m’a fait du bien. C’est une maternité d’Île de France assez sympa et conviviale, avec une charge de travail conséquente, mais une ambiance familiale. Il y a des photos et des faire-part sur les murs un peu partout, des relations assez informelles entre les gens et des « vieilles » sages-femmes.

Je vois déjà les filles qui s’agitent devant leur écran, là, quand je parle de vieilles sages-femmes. Ben oui. A mon échelle, plus de vingt ans de carrière, c’est dix fois mon expérience pro, donc c’est vieux. Expérimenté au moins.

J’aime bien ces doublures. Quelque part, ce sont de rares moments où je peux me placer en position d’apprentissage actif, recevoir le tutorat clinique de sages-femmes plus expérimentées, sans avoir à me soucier de gérer des patientes sur ma garde (parce que, fondamentalement, ce n’est pas ma garde).

Pour l’instant je suis plutôt positif sur ce nouveau boulot, mais je pense que je suis en phase lune de miel. Je n’ai pas de raisons de voir le négatif. Si ? Ma chérie pense que mon avis sur un service n’est de toute façon pas valable avant un trimestre.

Ouais, je sais que je me fais des films et que j’idéalise. Je ne suis pas encore tombé sur l’anesthésiste crétin, le pédiatre « Quoi ? Venir à cette heure là ? Ca peut attendre demain non ? » ou le gynéco tyran. J’ai juste vu les sympas, et pas de nuit. Et je n’ai pas affronté les urgentistes. Ca, ça va attendre mes gardes de nuit, je pense.

 

La reprise du travail m’a bien fatiguée, j’ai renoncé à publier l’article du jeudi que j’avais écris. J’en ai déjà un peu parlé la semaine dernière, mais je n’ai pas encore trouvé l’angle d’attaque qui le rendra percutant.

C’est marrant comme l’esprit peut se bloquer quand on le force.

Bref, vous l’aurez quand il sera prêt, et quand je serai inspiré. Ou alors vous en aurez un autre sur un tout autre sujet. On verra !

Bref, ces chroniques se raccourcissent à vu d’œil, mais je n’ai pas envie de tirer à la ligne.

Bonne semaine.

Chronique, dernière semaine de mars 2014

D’un certain point de vu, rien dans cette chronique ne sera vraiment différent de ce que j’ai écris la semaine dernière. En effet, j’ai fait assez peu de choses. J’attends.

Mais je ne peux pas me permettre de mettre un point final à mes élucubrations chroniques après moins de 50 mots. C’est comme si je tenais un journal et que j’essayais de m’en tirer avec un simple « RAS ». Ce n’est pas ce que vous voulez.

 

En milieu de semaine, j’ai rencontré l’équipe qui m’accueillera si mon corps a produit des anti-corps. J’ai trouvé un plan de secours s’il ne l’a pas fait, ça s’appelle « Ah, créature démoniaque de la médecine du travail, j’ai ressorti mes vieux dossiers, tu fais moins le malin, hein ? Hein ?! » L’équipe est super, super sympa, les gens sont des crèmes, la paperasse a l’air de ne pas être une saleté absolue (sujet récurrent, toujours) et… Je sais pas, l’ambiance a l’air cool je trouve.

Je commence cette semaine avec un peu d’intégration, et j’attaque avec un vrai planning en avril. Merci quoi. Merci. Enfin.

Mine de rien, ne pas travailler me rendais presque dépressif. Et pour vous, c’est moins drôle à lire. Comment je peux être sérieux deux minutes si mon lectorat n’a pas ce qu’il cherche : de l’histoire de sage-femme avec du sang, de la gloire et des réflexions éthiques ?

Autant dire que j’ai vraiment hâte de commencer !

 

Vendredi j’ai écris un article qui marche plutôt bien et j’ai eu des retours positifs. J’ai l’impression de faire des progrès dans mon écriture, de sortir des choses plus calmes, maîtrisées. Ça me donne une espèce de satisfaction…

 

Et ensuite, on a profité de l’absence de mes parents pour faire la fête. Des soirées posées. Et je me suis rendu compte d’un truc : je ne veux plus parler d’obstétrique en soirée. Enfin, disons que j’aime beaucoup la discussion entre sages-femmes parce qu’on a une base d’éducation commune ; avec les autres, ça dérape toujours. Le côté parfois un peu réac qui ressort, ou les questions qui m’énervent… En fait, c’est presque plus simple de botter en touche.

Pourtant j’adore parler de mon boulot, j’adore parler de ce que j’y vis. J’en parlais avec un pote dentiste, et il m’a dis qu’il avait le même problème : impossible de parler de ce qu’il faut dans une soirée à des inconnus sans avoir leur historique médical complet, les accouchements ou les dents de sagesse. J’ai essayé de dire que je « travaillais à l’hôpital » sans trop de précision, mais il y a toujours quelqu’un pour me trahir. Genre ma sœur, souvent.

Quelque part, c’est un sujet que je voulais déjà évoquer un peu, sans trop savoir comment, la semaine dernière. Quand on parle d’obstétrique et de sage-femmerie avec les autres, on oublie parfois qu’il y a un gouffre qui nous séparent. Ce que j’ai comme expérience professionnelle au quotidien ne parle pas forcement à tous de la même façon, et certains éléments peuvent être perçu avec une espèce de distorsion. Je trouve que c’est un peu ce qui s’est passé avec les derniers articles de 10lunes.

Je me rends compte que ma réflexion n’est encore qu’à un stade de brouillon sur ce sujet. J’ai l’impression qu’on touche un truc. C’est encore vague, mais…

 

Bref, sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une bonne semaine.

L’intimité de ta moitié

Il y a une chose que je déteste avec internet : ça va trop vite. Beaucoup trop vite.

Disons que j’ai reçu ça,

Et que j’ai bordel de vomi ma fureur d’un seul coup. Puis j’ai partagé, et j’ai vu que la fureur du monde continuait autour, et je me suis dis que j’allais écrire un article, puis que non, puis que ça pourrait être mauvais, puis que…

Et au moment où j’ai commencé à écrire cet article, celui que vous avez juste sous les yeux, je me suis souvenu que les gens étaient sans doute passés à autre chose, parce qu’internet.

Il suffit parfois de juste s’arrêter un moment, de faire un pas en arrière et d’attendre un jour ou deux. Et passé ce temps nécessaire, j’ai décidé d’écrire quand même.

 

J’ai une vague tendance à m’énerver sur les questions de genre, parce que je me retrouve au milieu du truc plus que la majorité des gens que je connais. Je suis une espèce de minorité trop écoutée, montrée comme exemple parce que minoritaire, vaguement choquante et pourtant relativement attendrissante. Je suis aussi emmerdé par les « Les mecs sages-femmes, c’est tous des loppettes ! » que par les « D’ailleurs, pour mon deuxième j’ai eu un homme et c’était sympa aussi. »

Ces deux catégories mettent en avant leurs préjugés sur mon vécu, sauf que mon vécu m’appartient. Comme le corps des femmes, dont je prends soin, leur appartient à elles. Notez la transition de ouf, quand même.

 

Le corps des femmes

Les corps féminins sont bizarrement l’enjeu de guerres farouches qui durent depuis des siècles, si ce n’est des millénaires.

Entrer dans le monde étrange de la gynécologie-obstétrique, c’est apprendre qu’une partie des gens « formés » considèrent qu’un vagin n’est qu’un conduit facile d’accès, que des gens vont plaquer leur vécu (de menstruation, de fécondité, de sexualité, de maternité, d’allaitement) sur les femmes qu’elles/ils verront défiler tous les jours pendant toute leur vie. C’est apprendre qu’une grande majorité de professionnels refuseront une stérilisation à une femme « parce que si jamais vous changez d’avis/si votre mari meurt et que le prochain veut des enfants ».

Ne partez pas en courant, on a juste effleuré le problème.

Il y a les actions qu’on a le droit de faire dans « le plus grand intérêt de l’enfant à naître ». Il y a le fait de classer les femmes enceintes comme « personnes vulnérables », comme les mineurs, les handicapées, les gens qui ont des problèmes psychiatriques.

Ben oui, la femme enceinte, si on réfléchit avec patriarcalisme, c’est jamais qu’un vaisseau pour porter la génération suivante. Et la femme, c’est jamais qu’une femme enceinte avec un utérus vide. Donc quand on se marie avec une femme, est-ce qu’on achète quelque part ce corps pour porter sa semence ? Est-ce qu’on a propriété ? Non. Jamais.

Le corps des femmes, c’est un peu l’objet de discorde ultime. Trop précieux, quelque part, pour que la personne qui l’habite 24h/24h puisse en être totalement responsable. Le contrôle du corps des femmes, c’est le contrôle de la population et des générations à venir. C’est pour ça que les réactionnaires ont peur de ce que les femmes peuvent faire de leur corps, qu’ils n’admettent pas les débats sur le genre et qu’ils militent contre les libertés fondamentales des femmes.

Je m’égare, saint Lazare, revenons à notre sujet.

 

J’ai vu des gens s’amuser à hurler sur @papamoderne pour lui dire « Oh mon dieu c’est mal ce que tu racontes », puis des gens hurler sur les premiers « Oh, mais c’est la liberté d’expression, nazi va ». Et Twitter est devenu une cours de récréation, encore.

A un point ou à un autre les réseaux sociaux finissent toujours par devenir une cours de récréation évoluée, de toute façon.

Bordel, si vous voulez avoir un débat, vous avez des blogs et vous pouvez développer une argumentation. Faites le, merde quoi. Ouvrez-en un au pire. On viendra poser des commentaires. Ou pas.

Bref.

Moi, j’aimerais lui dire, à @papamoderne qu’il n’a pas à être jaloux ou gêné, parce que ce n’est pas son corps et qu’on ne pratique pas le même sport. Que, même si je suis un confident, même si je travail dans la zone d’intimité de sa chérie, je n’ai pas vocation à entretenir un rapport sexuel avec elle. On va y revenir en conclusion, mais il faut déjà que les pères se mettent ça dans la tête.

J’aimerais surtout lui dire que ce n’est pas mal d’exprimer ce malaise, cette vague impression d’intrusion dans une partie de l’intimité qu’il partage avec sa moitié, et que justement, pour ça, c’est pas mal les mecs sages-femmes.

J’ai été dans ce pays patriarcal où la société m’a foutu des idées dans la tête qui me font maintenant vomir. J’ai dû m’anti-éduquer, un peu seul, un peu forcé, pour apprendre à ne plus rien juger ; qui plus est pour apprendre à ne plus prendre personnellement les pères qui, justement, se sentiraient mal à l’aise avec moi. Et parce que j’en suis revenu, si tu as l’impression qu’il y a un malaise, on peut en parler ensemble. C’est mon boulot aussi de m’occuper des hommes qui deviennent des pères. Je suis un passeur, et les passeurs transforment les gens.

 

Le droit de réponse de « ce garçon »

« Et pendant que tu nous narres ta rencontre avec UN étudiant sage-femme, moi, j’ai pensé au quotidien de ce garçon, aux difficultés qu’il rencontre pour apprendre son métier. Alors que s’il est des métiers qui demandent une putain de vocation, celui-là en fait partie. »

Merci. Et merci pour le sexisme ordinaire, auss.

Je sais que ça partait d’une bonne intention, mais ça n’est pas bon. Ca sonne faux. J’ai été ce garçon, et les vraies difficultés qu’on rencontre au quotidien, c’est justement ce regard des autres.

C’est gentil, mais en fait, je n’ai pas eu de difficultés spécifique.

Je vous arrête avant que vous ne dégainiez les commentaires : apprendre à être sage-femme est très très compliqué.

Je n’ai pas fini, je n’aurais jamais fini. Pas parce que j’ai un pénis (ou parce que je n’ai pas d’utérus), mais surtout parce que c’est un métier incroyablement dense, exigeant et prenant. Il vous prend à l’entrée et vous passe à l’attendrisseur. Si vous aviez des croyances pré-existantes, il va falloir apprendre à les oublier.

Je pense que tout le monde a le potentiel pour être sage-femme : homme, femme, vélociraptor à l’intellect supérieur. Je pense que ça sera difficile pour tout le monde, choquant parfois, enrichissant toujours. Je pense par contre qu’il y aura des personnes qui auront des difficultés en plus, et ce sans préjuger de sexe ou d’espèce ; parce qu’il faudra accepter de voir des choses dure, de lutter pour le meilleur intérêt de ses patientes et se relever tous les matins, même si parfois c’est dur.

Mais mon quotidien a été celui d’un étudiant médical : j’ai eu des gardes de merde, j’ai eu des moments extraordinaires, j’ai aimé et détesté ma vie, plusieurs fois, en alternance. J’en ai parlé, j’ai écris.

Et ma vocation, je l’ai forgée. On ne commence pas sage-femme, de nos jours, avec une vocation en acier. Pour s’accrocher, on doit tous trouver des éléments. Et parfois ce qu’on investissait au départ ne suffit pas, ou n’est pas adapté.

Je pense qu’on ne doit pas parler de vocation, je pense qu’on doit surtout parler d’amour. Je n’ai jamais ressenti « l’appel des parturientes », mais j’ai toujours profondément aimé mon travail. Dans les bons et dans les mauvais moments. Je me suis senti utile et ma vie a pris un sens.

 

Mais cessons la digression

Je n’ai pas aimé chacun des articles pour les raisons que j’ai évoqué. J’ai déjà dis que je trouvais le débat stupide, mais bon, ceci étant dit, commençons à parler du sujet de la discorde, mes doigts dans le vagin de mes patientes.

Je mentirais si je disais que mes débuts ont été aisés et simples… Le plus simple pour dédramatiser ça a été d’en parler avec les filles de ma promo et d’autres étudiants : ce n’est facile pour personne d’aborder le sexe de quelqu’un d’autres. Le plus surprenant, ça a été de voir que pour elle aussi, même pour les lesbiennes, même pour les filles à l’aise avec leur corps.

Je dois même dire que mon stage d’urologie a été pour moi une vraie révélation en la matière, une espèce de passage de l’autre côté du miroir. Je me disais au départ que mon malaise à toucher le sexe de quelqu’un d’autre avec des gants était dû à ce que je touchais le sexe d’une femme et que mon hétérosexualité était mise à mal.

Et bien j’étais con et je me trompais. Le même malaise était présent avec le sexe des hommes pendant que je faisais des pansements sur leur verge ou que je manipulais leurs sondes. Au moins aucun n’eût d’érection réflexe, mais c’était compliqué d’être en contact avec des éléments corporels associés à beaucoup de symboles.

J’ai compris ce jour là, que c’était gênant pour moi et pour mes patients, que ce n’était pas une question de genre et que la pudeur était quelque chose d’universel. Ma formation m’a appris à faire la part des choses entre ce qui se passe dans le box de consultation et ce qui se passe dans mon lit.

Il faut dire que c’est compliqué d’avoir le moindre fantasme ou la moindre projection quand on examine un sexe, quel qu’il soit, avec des gants en plastique ou un doigtier, dans une chambre, devant 2 ou 3 personnes (la patiente, le mari, le professionnel formateur, plus ou moins l’externe), avec des appareils qui font bing et la lumière crue des néons, en parlant d’allaitement, de mycose, d’accouchement ou de ce drôle bouton rouge qui brûle.

Je vous met au défi d’y arriver. Sauf si vous avez un fétichisme bizarre, là ça vous regarde. Il y a des sites spécialisés pour ça. Je sens que le « fétichisme bizarre » va encore attirer plein de requêtes google stupide sur ce blog.

 

Cela ne me fait pas plaisir, cela ne me dégoutte pas. Quand j’examine une patiente, je lui demande toujours son accord à elle, et je lui explique pourquoi je veux le faire. Je sais entendre un refus. Si cela me semble important de le faire, j’argumenterais.

J’ai failli écrire un article sur ce sujet précis il y a quelques semaines, quand j’ai entendu Michel Cymès expliquer en plein journal de la santé qu’un toucher rectal était délicat, alors qu’un toucher vaginal était un examen banal.

Ce n’est jamais banal d’introduire deux doigts dans le sexe de quelqu’un d’autre. Dans le corps de quelqu’un d’autre, d’ailleurs. Si on le fait c’est parce qu’on a une raison valable, pas parce que ça nous amuse. Je réfléchis toujours pour savoir si cela a un intérêt, je l’explique et, quand cela devient un geste inutile, je l’explique et je ne le fais pas. Parfois les patientes demande l’examen ; je peux l’entendre. Je pense qu’on a éduqué les femmes pendant trop longtemps à considérer ça comme « normal ».

Ce que ça doit vous dire, c’est que c’est beaucoup plus complexe qu’un simple « il met deux doigts dans la chatte de ma femme », mais qu’on peut en parler si cela vous pose un problème.

 

Edith a trouvé quelqu’un qui nous a fait le velociraptor à l’intellect supérieur sage-femme, et je trouve qu’il est trop classe, alors je vous le met en fin d’article.