Good night, sleep tight

« Il est beau hein. »

« Ouais, il est beau. Attention à sa tête, faut la tenir correctement si on veut avoir un bel effet. Attends, t’as une compresse pour son nez ? »

« Oui, j’ai ça. On le met dans un berceau ? »

« Hum… Bonne question. Ça peut-être être bien un berceau avec des langes. Les parents ont pris des vêtements ? »

« Non. Je crois que ça a été un peu précipité… frotte J’ai pas réussi à bien nettoyer les cheveux. J’ose pas frotter trop fort non plus. »

« Ça serait dommage. On peut faire un petit bonnet en jersey sinon. »

« Il est vraiment beau ce bébé quand même. »

« Oui. Il est beau. »

Nous restons quelques instants à regarder notre oeuvre.

« T’as de quoi faire un cocon ? Tu sais en pliant une taie d’oreiller ou un truc du genre ? »

« Ah, oui. Bonne idée. Ca tiendra le cou. »

« Attend, je vais faire des photos aussi. T’as eu le temps de faire les bracelets ? »

« Pas vraiment. On a beaucoup couru ce matin. On verra après non ? »

Je pose le bébé dans le berceau, j’arrange sa tête pour que la bouche tienne fermée. Comme ça il a l’air d’un nouveau-né endormi.

« Il y a personne dehors, je peux sortir ? »

« Attends… Oui, c’est bon. »

J’emmène le berceau. Il faut juste traverser la salle de naissance, mais on ne sait jamais. Je toque à la porte, je prends une grande inspiration. C’est une rencontre unique, mais importante. Il faut que tout soit parfait.

J’ouvre la porte et pousse le berceau devant moi.

« Le voilà. » Je dis ça simplement, en approchant le bébé dans la lumière naturelle qui filtre doucement à travers les stores.

« Il est beau. » dis sa mère. Une larme coule.

Le père regarde, puis se cache le visage derrière la main. Je mets la mienne sur son épaule, et je la serre. Il est en fuite, en quelque sorte. Il a presque tout refusé. Je crois qu’il veut oublier ce moment, partir le plus loin possible. Je comprends. Je sais que ça n’est pas la solution.

« Je… Je peux le prendre ? » demande sa mère.

« Oui, oui ! Bien sur. C’est votre bébé ! »

Je les laisse un instant avec le corps de leur enfant. La salle s’est calmée. Il me reste encore des points à aborder avec eux : l’autopsie, l’état civil, les obsèques… Pour l’instant je vais essuyer quelques larmes aussi, et il me reste une autre patiente.

Humanocentré

Stade : peut-être un peu plus loin que la page blanche.
Motivé, motivé, il faut rester motivé.

 

J’ai décidé que je n’allais pas sombrer dans la morosité. J’avais commencé un billet qui ne paraîtra pas où je pleurnichais sur ma vie de sage-femme précaire. Je suis dans une merde financière assez balèze, mais ça ira mieux. C’est au fond du trou qu’on peut regarder le ciel.
Cette phrase est nulle, tant pis.

Nous sommes en 2015 depuis un peu plus d’un mois et j’ai eu un moment envie d’annuler le changement d’année pour retourner en 2014. Finalement, 2014, c’était pas si mal. Je pouvais encore me dire que je venais d’avoir un appartement sympa et que je pourrais me laisser aller un peu à de l’insouciance. Et puis vous savez ce que c’est : la vie vous fait un croche-pied, vous avez l’impression que votre vieil oncle bizarre est mort et la cours des comptes peste sur les petites maternités. Parce qu’elles sont pas assez rentables/pas assez sécurisées/pas assez fournies en personnel (rayez la/les mentions inutiles). L’ordre des sages-femmes décide de radier une fille courageuse qui fait de l’accouchement à domicile, parce qu’elle pense autrement. Et puis la France découvre que certains professionnels médicaux peuvent être peu soucieux du consentement des patient.e.s.

Alors le toucher vaginal au bloc parlons-en. Je l’ai déjà vu faire,  je vomis la mentalité qui se trouve derrière, je pense que c’est stupide, je pense qu’on peut faire autrement et je pense que ce débat, si enrichissant qu’il soit, est un poil superficiel quand même.

Quand on veut faire ça bien, on annonce son plan, obligé quoi.

 

J’ai déjà vu, j’en avais d’ailleurs parlé (je crois) des externes examiner des patientes endormies au bloc. C’était mon stage de bloc opératoire, cela ne concernait que les interventions par voie basse (curetage, hystérectomie, séparation de cloison etc) et, même si cela m’a intrigué que l’externe attende que la patiente dorme au lieu d’aller apprendre en consultation, ben j’ai laissé faire. J’étais une espèce d’intrus, à l’époque, et je me disais que de toute façon on allait passer une heure à trifouiller avec un spéculum dans ledit vagin, et que deux doigts introduit avant par quelqu’un qui allait instrumenter l’intervention ne changerait pas grand chose.

C’est ce qu’on appelle l’esprit de bloc. « La patiente est là pour qu’on fasse des trucs dans son vagin, si l’externe peut examiner avant, alors pourquoi pas. » En général, l’idée n’est pas de s’embarrasser avec ce que peuvent penser les patientes. D’ailleurs, certains professionnels répondront naturellement que les gens viennent à l’hôpital publique et que les étudiants doivent apprendre. C’est le contrat tacite.

Je trouve bien que les étudiants apprennent.

Je pense juste qu’au moment où ils font cet examen, il y a quelque chose qu’ils n’apprennent pas et qui est pourtant une chose essentielle : derrière cette personne qui va être opérée se cache un être humain qui, alors qu’on le prive un peu de sa dignité, n’a pas en plus besoin d’être réduit à un organe.

Il y a une espèce de facilité à mettre de côté les personnes.

J’ai vu, une fois, une néphrectomie. C’était intéressant, en tant qu’opération, et en tant que technique. Il ne suffit pas de mettre un coup de bistouri, de chopper l’organe et de le sortir. Il y a toute une série de tissus à débroussailler avant, des vaisseaux à fermer… Au moment où le chef de service qui a lutté sur la capsule rénale pendant trois quarts d’heure sort enfin l’organe malade et en détaille l’anatomie aux étudiants présents, beaucoup se fiche de l’indication, du fait que l’on est en train de soigner quelqu’un. Ce qui a l’air cool, c’est le geste, la technique.

« Vas-y, examine, elle a un utérus retroversé, c’est pas tous les jours que l’on sent ça aussi bien. »

J’apprends régulièrement à des étudiants à faire un toucher vaginal. Cela peut-être des externes, des internes ou des étudiants sages-femmes. Je leur apprends avec l’accord de mes patientes (qui déjà sont d’accord pour être examinées), avec ou sans anesthésie (parce qu’une bonne partie des patientes que j’examine sont anesthésiées tout de même) et surtout avec une direction. Il n’y a pas de sens à apprendre un examen clinique quel qu’il soit sans être supervisé par un professionnel. Apprendre à faire un examen gynécologique dans ces conditions reste le meilleur moyen de savoir ce qu’on examine, comment on examine (genre, avec du lubrifiant, toujours) et surtout à savoir comment la personne le ressent et pourquoi on le fait. Cela rentre dans une pratique globale, et c’est cette pratique que l’on doit enseigner.

 

Je pense que le véritable enjeux des tribunes qui ont fleuri ça est là, de l’indignation qui monte, ce n’est pas juste une histoire d’examen non consenti au bloc opératoire.

Est-ce que c’est un viol… C’est plus compliqué. Le viol fait entrer en jeu la notion de violence, contrainte, menace ou surprise. Je laisse ce débat aux juristes. 

Je pense que l’enjeu dont on parle, auquel on peut aussi lier la cours de compte et son dernier rapport, c’est de savoir ce que sont les patients dans les hôpitaux. Des bouts de viande, ou des gens ? Je me bats pour que mes étudiants demandent la permission d’examiner les femmes enceintes. Je ne sais pas ce qui me déprime le plus : que je doive le leur rappeler, ou que les patientes l’ai parfois intériorisé ?

Parfois je me dis qu’on devrait, plus que l’éthique ou le consentement, enseigner à tous que les patients en face d’eux sont des êtres humains. Le reste viendrait sans doute plus facilement.

 

Motivations

Stade : pré-prod
Motivé, quoique.

Je me donne une heure pour essayer de comprendre avec vous ce qui est en train de se passer ici. Bienvenu en 2015. Ce blog a 3 ans et je suis presque incapable de vous dire ce qu’il fait là, ce que je fais là. Je l’ai ouvert comme un carnet, vide, et j’ai commencé à noircir des pages avec ce qui me tenait à cœur, avec des récits professionnels.

Je suis classé sur une liste comme un blog médical, mais je me demande si j’ai encore droit à cette étiquette. Je ne produis pas de fiches, je parle maintenant assez peu d’obstétrique. Je pourrais utiliser la vieille excuse du temps qui me manque entre mes gardes, de ma vie privée qui me bouffe trop. Mais non, ce n’est pas la réalité.

La réalité, c’est que je n’arrive pas à me motiver pour écrire ce blog. J’écris d’autres choses, je noirci des pages et des pages avec une encre bleue et un stylo plume (d’où le « pré-prod » que vous voyez en haut) avec un projet de bouquin que je tire depuis trop longtemps.

Je n’arrive plus à me motiver, et en même temps j’ai peur. C’est stupide, mais je me dis que si je raconte une histoire, parce que c’est moi, et sans trop la romancer, alors mes collègues sauront. Je ne veux pas que ça se sache, quelque part. Je suis bien dans mon anonymat factice, à m’imaginer pouvoir encore raconter ce que je veux sans qu’on m’emmerde. Sauf que. Sauf que cette idée me retiens d’écrire., donc je ne suis pas libre de raconter ce que je veux. C’est une pensée vicieuse.

Je viens de quitter un boulot, je suis en route pour un autre. Je quitte presque à regret une structure qui fait de gros chiffres, avec beaucoup de boulot, de turn-over. J’y allais en me disant que la structure inhumaine me servirait de terrain d’entrainement, et j’ai découvert que même une usine peut rendre son humanité à la naissance si les professionnels le veulent. C’était une bonne maternité et je suis content d’y avoir travaillé, d’avoir été un des petits rouages. Parce que c’est ce qu’on est tout de même : un rouage, une espèce de variable d’ajustement économique. Mais pas seulement, et c’était agréable.

 

J’ai mis sur ma cheminée quelques trophées, de quoi me motiver les sombres jours d’hiver à venir. L’hiver vient, et l’année dernière n’était qu’une secousse annonciatrice. Knackie en parlait il y a peu de temps sur Twitter, mais mes trophées préférés sont les faire-parts et encore mieux les lettres de mes patientes. L’alcool, les chocolats, les loukoums, c’est bien, mais les faire-parts restent et les lettres sont une variété bien personnelles. Je les ai lu, mais je les laisse dans leur enveloppe, bien au chaud. J’ai parfois peur de les ressortir, parce que, parfois, elles contiennent des choses très intimes.

Ce sont des preuves que ces femmes ont accouchés en ma compagnie, que je les ai servi et qu’elles gardent un bon souvenir de cette épreuve. Ce sont mes galons, les preuves que je suis monté en grade au fil du temps, que je fais bien mon boulot. Quand viennent les heures noires, et les moments difficiles, je peux regarder ma cheminée et ces enveloppes fermées me rendent ma motivation.

Daily grind

Il y a des jours où tu te sens si fort que le reste semble anecdotique, que les flèches et les coups d’une tragique infortune ne sont que des gouttes éparses sur ton toit de tôle. Tu sors de garde avec un sourire à faire crever de jalousie les honnêtes gens qui vont bosser un lundi matin ; tes patientes t’ont fait tellement rougir à coup de compliments que tu te demande si c’est de toi qu’on parle ou si les hormones et l’émotion leur ont retourné le cerveau.

Et le lendemain tu peux avoir l’impression d’être la pire merde du monde.

Tout gagner, tout perdre, relancer les dès. Parfois pendant la même journée.

 

Il y a presque deux ans j’avais écrit un billet de noël. J’étais heureux d’avoir un boulot, même si ce n’était qu’une série de vacation (j’ignorais, à l’époque, que j’allais le perdre une semaine plus tard et que j’allais galérer pendant plusieurs mois avant de retrouver quelque chose).

J’avais écrit cet article en sachant que j’étais déjà naïf. Je ne savais pas encore à quel point. Je ne pouvais pas savoir. J’avais fait une petite dizaine de garde, j’avais connu une petite vingtaine d’autres sages-femmes, une poignée de gynéco-obs et de cadres.

Maintenant que j’ai roulé ma bosse un peu plus, je vais pouvoir en parler un peu plus.

Je travaille depuis deux ans dans un monde hostile. L’hôpital, c’est ce combat perpétuel entre l’urgent des situations quelles qu’elles soient et l’immobilisme de l’institution. Les choses ne changent pas vite (à mon échelle) et il faut accepter de se revenir sur soi pour s’adapter à l’institution. L’institution n’aiment pas les moutons noirs, elle préfère les voir déguisés en mouton blanc, suivre le groupe et baisser la tête.

J’ai appris pendant mes études qu’il fallait rester intègre, droit et ne pas se trahir soi-même.

J’ai appris pendant ma vie professionnelle que l’intégrité est une flamme qu’il faut enfermer au plus profond pour pouvoir se réchauffer les mauvais jours. Il faut apprendre à serrer les dents et à prendre les coups, parce que mes patientes ont parfois besoin que quelqu’un affronte un médecin acariâtre à leur place.

J’ai travaillé avec des gens géniaux, des sages-femmes qui m’ont appris plus que pendant mes études, des médecins passionnés et merveilleux, des aides-soignantes qui m’ont donné des leçons d’accompagnement comme personne ne l’avais jamais fait. Pas que, mais aussi.

J’ai travaillé dans des conditions très diverses, des gros centres, une maternité minuscule de province, des maternités de tailles moyennes. Aucun de ces endroits n’a été simple à appréhender et chacun d’entre eux m’a apporté une expérience différente.

Ce n’est pas facile de travailler dans un immense centre ; d’être une fourmi dans un organigramme. Ce n’est pas plus simple de s’affirmer dans un petit centre. J’ai appris à la dure ce que ça faisait d’être une variable d’ajustement économique. Ou alors homme-orchestre. Il n’est pas facile d’être un praticien qu’on déplace au gré des trous de planning, sans repère fixe ; c’est aussi difficile de faire en même temps les suites de couches, la transfusion, les urgences en répondant à deux appels téléphoniques. Ce n’est juste pas la même difficulté.

Je ne peux pas dire que mon travail est toujours une partie de plaisir. Je n’aime pas poser mon cul devant un écran à 3h du matin pour trier des examens, même si c’est le seul moment de répit dans la tourmente. Je n’aime pas passer une heure dans ma journée à trier des devenirs administratifs d’examen de dépistage, à découvrir pourquoi le serveur central a mis une patiente dans le mauvais lit, pourquoi l’arbitraire d’une lourde organisation pèse à ce point sur ma vie, mais j’ai appris à faire avec. Personne ne te prévient à l’entrer de l’école que ta vie sera gouverné par une montagne improbable de cellulose. Je n’envie pas mes consœurs libérales sur ce point.

Malgré tout ça, je suis heureux de mon travail. Aucun travail n’a que des bons côtés.

Je me paye en sourires, en shot d’adrénaline et en joie. Je me dis que je suis utile aux femmes et que je les sers de mon mieux, et je rentre régulièrement chez moi avec un grand sourire fatigué et satisfait de ma journée. Et parfois je me mange une droite. Mais les bons côté suffisent à me ramener sur le ring.

Release the Kraken

Ce billet est un genre d’essai, pour une fois. Je vais parler, avec toute la légitimité de lecteur qui est la mienne, de littérature de genre. Bref, je suis en vacances et je ne vois pas de patientes, je n’ai pas envie de parler d’obstétrique ou de culture du viol, parce que… Vacances quoi. Donc on va causer de littérature et on causera peut-être du reste après. 

Je viens de finir un mauvais livre. Il faisait 560 pages et quelques, et, à part une vague dizaine à la fin, chacun de ces morceaux de papier imbibé d’encre m’a hurlé son ennui au visage.

C’est chiant, voyez, parce que c’est un de mes auteurs préférés. Il m’a habitué à mieux.

Le livre c’était Kraken de China Miéville, et je crois que ce mec est un de mes auteurs préférés dans ceux qui sont encore vivants. Par exemple, il y a peu, il y avait dans ce « panthéon restreint des auteurs de fiction qui me font acheter un bouquin parce que leur nom est sur la couverture » un certain Lucius Shepard, mais lui il est mort. Genre ya deux mois. Dans une dizaine d’année quand il sera mondialement connu à sa juste valeur vous pourrez vous aussi dire « knew it before it was cool »

Mais passons, on n’est pas là pour fleurir des tombes d’auteurs de génie, on est là pour se lamenter sur un foirage littéraire.

C’est là que le lecteur attentif ira glisser son « mais s’il est si chiant, pourquoi faut-il que tu l’aies fini ce damné pavé ». La réponse est simple : il m’a coûté 20€ et surtout, comme dis Stephen King (parce que ouais, moi je fais péter de la référence quand je parle littérature) « Il faudra vous astreindre à finir tous les livres que vous entreprendrez de lire, surtout les mauvais ». 

 

Alors de quoi ça cause ?

C’est l’histoire de Billy, le conservateur de musée. Billy est un personnage transparent et un peu cliché. Beaucoup de choses font le malheur de Billy : il est moins cliché que la grande majorité des personnages qu’il croisera et, surtout, sa pièce maîtresse, un Architeuthis Dux conservé dans une cuve d’une dizaine de tonne a disparu sans laisser de trace. 

Et donc, Billy se retrouve dans l’envers du décor de la ville de Londres avec ses sectes, ses mages, ses forces occultes diverses et les diverses possibilités d’apocalypse.

L’auteur nous fait donc profiter de son imagination fertile et le livre est plein de bonnes idées. La fin est intéressante (j’ai dis qu’il y avait une dizaine de bonnes pages, non ?) et…

Et c’est con parce que China Miéville a juste oublié qu’il y avait une histoire en cours de route. Parce qu’avant d’avoir ces dix pages intéressantes, presque jouissive d’ailleurs tant les retournements de situations sont bien amenés, ben il va falloir se taper 540 pages de personnages clichés et de situations maladroites.

Je crois que j’ai failli lâcher le roman au début du troisième chapitre, au moment où Billy se retrouve face à des « policiers ». Ce sont des personnages principaux, des antagonistes qui devraient avoir des intéractions avec le héros pour… En fait non. Il y a une femme vulgaire et hautaine, dont les répliques transpirent le « Je mets de l’argo partout parce que mon personnage va faire marginal ». Il y a un archétype d’inspecteur qu’on verra un peu au début, se faire mal parler au milieu et être con à la fin (sans évoluer). Il y a un troisième homme au rôle ésotérique qui restera dans un rôle ésotérique jusqu’à la fin.

Et Billy croisera un méchant charismatique qui n’a pas de vrai but, des sorciers surpuissants qui désire plus de pouvoir, un croisé du calamar qui servira (de façon bienvenu) de guide au héros dans cet univers complexe. Si l’entrée dans cette face cachée de la métropole est plutôt progressif, le vocabulaire qui l’accompagne l’est moins, faisant vite regretter l’absence d’un guide. J’ai pensé à un moment à un problème de traduction (parce que même chez Fleuve Noir, c’est possible), mais on retrouve Nathalie Mège qui avait déjà traduit Les Scarifiés, un bouquin de Miéville absolument génial.

 

En fait, j’ai eu l’impression de lire un « sous- »Neverwhere.

Neverwhere est un roman de Neil Gaiman (cet auteur là entre dans mon panthéon sus-cité) où un salarié lambda, Richard, tombe sur Porte, une… Genre la meuf de dix ans qui fait la manche avec sa mère dans le métro, au changement entre la 11 et la 1. Ouais, celle là, qu’on regarde juste une demi-seconde avec un sourire gêné avec de passer son chemin.

Et Porte l’entraîne un peu malgré lui dans l’envers du décor de la ville de Londres, avec ses lieux liés à des jeux de mots, avec ses passages forgés avec délicatesse et son histoire à tiroir et à plusieurs niveaux de compréhension.

Je veux dire, quoi, comment dans un roman qui se passe à Londres, comme Kraken, à fortiori un roman de fantasy urbaine, aucun personnage ne prend-il le métro ? Jamais ? C’est comme si j’écrivais un roman sur Paris où des parisiens se déplacent uniquement dans leur voiture personnelle.

Un des trucs qui m’a le plus gêné dans Kraken, c’est que le roman pourrait se passer dans absolument n’importe quelle ville un peu cosmopolite. Ca aurait presque eu plus de gueule à San Francisco. Londres est une ville fascinante, mais à part dire « Oh mon Dieu, tu sens comme la ville est vivante ? Ouah, toute cette énergie tellurique sous cette ville qui a TELLEMENT d’histoire ! C’est comme si on était à New York, à Paris ou à Rome, mais on est à fucking Londres quoi. » ben… On dirait que c’est un simple alibi, juste un décor alors que l’ambition semble être d’en faire un personnage à part entière qu’on blesse et fait s’exprimer à plusieurs reprises.

 

En bref, pour ceux qui ont la flemme,

  • Ne lisez pas Kraken, c’est un bouquin chiant.
  • Construire ses personnages c’est important, surtout quand l’un des personnages est le décor et qu’il est très important.
  • Lisez Neverwhere si c’est pas fait.
  • J’attends le prochain China Miéville… Pour voir si ça sera mieux.