Chronique, dernière semaine d’avril 2014

Mon excuse officielle pour le retard de cette chronique, c’est que j’ai été en garde tout le week-end de Pâques et que le lundi m’a permis de récupérer. Et que le mardi m’a aidé à récupérer.

Quelque part, il y a un mec dans mon esprit qui se dit que ces chroniques étaient en elles-mêmes une mauvaise idée. Il cherche à comprendre la valeur qu’il y a à raconter ma vie, surtout quand

  1. Je ne parle pas de ma vie privée qui occupe une bonne grosse partie de mon temps.
  2. Je ne parle pas encore de ma vie professionnelle parce que je ne suis pas assez installé dedans et que je ne sais pas si mes collègues lisent mes conneries ou pas. Et si oui, si elles trouvent ça bien, ou pas. Et si oui, j’aimerais bien qu’elles me le disent en privé, histoire que je sache.
  3. Je n’ai pas grand chose d’autre en ce moment, si ce n’est la pré-production d’un futur hypothétique bouquin que je dois fournir en premier jet de quelques centaines de pages à ma dulcinée pour le mois de septembre.

Voyez la valeur de l’exercice, elle est bien faible. On peut se regarder là, en chien de faïence, ou alors on peut essayer de creuser un peu.

Creusons !

J’ai dit que j’écrirai une chronique par semaine pendant au moins un an, et je vais m’y tenir. Je n’ai jamais rien promis quant à la qualité desdites chroniques, ni à leur intérêt. Je me suis dis que c’était un moyen de raconter mes histoires un peu extra-ordinaires.

Par exemple, je peux essayer de parler de mes patientes, un peu.

J’ai parlé la dernière fois des bébés qui font des bébés. C’est marrant ça, tiens. La patiente qui va bien, c’est un premier, c’est pas forcement voulu et la question de l’acceptation est passée sous silence dans le dossier tenu par un interne qui s’est dit qu’une jeune femme de dix-huit ans qui vit chez ses parents et qui est enceinte, c’est pas la peine d’en parler.

La première fois, c’était il y a quelques mois. Ma collègue de relève m’avait dit ça : c’est un bébé qui fait un bébé.

Pas toute, hein. Il y en a qui sont parfaitement droites dans leurs pompes, qui regardent sans ciller la société qui juge leur grossesse en se disant avec un léger malaise « Oh fucking god, elle est plus jeune que… toutes les personnes que je connais actuellement, même les amis les plus jeune du frère de ma chérie qui a 7 ans de moins que moi. » Elles sont droites, elles sont fières et… Et en fait je les considère presque comme des patientes normales, une fois passé le choc de la date de naissance.

Non, moi je parle des bébés. Celles qui sont là parce qu’elles pensaient que c’était une bonne idée, même si elles auraient préféré attendre deux ou trois ans et que leur copain trouve du boulot. Celles qui appellent leur maman en silence au moment où on passe les épaules, où on leur tend leur petit gars tout frêle. Il y a deux larmes qui coulent dans les yeux du mec qui comprend pas depuis le début ce qui l’attend vraiment, et un petit regard attendri de leur mère qui a vécu la même chose et qui montre qu’on peut avoir un gosse à dix-huit ans, être quelqu’un d’installé et être une bonne grand-mère à 37 ans.

Ce n’est pas des patientes qui accoucheront très bien. Je veux dire… On peut dire que médicalement, leur accouchement est bien, hein. Avec mon maigre recul, ça passe même plutôt crème.

Mais après ? Une fois qu’on a dépassé les quelques lignes du partogramme, les belles courbes qui se croisent et la double flèche rouge « Accouchement normal en OP ». Qu’est-ce qui reste ? Il reste une enfant grandie trop vite qui subit son accouchement.

Quelque part c’est étrange d’y réfléchir comme ça, de ce bébé qui fait un bébé, de cet enfant qui en porte un autre. Quelque part, dix-huit ans me semble trop jeune pour tout de nos jours. En France.

Bref.

Ma semaine s’annonce super chargée, j’espère que ça nous apportera plus de matière à creuser.

Bonne semaine.

Chronique, troisième semaine d’avril 2014

Le retard de cette chronique est dû à moi, en garde hier, trop fatigué pour écrire. Désolé pour le laisser-aller.

C’est marrant, le temps. Tu éclates une bulle et paf, ça fait déjà 3 semaines. 3 semaines quoi, et j’ai peu de chose et en même temps tant de choses à en dire.

En fait, quand j’ai commencé ces chroniques, j’avais des choses à raconter sur mon quotidien, une espèce de projet au long cours. Le problème c’est qu’en 3 mois j’ai évolué sur le projet en question, et que ça a beaucoup moins de gueule de parler d’une maternité lambda de la région parisienne, que de parler de mon ex-quotidien de héros bonne-à-tout-faire dans un petit coin de brousse.

Genre j’ai pas de surnoms pour les collègues (j’ai beaucoup beaucoup trop de collègues), j’ai pas encore d’anecdote marrante et je fais presque plus les urgences. C’est triste et frustrant… Mais on s’en fout un peu, non ?

J’ai de plus en plus l’impression que ce passage du côté de chez @ambresf était une parenthèse, les 4 mois où j’ai vécu ailleurs et seul. C’était cool, mais quand j’en reparle, j’ai l’impression d’avoir vécu une espèce d’histoire secondaire dans ma vie, une épreuve initiatique qui a l’air floue. J’ai du mal à me rappeler de certains prénoms, certains faits commencent à ressembler à des légendes.

Je pourrais vous le raconter, vous ne me croiriez pas.

J’aime bien ma nouvelle maternité, j’y ai déjà piqué des fous rires extraordinaires. C’est une bonne indication de la qualité. Pour l’instant je n’aime pas les lits et je trouve qu’on pose les péridurales trop rapidement et il y a des centrales.

Je n’aime pas les centrales.

J’en ai déjà parlé un peu, mais il y a un côté qui me gêne, ces dérives où les obstétriciens peuvent se mettre derrière un bureau, scalpel entre les dents, attendant de voir en stressant ce qu’il adviendra des patientes en salle de naissance. Ou quand l’interne attends l’accouchement en cours, attendant religieusement que 30 minutes soient écoulées sur l’affichage pour entrer et faire son truc.

Je n’ai rien contre les médecins, j’ai juste peur des dérives. 

Je bosse dans un endroit où j’ai de bons chirurgiens, qui travaillent en bonne intelligence avec les sages-femmes. Ils ne donnent pas d’ordre, ils donnent des conseils, et ils ne rôdent pas en salle de naissance. Mais… J’aime pas les centrales quoi.

Bref, j’ai eu des gardes calmes, je suis encore là-bas pour quelques temps… Et la semaine est déjà entamée.

Bonne semaine à tous.

Chronique, deuxième semaine d’avril 2014

J’ai donc été lâché dans le grand bain de la salle de naissance, dans un nouvel endroit. Je me disais que j’aurais quelques histoires intéressantes, mais… En fait ça a été calme. J’ai fait un ou deux accouchements, j’ai essayé de faire mon boulot.

Au petit matin de ma dernière garde de nuit, une collègue de suite de couche m’a rapporté des éloges et, comme d’habitude, je n’ai pas trop su comment réagir.

Le but ici n’est pas de me jeter des fleurs. J’essaye de faire mon boulot en restant intègre à moi-même, Il y a des gens qui aiment ça, et… Et ça me trouble, en fait. Je n’ai fait que mon boulot. Le mieux possible, en y mettant mon cœur, mon ardeur et mes tripes, mais je n’ai fait que mon boulot. Au fond de moi il y a une espèce d’enfant gâté qui se réjouit en tabassant son Action Man sur un piano, mais il y a aussi une espèce de petite voix qui minimise le truc, qui me dit que j’aurais pu faire mieux et que…

Je ne sais jamais vraiment comment réagir : je prends un air un peu idiot avec un sourire stupide, je regarde mes pieds en rougissant et j’essaye de me souvenir de la patiente, de l’accouchement. Ensuite mon esprit me rappelle que ma prise en charge n’était pas parfaite. Trop académique, trop peu aussi. C’est compliqué, aussi, de s’offrir de la liberté dans un cadre aussi étroit. Il faut que j’apprivoise les aides-soignantes et le matériel, que je m’offre un petit temps pour réfléchir à la meilleure façon d’optimiser mes postures avec ces tables d’obstétriques qui partent du principe qu’une femme accouchera en position gynécologique. En fait, les jeunes diplômées dont je parlais la dernière fois font leurs accouchements en position gynécologique. C’est fou comme on oublie les normes quand on a bossé seul.

Quelque part, l’autonomie que m’offrait la maternité de Bledpaumé me manque un peu. Personne ne regardait derrière mon épaule pour me dire comment faire mon partogramme, que j’aurais dû sonder plus tôt, que je tardais ou ne tardais pas à rompre. Les collègues ont toujours une petite tendance à s’enquérir de l’avancement des diverses activités de la salle (et je fais pareil, ne serait-ce que pour savoir si ça commence à chauffer beaucoup ou pas), mais on a tous aussi une tendance à donner un conseil. « Oh, moi j’aurais rompu/attendu »« Elle est pas géniale sa dynamique, je mettrais un peu de synto si j’étais toi. » C’est du classique, c’est souvent bienveillant mais…

Quel part ça me gêne.

Et en même temps, l’autonomie que m’offrait la maternité de Bledpaumé ne me manque pas, parce que j’aurais voulu avoir parfois l’avis de mes collègues à 2h30 du matin, pour être sûr que je ne faisais pas une connerie. Etre seul, cela implique devoir apprendre à faire des choix et apprendre à prendre des décisions. C’est compliqué à apprendre de nos jours, donc je ne regrette pas d’y être passé.

 

Cette semaine j’ai commencé à écrire sérieusement le scénario de mon premier roman. Quand je dis « sérieusement », c’est que je consacre tous les jours une bonne demi-heure/une heure au moins à écrire toujours la même chose en pré-production, sans me lancer dans une rédaction de tête brûlée. J’ai dis à ma chérie qu’elle aurait le premier jet en Septembre… Et je vais essayer de m’y tenir. Ca me laisse 1 mois et demi pour faire la pré-prod, et presque 3 mois pour la rédaction. J’espère que je m’y tiendrais, mais en tout cas, on va en reparler.

Bonne semaine.

Chronique, première semaine d’avril 2014

Cette chronique est douloureuse à sortir. Je n’ai pas envie d’écrire en ce moment, parce que je lis des bouquins sur le sujet pour m’améliorer, et l’assimilation n’est pas facile. Je remets beaucoup en question ce que je fais, je réfléchis pas mal, et ce que j’écris ne me plait pas.

Bref.

J’ai commencé à bosser, et ça m’a fait du bien. C’est une maternité d’Île de France assez sympa et conviviale, avec une charge de travail conséquente, mais une ambiance familiale. Il y a des photos et des faire-part sur les murs un peu partout, des relations assez informelles entre les gens et des « vieilles » sages-femmes.

Je vois déjà les filles qui s’agitent devant leur écran, là, quand je parle de vieilles sages-femmes. Ben oui. A mon échelle, plus de vingt ans de carrière, c’est dix fois mon expérience pro, donc c’est vieux. Expérimenté au moins.

J’aime bien ces doublures. Quelque part, ce sont de rares moments où je peux me placer en position d’apprentissage actif, recevoir le tutorat clinique de sages-femmes plus expérimentées, sans avoir à me soucier de gérer des patientes sur ma garde (parce que, fondamentalement, ce n’est pas ma garde).

Pour l’instant je suis plutôt positif sur ce nouveau boulot, mais je pense que je suis en phase lune de miel. Je n’ai pas de raisons de voir le négatif. Si ? Ma chérie pense que mon avis sur un service n’est de toute façon pas valable avant un trimestre.

Ouais, je sais que je me fais des films et que j’idéalise. Je ne suis pas encore tombé sur l’anesthésiste crétin, le pédiatre « Quoi ? Venir à cette heure là ? Ca peut attendre demain non ? » ou le gynéco tyran. J’ai juste vu les sympas, et pas de nuit. Et je n’ai pas affronté les urgentistes. Ca, ça va attendre mes gardes de nuit, je pense.

 

La reprise du travail m’a bien fatiguée, j’ai renoncé à publier l’article du jeudi que j’avais écris. J’en ai déjà un peu parlé la semaine dernière, mais je n’ai pas encore trouvé l’angle d’attaque qui le rendra percutant.

C’est marrant comme l’esprit peut se bloquer quand on le force.

Bref, vous l’aurez quand il sera prêt, et quand je serai inspiré. Ou alors vous en aurez un autre sur un tout autre sujet. On verra !

Bref, ces chroniques se raccourcissent à vu d’œil, mais je n’ai pas envie de tirer à la ligne.

Bonne semaine.

Chronique, dernière semaine de mars 2014

D’un certain point de vu, rien dans cette chronique ne sera vraiment différent de ce que j’ai écris la semaine dernière. En effet, j’ai fait assez peu de choses. J’attends.

Mais je ne peux pas me permettre de mettre un point final à mes élucubrations chroniques après moins de 50 mots. C’est comme si je tenais un journal et que j’essayais de m’en tirer avec un simple « RAS ». Ce n’est pas ce que vous voulez.

 

En milieu de semaine, j’ai rencontré l’équipe qui m’accueillera si mon corps a produit des anti-corps. J’ai trouvé un plan de secours s’il ne l’a pas fait, ça s’appelle « Ah, créature démoniaque de la médecine du travail, j’ai ressorti mes vieux dossiers, tu fais moins le malin, hein ? Hein ?! » L’équipe est super, super sympa, les gens sont des crèmes, la paperasse a l’air de ne pas être une saleté absolue (sujet récurrent, toujours) et… Je sais pas, l’ambiance a l’air cool je trouve.

Je commence cette semaine avec un peu d’intégration, et j’attaque avec un vrai planning en avril. Merci quoi. Merci. Enfin.

Mine de rien, ne pas travailler me rendais presque dépressif. Et pour vous, c’est moins drôle à lire. Comment je peux être sérieux deux minutes si mon lectorat n’a pas ce qu’il cherche : de l’histoire de sage-femme avec du sang, de la gloire et des réflexions éthiques ?

Autant dire que j’ai vraiment hâte de commencer !

 

Vendredi j’ai écris un article qui marche plutôt bien et j’ai eu des retours positifs. J’ai l’impression de faire des progrès dans mon écriture, de sortir des choses plus calmes, maîtrisées. Ça me donne une espèce de satisfaction…

 

Et ensuite, on a profité de l’absence de mes parents pour faire la fête. Des soirées posées. Et je me suis rendu compte d’un truc : je ne veux plus parler d’obstétrique en soirée. Enfin, disons que j’aime beaucoup la discussion entre sages-femmes parce qu’on a une base d’éducation commune ; avec les autres, ça dérape toujours. Le côté parfois un peu réac qui ressort, ou les questions qui m’énervent… En fait, c’est presque plus simple de botter en touche.

Pourtant j’adore parler de mon boulot, j’adore parler de ce que j’y vis. J’en parlais avec un pote dentiste, et il m’a dis qu’il avait le même problème : impossible de parler de ce qu’il faut dans une soirée à des inconnus sans avoir leur historique médical complet, les accouchements ou les dents de sagesse. J’ai essayé de dire que je « travaillais à l’hôpital » sans trop de précision, mais il y a toujours quelqu’un pour me trahir. Genre ma sœur, souvent.

Quelque part, c’est un sujet que je voulais déjà évoquer un peu, sans trop savoir comment, la semaine dernière. Quand on parle d’obstétrique et de sage-femmerie avec les autres, on oublie parfois qu’il y a un gouffre qui nous séparent. Ce que j’ai comme expérience professionnelle au quotidien ne parle pas forcement à tous de la même façon, et certains éléments peuvent être perçu avec une espèce de distorsion. Je trouve que c’est un peu ce qui s’est passé avec les derniers articles de 10lunes.

Je me rends compte que ma réflexion n’est encore qu’à un stade de brouillon sur ce sujet. J’ai l’impression qu’on touche un truc. C’est encore vague, mais…

 

Bref, sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une bonne semaine.